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Ils révèlent l’ampleur de la tragédie qu’a connue notre pays

La bravoure face à la barbarie coloniale

04 juillet 2020 à 10 h 07 min

Les nouvelles générations doivent être informées et imprégnées de l’extraordinaire courage qui a forgé la résistance nationale face à une armée coloniale impitoyable et équipée d’un armement moderne pour l’époque.

La bravoure face à la barbarie…

Les restes mortuaires restitués hier par la France sont les vestiges de quelques-uns des épisodes les plus sanglants de la conquête coloniale, dévoilant l’ampleur de la tragédie qu’a connue notre pays.

Parmi les ossements conservés plus de 170 ans dans les réserves du Musée de l’Homme en France, figurent notamment des crânes des icônes de la résistance populaire contre le joug colonial, à l’instar de Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif Boubaghla, qui a mené une insurrection populaire dans la région du Djurdjura, en Kabylie, Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaâtcha (région de Biskra en 1849), Moussa El Derkaoui, son conseiller militaire, ou encore Mohamed Ben Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader, celle du chérif Bou Kedida, tué sous les mur de Tébessa, celle de Mokhtar Ben Kouider Al Titraoui, ainsi que la tête momifiée de Aïssa Al Hamadi, le lieutenant de Boubaghla.

Zaatcha, l’ignominie colonialiste dans toute son horreur

«Vers 9h30, le 26 novembre 1849, la tête du cheikh Bouziane, celle de son fils Al Hassan et celle de Si Moussa Al Darkaoui, sont placées au bout de trois piques.

Un instant avant qu’on le fusille, un soldat l’ayant bousculé un peu rudement avec la crosse de son fusil, Al Hassan, le fils de Bouziane dit : ‘‘Je suis le fils de Bouziane, on tue le fils de Bouziane, on ne le frappe pas’’, l’épisode repris dans les livres d’histoire est également rappelé par l’anthropologue Ali Farid Belkadi, ayant dévoilé le scandale des crânes des résistants algériens détenus en France, soulignant que le crâne d’Al Hassan ne figure pas dans la collection du Museum de Paris. Il aurait disparu.

Cheikh Bouziane, le chef de la révolte de l’oasis des Zaâtcha, dont la tête décapitée en même temps que celle de son fils El Hassan, avait été exposée sur la place du marché ‘‘pour l’exemple’’ ; il avait tenu en échec quatre mois durant l’armée française dans ce qui fut l’un des combats les plus meurtriers de la conquête de l’Algérie.

Après quelques assauts infructueux, l’état-major, exaspéré, envoie une colonne de renfort de plus de 5000 hommes, commandée par le général Emile Herbillon (1794-1866).

Selon l’aveu même des militaires et des journalistes français de cette époque, la résistance algérienne était d’une ampleur et d’une efficacité exceptionnelles.

Aussi la victoire des troupes françaises, après d’âpres combats, donna-t-elle le signal d’un massacre général : un millier d’hommes, de femmes et d’enfants moururent, achevés à la baïonnette sauf ‘‘un aveugle et quelques femmes’’ furent seuls épargnés», selon la précision cynique du général Herbillon et qui fut reprise par la presse française.

Deux ans plus tard, Charles Bourseul, un «ancien officier de l’armée d’Afrique» ayant participé à l’assaut, publiera son témoignage : «Les maisons, les terrasses sont partout envahies.

Des feux de peloton couchent sur le sol tous les groupes d’Arabes que l’on rencontre. Tout ce qui reste debout dans ces groupes tombe immédiatement sous la baïonnette. Ce qui n’est pas atteint par le feu périt par le fer.

Pas un seul des défenseurs de Zaâtcha ne cherche son salut dans la fuite, pas un seul n’implore la pitié du vainqueur, tous succombent les armes à la main, en vendant chèrement leur vie, et leurs bras ne cessent de combattre que lorsque la mort les a rendus immobiles.»

Dans son livre La Guerre et le gouvernement de l’Algérie, le journaliste Louis de Baudicour racontera en 1853 avoir vu les supplétifs de l’armée française «se précipiter avec fureur sur les malheureuses créatures qui n’avaient pu fuir», puis s’acharner : «Ici un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme qui demandait comme une grâce d’être achevée, et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre une muraille ; ailleurs, c’étaient d’autres scènes qu’un être dégradé peut seul comprendre et qu’une bouche honnête ne peut raconter.

