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Un président sans base populaire et des élites qui peinent à convaincre : La dure conquête de la «légitimité»

19 décembre 2019 à 10 h 09 min

Dès les premières semaines du mouvement «Silmiya», la question de sa structuration a souvent donné lieu à des listes et des noms qui étaient systématiquement contestés, voire rejetés sitôt rendus publics.

Ce vendredi 20 décembre, qui correspondra au 44e acte du hirak, interviendra au lendemain de l’investiture de Abdelmadjid Tebboune et son intronisation officielle à la tête de l’Etat. Voilà qui ne manquera pas de booster le mouvement populaire et lui donner encore plus de peps. On avait déjà eu un avant-goût du positionnement du mouvement le 13 décembre, au premier vendredi post-électoral, de même qu’à l’occasion de la 43e manif’ hebdomadaire des étudiants, mardi dernier.

Qu’il s’agisse de l’élection et son verdict, ou bien de cette offre improbable de dialogue et la sempiternelle question de la représentation du hirak, on a pu déceler, ces derniers jours, des tendances plus ou moins fortes au sein du mouvement, que ce soit dans la rue ou sur les réseaux sociaux. D’emblée il ressort une sévère remise en cause du processus électoral lui-même et de la légitimité du vainqueur.

Et pour ce qui est du dialogue, on voit tout de suite qu’il est en train de susciter une vive controverse au sein de l’opinion. On a cependant le sentiment que c’est l’option radicale qui semble l’emporter. L’un des slogans phares scandés mardi dernier disait : «Makache hiwar maâ el îssabate  (Pas de dialogue avec les gangs). Ce slogan est venu ainsi remplacer habilement le fameux «Makache intikhabate maâ el issabate  (Pas d’élections avec les gangs), qui a résonné longtemps dans les manifs, jusqu’au jour du scrutin.

Lors d’un débat organisé par les étudiants place des Martyrs, en amont de leur marche rituelle, une dame martelait : «Tebboune n’a pas eu la légitimité des urnes, ce jeudi. Le peuple ne doit négocier qu’avec le pouvoir réel  (voir notre reportage d’hier). Méditons aussi cette pancarte conçue par un étudiant : «Après avoir échoué à avoir la légitimité par les urnes, il veut l’avoir par le dialogue !»

«Le Hirak n’est pas une ONG»

Au demeurant, s’il y a un sujet qui divise, c’est bien celui de la représentation du hirak. Sur les pancartes brandies mardi dernier, on a pu lire : «Le hirak n’a pas et n’aura pas de représentant !», «Non à la représentation du hirak. Nos revendications sont dans la rue !» En même temps, il y avait aussi des appels à s’organiser, et pas forcément dans une perspective «dialoguiste». «Nous devons nous organiser en comités et en collectifs pour avoir notre mot à dire», plaidait énergiquement l’un des animateurs du mouvement étudiant.

Il convient de citer, par ailleurs, cette proposition émanant du collectif El hirak ettolabi el djazaïri (Le hirak étudiant algérien), qui milite pour la structuration du mouvement du 22 Février, en faisant remarquer : «Le régime est passé d’une situation non constitutionnelle à une situation constitutionnelle, et il est temps pour le hirak de passer de son état spontané à l’étape de l’encadrement et de l’organisation.» Pour ce collectif, «cela ne peut se faire qu’en se rassemblant autour de personnalités nationales qui ont adopté l’esprit du hirak et sa revendication de changement du système».

Et de lancer l’idée d’un noyau constitué de sept personnalités qui seraient le «cerveau stratégique» du hirak. Parmi elles : Me Badi Abdelghani, le professeur Redouane Boudjemaa, le Dr Salim Benkhedda, fils de Benyoucef Benkhedda, ou encore l’ancien ministre de l’Education, Ali Benmohammed. Sitôt diffusée sur les réseaux sociaux, la proposition n’a pas manqué de faire réagir, ce qui a obligé le collectif à expliciter sa démarche en précisant : «Cette initiative ne vise pas à représenter le hirak ni à dialoguer avec le pouvoir

En réalité, dès les premières semaines du mouvement «Silmiya», la question de la structuration du mouvement a souvent donné lieu à des listes et des noms qui étaient systématiquement contestés, voire rejetés sitôt rendus publics.

