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Nouad Mohamed Amokrane. Expert en agronomie et consultant à l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi)

La diversification des systèmes de production agricole vers l’activité laitière permettra de réduire considérablement le niveau de nos importations

09 novembre 2018 à 11 h 00 min

– Vous avez déclaré que l’Algérie souffre d’un déficit important dans la production de lait estimé à près de 50%. Que faire pour remédier à cela ?

Avant les remèdes, il faudra voir d’abord les causes et elles sont multiples : stratégiques, nutritionnelles et politiques. Les premières stratégies laitières ne sont apparues qu’à partir de 1969, avec la création de l’Office national du lait, dont les missions étaient principalement la promotion de la production laitière locale et la régulation du marché du lait et des produits laitiers.

Ces efforts ont été suivis à partir de 1995 par la nouvelle politique de réhabilitation de la production laitière nationale, axée sur le développement de la production du lait cru, l’incitation à la réalisation de mini-laiteries et la promotion de la collecte du lait cru. Les politiques antérieures de développement et de régulation de la filière lait, entre autres, la politique d’intensification de la production locale n’a pas eu l’effet escompté. Le principal résultat relevé a été l’amélioration de la consommation du lait.

C’est ainsi que la consommation moyenne est passée de 55 l/hab/an à 140 l/hab/an durant la période 1961-65 à 2017. Les importations ont connu une évolution croissante et la production locale n’a pas suivi la même évolution que la consommation. La facture globale de l’importation de produits laitiers avait atteint 2,045 milliards de dollars en 2014 et 1,06 milliard en 2007, alors qu’elle était seulement de l’ordre de 250 millions de dollars en 1980. Ces indicateurs expliquent fortement ce déficit.

Comment y remédier : trois axes principaux doivent être mis en place. 1/ Diversification des systèmes de production orientés vers la production laitière. 2/ Diversification des systèmes de production orientés vers la production fourragère avec densification et intensification. 3/ Amélioration génétique des races locales avec option d’absorption d’une partie.

– Selon vous, l’Algérie n’exploite pas «convenablement» ses atouts pour éviter de continuer à importer la poudre de lait. Pourquoi ?

Le secteur laitier est ainsi caractérisé par la coexistence de deux filières : une filière locale et une filière d’importation de lait et de produits laitiers. Il y a nécessité de définir des politiques laitières qui prennent davantage en compte le développement des filières locales. Les conditions climatiques, relief et végétation de notre pays sont beaucoup plus favorables à l’élevage des petits ruminants qu’aux bovins ; dans les systèmes agro-pastoraux anciens, les fournisseurs de lait ont toujours été les brebis et les chèvres.

Mais aujourd’hui, les grands travaux d’irrigation, l’accès possible aux marchés internationaux de céréales et de tourteaux et le recours aux souches laitières spécialisées ont ouvert, dans cette région du monde, des possibilités nouvelles à la production de lait de vache. La seule importation de vaches laitières à haut potentiel génétique pour augmenter la production laitière en Algérie est une stratégie insuffisante et inadéquate, puisque les performances individuelles de ces animaux dans nos conditions d’élevage restent faibles. En dépit de ces efforts indéniables développés, le taux d’intégration de la production locale demeure faible et un déficit persiste toujours au niveau de la production laitière.

Dans ce contexte, une interrogation importante se pose au sein des élevages laitiers : est-ce qu’on a puisé tout le potentiel existant ? Non ! Le potentiel laitier usinable provient essentiellement des vaches issues de l’importation représentée par un effectif de 250 000 vaches laitières, mais il existe un vaste potentiel dormant sous-exploité composé de 1 million de vaches de race locale, de 20 millions de brebis, de plus de 2 millions de chèvres et de 300 000 chamelles et il faut exploiter également la source du lait d’origine végétale.

Dans ce contexte, il est indispensable d’opter pour le processus de diversification des systèmes de production vers l’activité laitière. Une bonne connaissance de ces stratégies est primordiale pour cadrer les initiatives des acteurs et optimiser l’impact des politiques. Cette approche a pour objectif de cerner les déterminants des stratégies de production des quatre types d’élevage : vaches (BLM BLA BLL), chèvres, brebis, et chamelles et de mesurer l’intensité des processus de diversification à l’échelle des exploitations, voire de l’ensemble du bassin laitier.

Il est intéressant de se projeter sur un apport supplémentaire en lait d’origine végétal. L’exploitation d’autres filières comme l’élevage ovin et caprin pourrait constituer un segment important dans l’industrie des produits dérivés, comme le fromage. De l’avis de plusieurs connaisseurs et de petits éleveurs de cheptels, il y a possibilité de développer une filière caprine, surtout pour les dérivés comme le fromage et les yaourts. De petites fermes dans les montagnes peuvent jouer un rôle dans ce créneau, qui ira parallèlement avec le développement d’une petite industrie, mais aussi avec le secteur du tourisme.

Le lait de chèvre peut substituer celui de la vache, d’où la nécessité d’accorder une importance accrue à l’élevage caprin et encourager cette filière dont les frais sont beaucoup moins coûteux que ceux de l’élevage bovin. Cette diversification des systèmes de production agricole vers l’activité laitière permettra à court ou moyen terme de réduire considérablement le niveau de nos importations qui passera de 50 % à 20 % et augmentera le niveau d’intégration de la production nationale d’une façon significative.

– La consommation de lait est en hausse constante. Quelle serait la démarche à suivre pour couvrir les besoins de la population ?

L’Algérien est l’un des plus grands consommateurs de lait au monde avec des besoins en croissance et actuellement estimés à cinq milliards de litres. Un chiffre qui dépasse de loin les capacités de production nationale, d’où le recours à l’importation effrénée de poudre de lait. Cette course effrénée à la satisfaction coûte que coûte de ce besoin a fait que l’Algérie importe 20% du lait en poudre mis sur le marché mondial.

Certes, à un moment donné, notre pays n’avait pas d’autre choix stratégique, pour satisfaire les besoins protéiniques de sa population sans cesse croissants, que d’opter pour le lait qui était la protéine du pauvre, en mettant en place tous les moyens nécessaires, notamment son importation.

Ce système d’alimentation préconisé basé sur le lait et le pain a eu ses limites et les conséquences on les subit aujourd’hui : ces deux produits représentent à eux seuls plus de la moitié de nos importations alimentaires. La première démarche à entreprendre, c’est de changer progressivement notre système nutritif en cherchant des substituts au lait. La problématique des années 80’ n’est plus la même aujourd’hui, le secteur agricole a fortement évolué et dégage plusieurs sources protéiniques pouvant se substituer à la protéine du lait.


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