La balle est dans le camp de Gaïd Salah | El Watan
toggle menu
samedi, 21 septembre, 2019
  • thumbnail of elwatan21092019





Repère

La balle est dans le camp de Gaïd Salah

27 avril 2019 à 9 h 30 min

La question n’a jamais été posée de savoir pourquoi le chef de l’état-major Gaïd Salah porte, d’un côté, un regard bienveillant sur le mouvement populaire, se soucie de sa sécurité et de la protection des manifestants qu’il s’est engagé à assurer, allant même jusqu’à prodiguer des conseils pour son encadrement, et freine, de l’autre côté, son élan émancipateur vers la concrétisation de ses objectifs de rupture totale avec le système en place.

Cette ambivalence dans le discours a conduit à introduire le doute, l’incompréhension, voire, parfois, la méfiance par rapport aux positions de l’institution militaire, suspectée de jouer un double jeu en cherchant à ménager la chèvre et le chou. Gaïd Salah a appelé le peuple algérien à s’armer de patience et de sagesse pour surmonter la crise. C’est ce qu’il a fait tout au long de ces 10 semaines de contestation ininterrompue, marquées par une maturité et un civisme qui ont déjoué tous les plans malveillants de ceux qui avaient misé sur la politique du chaos pour faire avorter le mouvement.

En donnant sa bénédiction à la poursuite des manifestations, dont il a seulement recommandé l’encadrement pour prévenir dérapages et provocations, mais, certainement aussi, pour dégager des interlocuteurs dans la perspective de nouer le dialogue avec des représentants du hirak, en affichant, ce mercredi à Blida, sa volonté d’examiner toutes les propositions et les «solutions possibles» pour dénouer la crise, le chef d’état-major ouvre de nouvelles fenêtres de tir.

Gageons qu’il ne s’agit pas d’un autre effet d’annonce destiné seulement à gagner du temps, à faire baisser la fièvre de ce 10e vendredi qui a coïncidé avec une communication de l’état-major de l’Anp, sujette à des lectures plurielles et contradictoires, qui renseignent sur l’effort attendu de l’institution pour clarifier davantage ses positions et rendre son discours plus audible. Certes, en deux mois de mobilisation populaire, comme l’Algérie n’en a jamais connue depuis l’indépendance, des conquêtes historiques ont été arrachées, telles que le départ de Bouteflika, les poursuites judiciaires engagées contre des oligarques du système, sur lesquelles les avis divergent quant à l’opportunité et aux objectifs de l’opération, la réappropriation du droit des manifestations publiques, particulièrement dans la capitale, frappées d’interdiction depuis des décennies.

Mais il demeure que la mobilisation populaire n’a connu jusqu’ici aucun prolongement politique dans le sens du projet de transition démocratique tel que voulu par le peuple. Le levier de la présentation, à grand battage médiatique, des hommes d’affaires proches de Bouteflika devant les juges, pour des charges de corruption en écho aux revendications du mouvement populaire sur lequel le commandement militaire avait fortement misé pour négocier un fléchissement de ses exigences, n’a pas fonctionné. Les Algériens qui continuent à sortir par millions sont toujours aussi déterminés, comme au premier jour, à ne rien céder jusqu’à la satisfaction totale de leurs revendications.

Le pouvoir a tenté une solution, celle dite de la voie constitutionnelle qui a fait le pari impossible et au mépris de la volonté populaire de mener la succession à Bouteflika avec les instances et les hommes du système contre lequel le peuple s’est soulevé. Cette option a échoué, comme l’atteste le rejet total par la population des institutions mises en place (gouvernement, Présidence).

Le dernier camouflet du bide de la conférence nationale à laquelle a appelé le chef d’Etat, Abdelkader Bensalah, aurait dû inciter les décideurs à revoir leur copie et à admettre qu’il ne peut pas y avoir de solution possible et viable, de dialogue fécond et fédérateur sans le peuple et contre la volonté populaire. L’armée, qui refuse de s’écarter de la voie constitutionnelle, par souci républicain ou pour d’autres motivations inavouées, peut-elle avoir meilleure garantie et un mandat aussi souverain et blindé au plan de la légitimité que le soutien populaire pour faire face à toutes les manœuvres et pressions internes et externes visant à détourner le mouvement de son objectif et à voir un putsch là où il n’y a que révolution et promesse de renouveau démocratique ? L’armée est le bouclier du peuple.

A l’inverse, une armée forte de sa légitimité populaire est capable de soulever des montagnes, d’affronter tous les défis. Que vaut alors une entorse à une Constitution désuète et dont le caractère antidémocratique est par ailleurs reconnu par tous, face à une volonté populaire inébranlable de changement portée par des millions d’Algériens ? Le peuple, qui est sorti, également, hier en masse pour rompre le statu quo nourri par des manœuvres de l’ombre, a signé un chèque certifié au chef d’état-major Gaïd Salah pour prospecter d’autres voies de sortie de crise, d’autres «solutions possibles» ­– pour reprendre ses propres termes – plus conformes avec les aspirations populaires. La balle est dans son camp.


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!