La clameur du 8 mars | El Watan
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Repère

La clameur du 8 mars

07 mars 2019 à 11 h 00 min

Toutes les villes et villages d’Algérie résonneront de nouveau demain aux cris de «Non au 5e mandat !», «Bouteflika et le système, dégagez !» et ce vendredi 8 mars, la clameur montera avec une force inouïe : de tous âges et de toutes conditions, les Algériens exigeront la fin d’un régime politique qui a ruiné le pays ainsi que le départ de son maître d’œuvre, le président de la République, qui a eu l’outrecuidance de vouloir rester encore à la tête du pays, alors qu il a perdu l’essentiel de ses capacités physiques et mentales et que son bilan depuis 1999 relève du désastre.

C’est donc un moment historique majeur qui se déroule sous nos yeux, et cela depuis le 22 février, celui de la réappropriation de son destin par la population, de même ordre que celui qui vit la chute du système parti-Etat fin de la décennie 1980, et cela dans le sillage de Novembre 1954 qui vit les Algériens partir à l’assaut de la citadelle coloniale pour arracher leur liberté.

Aujourd’hui donc, ils signifient au président de la République qu’il doit partir immédiatement, sans conditions ni préalables, ses «réformes» promises n’étant qu’une manœuvre grossière pour rester encore au pouvoir – y mourir peut- être – le temps que ses alliés, ses partisans, ses affidés et les siens organisent leur départ ou, plus probable, leur reconversion.

Il faut dire que le courroux de la population est également dirigé contre ces gens-là, profiteurs du système qui, deux décennies durant, ont accumulé des richesses, des positions politiques et des situations sociales ainsi que des rentes, directement ou indirectement, spécialement dans l’administration et le patronat privé. La corruption a fini par tragiquement se banaliser.

L’ histoire retiendra ce moment, ce sursaut salutaire d’une population qui manifeste avec un extraordinaire sens pacifique, relevé par le monde entier, évitant tout débordement et déjouant toute provocation susceptible de dégénérer en violences affectant des personnes et des biens. Le passé de notre pays et celui d’autres nations abondent en manœuvres de sabotage ou en tentatives de récupération des contestations populaires. Souvenons-nous que ce qui terrorisait les manifestants du 5 Octobre 1988, c’étaient les fameuses voitures banalisées sillonnant les rues, d’où des gens armés, tapis, en civil, tiraient sur les foules. Ils n’étaient pas identifiés mais on devinait qu ils étaient missionnés par des cercles occultes pour semer la terreur et discréditer le mouvement populaire.

Plus près, dans le temps, en Egypte révoltée par le long règne dictatorial de Moubarek, ce fut l’apparition des baltaguia en chameaux, barbouzes payés par Le Caire pour mater les manifestants. Un peu partout dans le monde, ce sont soit des groupes fascistes, des repris de justice, soit des malfrats de tous acabits qui sont rémunérés par les tenants de l’ordre établi pour noyauter les révoltes populaires.

Cela remet sur le tapis, chez nous, la question du positionnement de l’armée et des services de sécurité. Du fait de toutes les leçons tragiques du passé et de l’évolution interne de l’institution militaire, il est inconcevable que l’ANP – et les services de sécurité – en arrivent à s’opposer par la force à la détermination de la population à faire partir le régime politique. Pour autant, l’implication de l’armée dans la mise en place d’une transition politique – sans y être partie prenante – est souhaitée, voire demandée par divers acteurs de la vie politique et de la société civile. Mais ce vœu ou cette exigence sont compliqués ou contrecarrés par le soutien du vice-ministre de la Défense à Bouteflika.

De ce fait, Gaïd Salah est aujourd’hui à la croisée des chemins ; s’il se démarque franchemement du président de la République, il permettra à l’ANP de jouer un rôle positif majeur dans la résolution de la crise ; s’il ne le fait pas, il discréditera l’institution militaire, la laissant à la traîne de l’édification de la nouvelle République algérienne.


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