Khenchela : Un activiste condamné à 10 ans de prison | El Watan
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Khenchela : Un activiste condamné à 10 ans de prison

10 octobre 2020 à 10 h 55 min

Abou-Ishak El Houweini, le mufti des salafistes, a été au centre du procès de Yacine Mebarki, militant de la cause amazighe, et connu aussi pour être un visage régulier du hirak à Khenchela.

Les idées de l’islamiste égyptien font vraisemblablement des émules dans la localité. L’avocat de la défense, Me Hachem Sassi, en est convaincu, lui qui a été obligé dans sa plaidoirie de démontrer que «la pensée» d’El Houweini est davantage un fléau social et une des sources de l’extrémisme religieux qui a endeuillé l’Algérie, plutôt qu’un patrimoine qu’il est interdit de critiquer. C’est ce qui a poussé l’avocat à souligner, sur son compte Facebook, que ce procès est idéologique.

En effet, jeudi dernier, le tribunal de Khenchela a prononcé une très lourde peine contre ce citoyen de 52 ans, père de trois enfants et demeurant à Khenchela. Lors de ce procès très rapide, Yacine Mebarki a été condamné à une peine d’emprisonnement de 10 ans, assortie d’une amende de 10 millions de dinars.

Un verdict sévère et inattendu pour beaucoup d’Algériens qui ont vite fait d’exprimer leur indignation et leur colère face à «cette justice à deux vitesses». «Lorsque la recherche, le comparatisme religieux et l’exploration de la culture de l’autre devient une atteinte à l’islam, sachez que les manifestations les plus simples de la liberté sont absentes», écrit un ami de Yacine.

Yacine Mebarki avait été arrêté, mercredi 30 septembre, dans un café de la ville et conduit d’abord à son domicile, où les policiers ont effectué des fouilles. Les limiers ont découvert une bibliothèque chez lui, et dans cette bibliothèque composée de quelques livres d’histoire et de religion, ils ont trouvé aussi un vieil exemplaire du Coran.

Selon le rapport de police, il manquait une page à ce Coran, sur la base de quoi le jeune Mebarki a été accusé d’offense ou dénigrement du dogme ou des préceptes de l’islam.

Parmi les griefs retenus contre lui aussi, on cite l’incitation à l’athéisme et l’atteinte à l’unité nationale. Dans les discussions qu’il a avec des amis au café où il est client habituel, Mebarki s’attaque en effet aux idées islamistes, notamment celles de l’Egyptien El Houweini.

La loi algérienne n’interdit pas ces critiques. Mais qu’est-ce qui a poussé alors la police à arrêter Mebarki ? Et pourquoi la perquisition ? Nous n’avons pas pu obtenir des réponses officielles à nos questions, mais selon des témoignages concordants, le dossier à charge aurait été «monté par un officier de police habitant le même quartier que Mebarki et acquis aux idées de Daesh». «Khenchela est une petite ville, et tout le monde connaît tout le monde», ajoute-t-on.

Y a-t-il eu abus d’autorité et détournement de la force républicaine pour des objectifs idéologiques personnels ? De nombreux éléments soulèvent la suspicion dans cette affaire. La célérité de la procédure aussi. L’accusé a été aussitôt placé sous mandat de dépôt le jeudi 1er octobre après sa comparution immédiate au tribunal de Khenchela, et son procès renvoyé au 6 octobre.

Devant le juge, Mebarki a nié avoir profané le Coran qu’il a affirmé hériter de son grand-père et qu’il gardait soigneusement dans sa bibliothèque.

Il a d’ailleurs tout nié des griefs qu’on lui reproche : «Je ne suis pas athée, je suis musulman, mais un musulman laïc», a-t-il martelé devant un tribunal qui manifestement n’a pas de considération pour la liberté de conscience, s’indigne encore l’avocat.«Nous avons reçu des informations sur des pressions exercées par l’accusé sur un citoyen pour le convertir à l’athéisme», avançait le représentant du parquet.

Face à quoi, la défense a exigé de connaître la source de ces informations et la convocation de la présumée victime, en vain. Les carottes étaient cuites d’avance. Yacine Mebarki devrait aller plaider son innocence devant la cour d’Oum El Bouaghi. Me Hachem Sassi et d’autres avocats d’Alger se préparent déjà pour ce rendez-vous. Le procès du salafisme institutionnel contre la liberté de penser.

Vingt ans après la défaite des groupes islamistes armés, la société algérienne et les institutions de l’Etat sont malades de l’extrémisme religieux.

L’appareil judiciaire et tout l’appareil policier derrière ne sont pas à l’abri et glissent vers des référents religieux salafistes pour juger et punir des citoyens algériens. Les justiciables, a fortiori quand ils sont issus de minorités de pensée, sont sacrifiés sur l’autel de la communauté de croyance, dans le dos de la République.


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