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dimanche, 25 juillet, 2021
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Effets psychologiques de la vaccination anti-Covid : La peur de l’inconnu suscite des méfiances

01 février 2021 à 10 h 30 min

Depuis l’annonce par l’Etat algérien de l’acquisition des trois vaccins anti-Covid-19 (russe, britannico-suédois, chinois), le sujet est devenu la principale préoccupation des citoyens.

Les débats ne cessent de s’animer à tous les niveaux, dans tous les espaces publics et au sein de toutes les couches sociales, entre ceux qui cultivent l’espoir de pouvoir vaincre la peur de la maladie qui a fait des centaines de milliers de morts dans le monde, et ceux qui continuent d’entretenir la méfiance envers un vaccin produit dans des conditions exceptionnelles et en un laps de temps très court.

Les effets psychologiques de la pandémie sont toujours présents. Comment les Algériens vont-ils se comporter face au vaccin ? C’est la question que nous avons posée à des psychologues pour comprendre les raisons de certaines appréhensions.

«La pandémie de la Covid-19 a certainement laissé des séquelles psychologiques profondes chez une large catégorie de personnes depuis le début de son expansion, cependant le citoyen a dépassé le stade des mesures préventives, telles que le port du masque et la distanciation sociale ; ces comportements deviennent systématiques et quotidiens», avance Malik Drid, psychologue clinicien principal au CHU Saâdna Abdennour de Sétif.

Pour notre interlocuteur, «les Algériens sont en droit de se poser de nombreuses questions, le vaccin est-il fiable ? Quels sont ses effets secondaires ? Quel est le vaccin le plus crédible ? Ce sont des questions que tout le monde se pose, particulièrement avec l’énorme contradiction scientifique dès le début de la situation pandémique dans le monde, un facteur qui les a fait vivre avec un sentiment d’ambivalence : d’une part la nécessité de la vaccination, d’autre part la peur des effets secondaires».

On comprend certaines réactions, surtout que les campagnes de vaccination lancées dans certains pays en Europe, notamment en France, continuent de faire des remous au sujet de l’efficacité de ces vaccins.

Des réflexes gravés dans la mémoire collective

«Les Algériens, qui ont suivi durant dix mois l’actualité sur la pandémie et l’évolution du coronavirus, ne rataient pas les informations sur les essais des vaccins, mais il y avait en parallèle aussi beaucoup de fausses informations, de rumeurs, de préjugés, mais aussi des choses incroyables qui circulaient sur les réseaux sociaux au sujet des effets secondaires qui pourraient survenir à long terme, par exemple le risque d’attraper des maladies incurables ou d’avoir des descendants qui souffriraient de malformations», révèle Salah B., enseignant universitaire.

Pour sa part, Saïd Achour, psychologue à la retraite, soutient que l’acte vaccinal n’est jamais anodin puisqu’il est chargé de représentations scientifiques, psychosociales et culturelles.

«La réticence face à la vaccination peut s’expliquer par la peur de l’inconnu qui engendre la défiance à l’égard des vaccins contre la Covid-19 préparés dans l’urgence et qui font craindre des effets secondaires à court et long termes», explique-t-il. Mais le principal facteur est, selon notre interlocuteur, le manque de confiance dans le système de santé en Algérie.

«Ces dernières années, la résistance à la vaccination s’est trouvée renforcée par l’épisode douloureux des enfants décédés en 2016, dans la région d’Alger, suite à leur vaccination contre la rougeole. Il ne faut pas oublier aussi que de nombreux citoyens ont déjà exprimé leur scepticisme à l’égard des capacités logistiques liées à la conservation du vaccin, alors que le sentiment de son inefficacité et la croyance en l’efficacité d’autres moyens de prévention sont toujours présents. Ceci sans oublier l’absence de transparence, le manque d’information vis-à-vis du vaccin et la désinformation dans les réseaux sociaux», rappelle-t-il. Alors que les vaccins étaient encore au stade de l’expérimentation, des voix avaient exprimé des craintes.

Quand le gouvernement avait annoncé avoir commandé un lot de vaccins chinois, après les longues tergiversations autour du vaccin russe, de nombreux citoyens ont exprimé leur refus de se faire vacciner.

Pourtant, la vaccination ne sera pas obligatoire, mais gratuite. En plus, les quotas commandés ne seront destinés qu’à certaines catégories. Quant au vaccin du groupe britannico-suédois AstraZenaca produit en Inde, il a déjà provoqué un large débat ces dernières semaines au sujet de son efficacité.

Quatre catégories de citoyens

Dans son analyse de cette situation, Malik Drid explique qu’il y a lieu de s’attendre à quatre catégories de citoyens. «D’abord, il y a les gens enthousiastes et motivés pour la vaccination ; une catégorie qui est tellement convaincue que le vaccin est un moyen préventif indispensable ; ce sont les personnes qui ont été touchées par la pandémie en particulier et qui ont peur d’être infectées une seconde fois, ainsi que les gens qui sont sur le front de la pandémie, tel que le personnel soignant ; deuxièmement les hésitants, ce sont des gens qui ne sont pas contre la vaccination, mais ils hésitent pour des raisons liées à la rapidité de développement des vaccins en un temps record, et même aux croyances, rumeurs et préjugés», affirme-t-il.

Malik Drid cite une troisième catégorie, celle des refusants. «Pour des raisons rationnelles ou irrationnelles, certains souffrent d’une phobie de toutes les nouvelles expériences, c’est ce qu’on appelle la néophobie», dira-t-il. «La quatrième catégorie est celle des personnes phobiques (phobie du vaccin, phobie des aiguilles et des piqûres) ; c’est ce qu’on appelle en psychologie la bélonéphobie ou trypanophobie et cette dernière catégorie représente une minorité non négligeable», poursuit-il.

Il estime que les citoyens hésitants et refusants représentent le véritable défi pour les médecins et les psychologues, et pour les convaincre de la nécessité de la vaccination, il faut penser dès maintenant à créer des dispositifs et des mécanismes, tels que les campagnes de sensibilisation, les caravanes médicales pluridisciplinaires, en collaboration avec les différentes associations, ainsi que les acteurs de la société civile, sans oublier le rôle primordial des médias et de la presse.

C’est un travail sur le renforcement de la confiance en premier lieu. «Il ne faut jamais oublier que depuis l’apparition des épidémies à travers l’histoire, la vaccination était une solution radicale pour mettre fin aux souffrances de l’humanité, particulièrement avec un virus mortel qui emporte encore des vies et qui n’a pas de traitement jusqu’à maintenant ; en même temps, les citoyens doivent apprendre à vivre avec cette nouvelle menace qui peut arriver n’importe quand et qui devrait être une culture enracinée chez les Algériens, telle que le port du masque, comme nous le voyons dans les pays asiatiques à titre d’exemple, pendant la saison hivernale et printanière, des saisons qui favorisent l’apparition des maladies infectieuses et transmissibles ; des mesures abordables et faciles à appliquer», conclut Malik Drid. 


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