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mercredi, 23 octobre, 2019
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La «bataille» de la Grande-Poste

18 mai 2019 à 10 h 25 min

Le système est tenté par la répression. Si les vendredis derniers, les services de sécurité ont évité tout accrochage avec les manifestants, hier, ils s’étaient redéployés en force au centre- ville d’Alger pour empêcher tout rassemblement à la Grande-Poste.

Des fourgons des forces anti-émeute sont disposés de telle sorte à empêcher l’accès au parvis de la Grande-Poste, une des places fortes de la contestation populaire. Des CRS, équipés de fusils lance-grenades s’étaient également déployés autour de l’édifice.

Les policiers ont d’abord commencé par interpeller des manifestants, parmi lesquels il y aurait l’avocat Me Salah Dabouz. Malgré cette réaction musclée, des manifestants, déterminés, continuaient à affluer sur la place. Les jeunes, qui faisaient face aux policiers, scandaient les slogans hostiles aux figures du régime.

Le chef-d’état major, Ahmed Gaïd Salah, en aura eu pour son grade. «Gaïd Salah dégage !» répétaient à gorge déployée les manifestants, le drapeau national flottant au-dessus des têtes.

Les policiers avaient utilisé les sprays (gaz en aérosol) pour repousser des jeunes qui voulaient forcer le dispositif sécuritaire. Une grenade détonante est même jetée dans la foule. Des blessés sont enregistrés, parmi lesquels Drifa Ben M’hidi, la sœur du héros de la Bataille d’Alger, indisposée par les gaz lacrymogènes.

La wilaya d’Alger s’était empressée de justifier l’interdiction de l’accès à la Grande-Poste. Une expertise du CTC à l’appui, les services expliquent que des fissures auraient été constatées sur les escaliers du bâtiment néo-mauresque, en raison du surpoids qu’ils supportent. Argument maladroit.

Jeudi, la police a agi autrement avec les radiés de l’armée. Les policiers, placés là, plus tôt que d’habitude, s’étaient tranquillement mis à l’écart pour laisser les militaires se déployer sur les escaliers et scander leur slogan pro-Gaïd. Hier, le long face-à-face manifestants-policiers s’est poursuivi une partie de la matinée et le début d’après-midi.

Pour repousser les manifestants toujours aussi très déterminés, un policier monte sur le fourgon de la police et asperge à volonté la foule. Les jeunes, dont certains s’étaient agrippés au véhicule, répondent par le jet de projectiles.

Prenant leur courage à deux mains, deux jeunes montent sur le fourgon et pousse le policier. Des cris de joie parcourent alors la foule : «Policiers, dégagez», «Blad bladna, ouandirou rayna» (Ce pays est le nôtre, et nous ferons ce que nous voulons)… 14h50. Ne pouvant pas tenir face aux flux des marcheurs qui arrivent plus nombreux, les policiers ont fini par céder. Une marée humaine s’est alors dirigée vers le parvis, les policiers se retirant à mesure que s’engagent les marcheurs en direction de l’édifice. Des banderoles sont déployées aussitôt : «Primauté du civil sur le militaire», «Un régime qui ferme les routes vers Alger ne peut pas ouvrir la voie de la démocratie»…

Les services de sécurité ont effectivement renforcé leur présence contrairement au dernier vendredi. De nombreux barrages filtrants sont installés aux entrées de la capitale. A Reghaïa, des gendarmes ont gardé une seul voie, une procession de véhicules s’était formée sur plusieurs kilomètres.

Le barrage installé sous le pont de Bab Ezzouar, sur l’autoroute de l’Est, a été également renforcé. Les véhicules immatriculés hors Alger étaient sommés de prendre la bretelle de Bab Ezzouar.

En dehors d’Alger, les gendarmes s’étaient redéployés en force sur les grands axes routiers. A Bordj Bou Arréridj, le même dispositif est installé pour empêcher l’afflux des manifestants dans cette ville devenue, selon les mots en usage «3ssimat el hirak», la «capitale du mouvement», un tifo géant y est déployé chaque vendredi sur une place remplie comme un œuf.


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