Des procédés aussi barbares n’étaient pas nécessaires, et il est très fâcheux que nos officiers ne soient pas plus maîtres en expédition de leurs troupes d’élite, qu’un chasseur ne l’est d’une meute de chiens courants quand elle arrive avant lui sur sa proie.»

Boubaghla, le héros de Kabylie

Les ossements de Cherif Boubaghla, «le sultan à la mule grise», personnage si important de la résistance algérienne, l’initiateur d’une révolte populaire, qui porte son surnom, contre la colonisation française dans la région du Djurdjura, en Kabylie, ont également été rapatriés hier.

Celui-ci s’est établi à la Kalâa des Beni Abbès en 1850, où il organise un mouvement d’insurrection, en particulier par des contacts avec les tribus des montagnes environnantes. «L’avènement de Boubaghla est contemporain en France de la Révolution de février 1848 et son action s’est déployée durant la IIIe République et les premières années du Second empire.

Son discours, comme celui des autres chérifs, s’enracinait dans l’ancestralité des traditions culturelles et religieuses des populations algériennes», note l’historien Gilles Mancéron dans sa préface de l’ouvrage Le Sultan à la mule grise écrit par le chercheur Farid Belkadi.

En mars 1851, Boubaghla a attaqué Azib Chérif Benali, chef de la zaouia d’Ichellaten et bachagha aux ordres des Français. Défait lors d’une deuxième attaque sur Ichellaten, cherif Boubeghla s’est replié sur le aarchs des Ath Mellikeche (Béjaïa), où il a établi son nouveau centre d’opération, selon sa biographie.

Il a harcelé sans cesse la soldatesque coloniale avant d’être contraint de se replier vers le nord du Djurdjura, où de nouvelles tribus ont rejoint sa cause. Cherif Boubaghla a réussi à défaire un détachement de l’armée française dans un affrontement près de Boghni (en Kabylie), le 18 août 1851. A la suite de cette défaite, une expédition française a opéré pendant un mois sous les ordres du général Pélissier, pour tenter de réduire les insurgés.

Après son retour à Ath Mellikeche, il a étendu son action vers la Kabylie côtière, si bien que le 25 janvier 1852, une colonne française de 3000 fantassins est nécessaire pour rouvrir la route entre El Kseur et Béjaïa.

En juin de la même année, il a été blessé à la tête, pendant un combat qui a eu lieu au village Tighilt Mahmoud (près de Souk El Tenine). En 1853, il a réussi à relancer le mouvement de résistance. Mais, le gouverneur de la région d’Azzaga, en Kabylie, le général Randon, monte une expédition à la mi-1854, pour mater la tribu des Ath Djennad, soutien de Boubaghla.

A la suite de la prise du village d’Azib, l’assaut est donné aux Ath Yahia. Après quarante jours d’escarmouches, l’opération coûte au général Randon, 94 soldats tués et 593 blessés.

Cherif Boubaghla, blessé, quitte alors la région pour retourner à Ath Mellikeche, où il reprend son travail d’organisation. Il parvient entre autres à s’allier à Lalla Fatma N’Soumer.

En 1854, après avoir été dénoncé, il est poursuivi par les frères Mokrani qui s’étaient alliés aux Français. Sa tête fut tranchée alors qu’il était encore en vie.

Elle a été exposée en trophée sur un poteau en plein centre de la ville de Bordj Bou Arréridj. Les ossements de son compagnon, Aissa El Hamadi, ont également été remisés au Museum de Paris.

Il y a également le crâne de Mokhtar El Titraoui, résistant décapité en 1840 pour son engagement en faveur de la libération du pays et qui avait la particularité d’être un arabophone originaire de Ksar El Boukhari (wilaya de Médéa), qui luttait en compagnie de ses compagnons kabyles.

Comme ses frères d’infortune, sa tête qui avait été fixée sur une pique fut exposée sur la place du souk pour semer l’effroi au sein de la population.

L’avion a par ailleurs transporté hier le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader.

La légende raconte que le corps de Mohamed Ben Allel n’a jamais été retrouvé, mais que sa tête serait enterrée au mausolée de Sidi Ali M’barek après avoir été ramenée par un général français en 1847 dans un sac de cuir…

Les livres d’histoire évoquent, à son propos, un combattant redoutable, ayant pu rallier plusieurs tribus au combat et un gestionnaire (il était à la tête de la région de la Mitidja) clairvoyant. 


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