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Khalfa Mameri évoque son aide précieuse à la Révolution algérienne : L’«admirable» soutien de la Chine

04 novembre 2018 à 1 h 10 min

Le soutien des Chinois à la Révolution algérienne était «admirable». Cette sentence est de l’ancien ambassadeur en Chine, député et historien algérien, Khalfa Mameri, qui animait, vendredi soir, une conférence sur les relations algéro-chinoises, à l’occasion du SILA d’Alger.

L’auteur du très lucide Journal d’un ambassadeur d’Algérie en Chine (1998) affirme que les Chinois ont apporté leur soutien à l’Algérie en guerre «au moment où la Révolution était seule». «Aucun pays arabe n’a aidé l’Algérie, sauf quand l’indépendance pointait du nez», assène-t-il. L’ancien maître de conférences à la faculté d’Alger rappelle que le 25 septembre 1958, soit une semaine après la création du GPRA, une délégation de l’Ugema était reçue par Zhou Enlai. Dans le compte-rendu qu’en fait le journal El Moudjahid du 24 décembre 1958 (n°34, p. 22), il est rapporté que le Premier ministre chinois très enthousiaste a exhorté ses jeunes invités à transmettre «le sentiment de respect et d’admiration du peuple chinois» pour les résistants algériens.

Mameri rappelle que les Russes ont «attendu» trois ans pour «reconnaître de fait» le GPRA, après la rencontre onusienne entre Nikita Khrouchtchev et Krim Belkacem. En décembre 1958, deux ministres du GPRA s’étaient rendus à Pékin : Benyoucef Benkhedda, chargé des Affaires sociales, et Mahmoud Cherif, son collègue de l’Armement et de l’Approvisionnement. Dans un compte-rendu publié par El Moudjahid (53-54, 1er novembre 1959), Benkhedda énumère les livraisons chinoises estimées à un demi-milliard de francs : 4000 tonnes de blé, entre autres. «Le rationnement alimentaire en Chine a duré jusqu’à la fin des années 1980. Les livraisons de blé envoyées aux Algériens renseignent sur l’importance de l’aide des Chinois.

Il faut apprécier cette aide à sa juste valeur», estime Mameri, qui cite les denrées (fèves) que voulait envoyer le Raïs égyptien Gamal Abdel Nasser aux Algériens, selon le témoignage de Amar Oumrane, alors qu’elles n’entrent pas dans leur nourriture. Mameri signale l’envoi d’une troisième délégation dirigée en mars 1959 par Omar Oussedik et dans laquelle figurait le colonel Ali Dehilès. Selon le témoignage de ce dernier, rapporté par le diplomate, une aide militaire promise par les Chinois devait permettre d’équiper 6 régiments d’artillerie et des bataillons de 800 hommes armés de plusieurs canons de 120 mm. Sauf que Mameri considérait que cette aide n’aurait pas pu parvenir jusqu’aux maquis de l’intérieur à cause d’un obstacle physique : les lignes Challe et Morice.

Sortir du «siècle des humiliations»

Mameri considère qu’il y a deux sources à l’amitié algéro-chinoise. Il y a d’abord, détaille-t-il, ce que le dirigeant chinois Mao Zedong appelle le «siècle des humiliations» (XIXe et XXe siècles) commun aux deux peuples : l’invasion française en Algérie et la défaite de l’empire des Qing face aux envahisseurs anglais et japonais. Il y aura aussi la conférence de Bandung (18 au 24 avril 1955) en Indonésie où les leaders du Tiers-Monde, relève-t-il, s’étaient entendus sur la nécessité de «s’unir pour arriver à bout de l’Occident dominateur».

Pour le diplomate, la situation des deux «révolutions» en 1958 était difficile. Il y avait pour le gouvernement du FLN en exil deux imprévus : le retour aux affaires du général de Gaulle et le «blocage» de la Révolution après l’assassinat, en décembre 1957, de Abane Ramdane. «La situation était ingérable, chacun des leaders du FLN voulant s’imposer et se rêvait déjà en chef.

C’est la paralysie totale… Il s’agit de compenser la défaite militaire par une activité étrangère. La Chine de Mao connaît la même situation, étant mise en quarantaine après la réussite de la Grande marche en 1949… On avait finalement besoin l’un de l’autre», soutient Mameri. L’Algérie indépendante a su apporter son soutien à la Chine populaire contre ses adversaires nationalistes. Délégué algérien en 1966 à l’ONU, Mameri raconte avoir voté pour le rétablissement de la Chine dans ses droits. Tremblotant, le diplomate prometteur de 26 ans a appelé Mohamed Seddik Benyahia, qui était alors ambassadeur à Moscou, pour l’informer de sa décision prise sans instructions d’Alger. «Tous les pays arabes ont voté contre», commence-t-il par lui dire. «Si t’avais voté pour Taïwan, t’aurais été exécuté», répond sèchement Benyahia, qui a balayé d’un revers le soutien arabe au gouvernement de Taïwan.

Rappelant à son auditoire que les envahisseurs de l’Algérie étaient des voisins (romains, arabes, turcs, français, etc.), le conférencier, qui publie aux éditions El Amel une chronologie de l’Algérie depuis les origines, plaide pour des relations fortes avec les puissances du monde (Etats-Unis, Chine, Union européenne). Auteur prolifique particulièrement de l’inégalable biographie de Abane Ramdane, Mameri a exprimé son agacement de l’absence d’auditeurs dans la salle froide du hangar n°G du Palais des expositions. Pour lui, «notre grand drame» est le «peu d’intérêt que nous portons à notre histoire». «Un drame qui se poursuit», regrette-il. La conférence devait être animée conjointement avec l’ambassadeur de Chine, Yang Guangyu, qui était finalement absent. «La délégation chinoise est forte de 160 personnes», signale un organisateur, sans expliquer la désaffection du représentant de l’empire du Milieu, dont le pays est l’invité d’honneur du SILA. 

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