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Les professeurs Nacer Djabi et Mohamed Hennad Décortiquent la crise : «La balle est dans le camp du pouvoir»

19 décembre 2019 à 10 h 07 min

Les deux analystes estiment qu’il faut attendre pour connaître les intentions du pouvoir après l’investiture du nouveau Président.

La République comme si»  Joumhouria ka’ana,  la situation actuelle de l’Algérie inspire au sociologue Nacer Djabi ce titre d’un roman de l’écrivain égyptien, Alaa El Aswany. Il  estime que le blocage est dû à un régime qui s’apprêterait à faire semblant de dialoguer, alors qu’il a déjà refusé toutes les propositions de sortie de crise. «Le pouvoir fait comme s’il y aurait un dialogue, comme s’il  y avait une élection, comme s’il y avait un Président», nous explique-t-il, soulignant qu’aujourd’hui la question primordiale est de savoir si le nouveau Président  va construire sur la base du hirak ou aller contre celui-ci.

Il est impératif, selon lui, d’établir un recul historique pour comprendre le rejet du dialogue tel que proposé par Abdelmadjid Tebboune. «Le fait est, dit Djabi, que le pouvoir n’a pas l’habitude de dialoguer. Encore faut-il qu’il voit  le peuple comme des citoyens à part entière. Pendant longtemps, il  voyait le peuple au mieux comme des consommateurs, au pire des repris de justice.

Jamais il n’a voulu tendre l’oreille pour écouter ses doléances. Preuve en est, il n’a pas permis l’éclosion d’un véritable Parlement, d’un espace public ouvert ou des médias libres. Il n’en a ni les moyens, ni la culture.»

Concernant cette «crise du dialogue», Mohamed Hennad, professeur en sciences politiques, rappelle l’absurdité de la situation. «En principe, glisse-t-il,  l’offre de dialogue est faite pour résoudre une crise et non pas en être une ! Mais dans le contexte algérien, c’est vrai, les différents dialogues ont été conduits par le pouvoir avec le seul but de résoudre son problème pas celui du pays.» Les deux analystes estiment néanmoins qu’il faut attendre pour connaître les intentions du pouvoir après l’investiture du nouveau Président.

Nacer Djabi ne manque pas de rappeler les 30 propositions de sortie de crise établies lors des réunions de la société civile de Aïn Benian, de la Safex et même lors de la conférence de l’opposition à l’hôtel  Mazafran en 2014. Toutes, dit-il, ont été rejetées par le pouvoir. En résumé, le problème ne réside pas, d’après lui, dans la représentativité du hirak, mais dans la volonté du pouvoir de sortir de la crise.

«Le pouvoir  feint de  chercher des représentants du hirak, alors qu’il a refusé toutes les propositions faites auparavant et sur lesquelles la majorité du peuple du hirak est d’accord. La seule possibilité de sortir de cette crise est que le pouvoir réponde favorablement. La balle est aujourd’hui dans son camp», estime Nacer Djabi. Pourquoi le mouvement ne parvient pas à s’auto-organiser et à  faire émerger des représentants ?

Le professeur Hennad estime que ce serait là une démarche suicidaire. La force du mouvement réside, selon son analyse, dans sa diversité. Verbatim : «A mon sens, il ne faut jamais essayer de dépasser les  »fractures » idéologiques. Elles sont là, et c’est une bonne chose dans la mesure où elles permettent à la diversité de s’exprimer. Justement, le hirak, c’est la diversité dans l’unité. A charge, donc, pour les forces politiques du pays de bien écouter le hirak et de s’entendre, malgré leurs différences idéologiques ou politiques, sur un dénominateur commun sans lequel toute vie politique saine devient impossible.

C’est ainsi que le dialogue devrait être, d’abord, entre ces forces dans le but de constituer un bloc capable de peser devant le pouvoir.» C’est également l’avis du sociologue qui estime que le mouvement  ne peut être homogène, car il est «constitué de toutes les tendances politiques, il est caractérisé par une diversité sociologique et démographique extraordinaire et  traverse tout le pays.

Mais ces gens là sont d’accord sur l’essentiel : combattre la corruption, édifier un Etat de droit, permettre la liberté d’expression».  Malgré les revers et les déceptions, plus rien ne sera comme avant. «Longtemps,  dit Djabi, nous avons pensé que le peuple algérien ne s’intéressait pas à la chose politique. En cassant l’élan du hirak, c’est toute l’Algérie qui sera fragilisée, et son imagé écornée.»

Le politologue Mohamed Hennad estime également qu’il n’y a pas d’autre alternative aujourd’hui que de continuer le hirak, même s’il faudra que celui-ci innove dans sa façon d’exprimer ses revendications. «Gageons,  conclut-il, que les parties au dialogue prévu prendront conscience du fait que la  »rue » surveillera toujours leurs actes.»


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