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Témoignage de Mohammed Ghafir, dit Moh Clichy : «La Fédération du FLN en France a mis 500 fidayine au service de l’Exécutif provisoire»

03 juillet 2021 à 10 h 36 min

Quelques jours après les Accords d’Evian signés le 18 mars 1962 et la conclusion du cessez-le-feu entre le GPRA et le gouvernement français, l’Exécutif provisoire, présidé par Abderrahmane Farès, a pris ses fonctions.

Installé à Rocher Noir (actuelle Boumerdès), il est chargé principalement de gérer les affaires courantes, d’organiser le référendum d’autodétermination du 1er juillet 1962 ainsi que les élections de l’Assemblée constituante.

«L’Exécutif provisoire est installé le 28 mars 1962, après l’accord du cessez-le-feu et la signature des décrets pour l’organisation de la période intermédiaire. Sa mission se termine au moment de la passation des pouvoirs à Rocher Noir le 15 octobre 1962 aux autorités algériennes, après l’élection de l’Assemblée nationale constituante fin septembre et la formation du gouvernement de Ben Bella», écrit le professeur Aïssa Kadri dans L’Exécutif provisoire : les enjeux d’une transition chaotique (texte inclus dans l’ouvrage collectif, La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards, Paris, éditions Karthala, 2015)

Dans un contexte marqué par le déchaînement de violence de l’OAS, l’Exécutif provisoire se retrouve désemparé, ayant peu de moyens. Même la Force locale ne bénéficiera pas des effectifs escomptés. «Il ne put s’appuyer sur des forces conséquentes pour établir la sécurité mise à mal par la folie meurtrière de l’OAS», relève Aïssa Kadri, avant d’ajouter : «La Force locale, qui devait constituer l’épine dorsale de la politique sécuritaire avec des effectifs prévus de 60 000 militaires, n’en réunit guère qu’un peu plus des deux tiers. De plus, elle s’effilocha très vite sous l’effet des désertions de soldats – les «marsiens» ou combattants de la dernière heure – qui rejoignaient massivement les troupes du FLN

Pour contribuer un tant soi peu à renforcer les troupes à la disposition du président Farès, la Fédération du FLN en France enverra 500 hommes en Algérie. Un épisode qu’a tenu à rappeler le moudjahid Mohammed Ghafir, dit Moh Clichy, qui nous a rendu visite à la rédaction spécialement pour évoquer ce fait historique peu médiatisé. A 88 ans, bon pied bon œil, Ammi Mohammed, toujours fringant, se porte comme un charme, et affiche, en tout cas, une mémoire étonnamment vive.

Ancien cadre au sein de la Fédération du FLN en France (il insiste sur l’abolition de la formule «Fédération de France du FLN»), responsable de Amala (super zone), membre du comité de la Wilaya I en France (Paris Rive gauche), Moh Clichy est un témoin direct de l’opération dont il a tenu à raviver le souvenir.

Le 28 juin 1962, relate-t-il, «500 fidayine membres des G. A. (Groupes armés) ont été envoyés en Algérie pour prêter main-forte à l’Exécutif provisoire, à la demande du GPRA, alors que les attentats aveugles de l’OAS faisaient rage». «Ces 500 hommes, se remémore-t-il, étaient encadrés par deux accompagnateurs qui étaient mes subordonnés, et qui sont toujours vivants : Tayebi El Bachir et Kadi Arezki. Ils se sont rendus de Paris à Marseille, ensuite ils ont pris le bateau vers Alger.»

Mohammed Ghafir ouvre une parenthèse pour signaler que Abderrahmane Farès, qui était membre de la Fédération du FLN en France, «se trouvait quelques jours seulement avant sa nomination en détention à la prison de Fresnes. Et comme le GPRA l’avait désigné à la tête de l’Exécutif provisoire, il a été libéré à cet effet». De fait, l’ancien notaire de Collo avait été arrêté le 4 novembre 1961 pour «atteinte à la sûreté de l’Etat» et il sera libéré le 19 mars 1962.

Dans un document écrit, Mohammed Ghafir souligne que les 500 hommes devaient servir comme ATO, des «auxiliaires temporaires occasionnels». C’étaient des militants aguerris, rompus aux questions de sécurité. «D’ailleurs, plusieurs d’entre eux sont devenus des officiers de la DGSN», nous dit l’auteur de Droit d’évocation et de souvenance sur le 17 octobre 1961 à Paris.

D’après un article d’El Watan que Mohammed Ghafir a mis à notre disposition et qui reprend un de ses témoignages écrits, il est précisé que les «combattants venus de France avaient été accueillis au centre de Cap Matifou (ENITA, Bordj El Bahri) par un officier de l’ALN et les représentants de l’Exécutif provisoire. Les documents officiels de cette mission sont signés par Mohamed Khemisti». L’on apprend en outre que ces hommes «étaient dirigés par Mohammedi Mohamed Sadek, qui avait mis en place toutes les conditions de prise en charge de ces militants volontaires, depuis la France jusqu’à Alger.» (Lire «Rappel de faits historiques oubliés», in El Watan du 30 juin 2019).

Ammi Mohammed nous a indiqué par ailleurs qu’en plus de ces 500 hommes, la Fédération du FLN en France a envoyé également 25 soignants, entre médecins et infirmiers. Ils ont été «installés à Belcourt, dans un centre de santé qui est transformé en clinique, appelé depuis Clinique Naïma, située à l’allée des Mûriers», écrit M. Ghafir.

Ils devaient notamment «aider à la prise en charge des victimes algériennes des attentats aveugles de l’OAS. Ces médecins volontaires, structurés au sein du Groupe intellectuel (G. I.) qui relevait de notre super zone, dépendaient d’un médecin coordinateur qui s’appelait Khaled Khodja Ali, qui s’est installé ensuite à Belcourt en 1962». (El Watan du 30 juin 2019).

En nous livrant son témoignage, Moh Clichy a tenu à apporter une importante précision concernant le choix et la portée symbolique du nombre, autrement dit : pourquoi 500 ? Le fait est que, explique-t-il, le geste se voulait «une réplique aux 500 harkis ramenés d’Algérie par Maurice Papon, préfet de police de la Seine, en accord avec Michel Debré, Premier ministre, et Roger Fray, ministre de l’Intérieur, en juillet 1959. Les instructions de Michel Debré à Maurice Papon : ‘‘Il faut me nettoyer Paris des tueurs du FLN’’». 


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