Cela renseigne sur les divergences profondes qui surgissent dès lors qu’il s’agit de formuler une plateforme de revendications claire. Ainsi, une polarisation se fait jour inéluctablement, notamment entre «islamistes» et «laïcards», dès qu’on s’aventure sur le terrain idéologique.

Autant le mouvement sait se montrer soudé quand il doit faire front autour d’un objectif précis, et tout spécialement lorsqu’il est appelé à se prononcer «contre» quelque chose – comme ce fut le cas ces dernières semaines avec la mobilisation anti-élection – autant il devient problématique de dégager un consensus autour d’un projet politique clairement énoncé. Ce qui a amené de nombreux activistes à souligner que le hirak n’est pas un parti politique ou une ONG, et qu’il n’a pas vocation à élaborer une feuille de route unifiée.

Qu’il constitue davantage un moyen de pression pour bousculer le rapport de force avec le pouvoir et permettre l’émergence d’une situation nouvelle dans laquelle un nouveau contrat social sera discuté et, à partir de là, les sujets sociétaux et les contenus programmatiques seront départagés par voie électorale, en mettant plusieurs projets en compétition au lieu de s’articuler autour d’une seule offre monolithique.

Les réseaux sociaux «nouveaux faiseurs d’opinion»

Autre fait à relever : la disqualification des élites politiques. Leurs propositions deviennent pour le coup inaudibles. Cela démontre que la question de la «légitimité» ne vaut pas que pour le nouveau locataire d’El Mouradia mais pour tout le personnel politique, in fine, qu’il soit issu du pouvoir ou bien de l’opposition. On l’a constaté encore avec les attaques virulentes subies par Soufiane Djilali et Zoubida Assoul. Et pour cause : le président de Jil Jadid s’est dit favorable au dialogue tout en précisant qu’il «n’acceptera pas de subterfuges ni de fausses solutions».

Quant à la présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UPC), son seul «tort» est d’avoir appelé le mouvement populaire «à s’auto-organiser et se structurer pour formaliser sa propre plateforme de revendications». «L’Algérie, comme d’autres pays, subit une désaffection marquée envers les partis traditionnels. Elle n’arrive pas encore à intégrer et à s’adapter au poids des réseaux sociaux comme nouveaux faiseurs d’opinion», analyse Abed Charef dans une contribution publiée sur le site Middle East Eye sous le titre : «Le hirak peine à investir un champ politique en ruine».

Et notre confrère de trancher : «Par ailleurs, le hirak était plus un sursaut moral et éthique qu’un mouvement politique. De par sa nature, il est impossible à intégrer dans un moule, aussi innovant soit-il.» Dans son livre Aux sources du hirak (Chihab, 2019), le sociologue Rachid Sidi Boumedine écrit : «Nous sommes comme ces vieux fumeurs qui ont, un jour, rompu avec la cigarette, qui ne ‘‘fument plus’’, et qui sont très fiers de leur exploit.

Nous nous félicitons de ce que le hirak nous a permis de montrer. Nous avons cessé d’être soumis et dociles.» Il poursuit : «Mais comme le fumeur dont les poumons sont délabrés, à des degrés divers, nos cerveaux, nos manières de fonctionner socialement, nos esprits formatés, tout cela fait que nous sommes devenus sectaires, intolérants, staliniens, dogmatiques.

Nous ne sommes pas compétents pour penser le jeu démocratique, que nous devons apprendre ; nous ne sommes pas compétents pour vivre cette démocratie. C’est pour cela que, d’ailleurs, comme dans l’image du fumeur, ce sont les jeunes qui, pour le moment, ont été le moins longtemps exposés aux effets sournois du système clientéliste et corrupteur (…) qui sont les plus aptes à apprendre un nouveau mode de fonctionnement 


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