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Karima Bennoune, lauréate du prix international de la laïcité pour son livre : Hommage aux résistantes algériennes

10 novembre 2019 à 9 h 47 min

Karima Bennoune, professeure de droit à l’université de Californie – Davis, nommée en 2015 rapporteuse spéciale des Nations unies dans le domaine des droits culturels et consultante pour l’Unesco, a reçu le prix international de la laïcité 2019, décerné par le Comité national de la République, à Paris, pour son livre Votre fatwa ne s’applique pas ici, paru au Temps présent, dans sa version française en 2017 et en anglais aux Etats-Unis en 2014.

 

Karima Bennoune a été distinguée par le Comité Laïcité République au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée le 5 novembre à la salle des fêtes de la mairie de Paris en présence de sa première dirigeante, Anne Hidalgo, de nombreux élus, anciens ministres et responsables d’associations.

Dans une émouvante allocution, Karima Bennoune a avancé qu’«en tant qu’Algérienne-Américaine et militante pour les droits humains, c’est surtout le mouvement féministe algérien qui m’a formée et influencée». «Donc, je reconnais et remercie mes sœurs féministes algériennes. Beaucoup d’entre elles ont risqué leur vie pendant la décennie noire du terrorisme islamiste en Algérie, sans soutien international adéquat, et actuellement nombre d’entre elles sont encore une fois présentes dans les rues d’Algérie pour y mener un combat pacifique pour les droits des femmes et tous les droits humains.»

La jeune femme a aussi cité «la grande sociologue féministe algérienne Marieme Helie-Lucas, qui a toujours été à mes côtés et qui, à l’âge de 80 ans, milite avec plus de conviction et d’énergie que beaucoup de personnes de 40 ans», Lalia et Selim/Jean-Paul Ducos «pour leur accueil et leur aide à tout moment», «la grande contribution et solidarité de Samia Benkherroubi, Cherifa Kheddar et Zazi Sadou, qui ont partagé leurs histoires courageuses avec moi pour mon livre Votre Fatwa ne s’applique pas ici, et qui m’ont aidée à partager les histoires des autres militant(e)s contre l’islamisme que ce livre contient». Et elle n’oublie pas sa mère qui lui a «enseigné à être ouverte sur le monde» et qui «représente l’Amérique que j’aime, celle qui est aujourd’hui menacée par l’extrême droite et les fondamentalistes chrétiens».

Elle affirme avec force que «nous avons de plus en plus besoin de travailler en réseau au niveau international pour soutenir nos frères et nos sœurs laïques, pour que nul ne milite et ne se sacrifie dans l’obscurité». «La lumière dont, avec ce prix, vous éclairez si généreusement mon travail, je la reçois avec humilité et je veux l’utiliser pour éclairer leurs combats, partout dans le monde. Nous devrons être à leur côté, pour soutenir leur travail, pour leur passer le micro, pour comprendre et apprendre de leurs stratégies, pour exiger leur protection. Et quand ils tombent – dans n’importe quel pays du monde –, nous avons la responsabilité de commémorer leur travail et d’essayer de le continuer. Nous avons besoin de briser les murs de la solitude, la solitude dans laquelle travaillent beaucoup de nos collègues, défenseurs des droits humains, défenseurs de la laïcité partout dans le monde.» 

«Face à de telles histoires, j’insiste pour que la laïcité soit reconnue en tant que principe essentiel pour garantir les droits humains pour tous – croyants, pratiquants, agnostiques, libres penseurs, athées, ou les personnes qui refusent de telles définitions… Je suis profondément attachée à une laïcité féministe, antiraciste et ancrée dans le cadre des droits humains, une laïcité globale qui respecte les perspectives et stratégies diverses, mais qui insiste sur certains principes fondamentaux.» C’est ainsi que dans ses rapports pour l’ONU, il était important pour elle d’«essayer d’exprimer certains de ces principes dans les salles de l’Assemblée générale et du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, malgré le fait que ce n’est pas exactement considéré comme politiquement correct». En écrivant, par exemple, que «la laïcité… est… un élément déterminant dans la lutte contre les idéologies extrémistes et fondamentalistes qui visent les femmes…»  Et d’insister sur l’idée que «l’universalité des droits humains est… un projet véritablement mondial, et non une idée qui appartient à un pays ou une région donnée… Les peuples et les gouvernements, partout dans le monde, sont capables de violer ou de promouvoir cette idée».

La juriste explique que le droit international relatif aux droits humains «a répudié le relativisme culturel» «Pourtant, le relativisme culturel se retrouve régulièrement dans les forums des Nations unies et dans les universités, même dans le domaine des droits humains».

Et de rappeler que des millions de personnes à travers le monde, y compris son grand-père, Lakhdar Bennoune, «un leader paysan algérien», «ont perdu la vie dans la lutte contre le colonialisme, qui est lui-même une forme de relativisme La mauvaise utilisation de l’histoire coloniale pour justifier les violations des droits humains contemporains insulte leur mémoire et sape leurs réalisations».

Elle termine son allocution par une pensée pour son père Mahfoud Bennoune (anthropologue, professeur, chercheur, militant et humaniste, décédé le 17 mai 2004 des suites d’une longue maladie, ndlr), qui «a été torturé par l’armée française lors de la guerre d’indépendance de l’Algérie sans que quiconque ait rendu jamais des comptes, et qui a risqué sa vie de nouveau pendant la décennie noire en Algérie pour dénoncer l’islamisme et le terrorisme. Il est mon symbole de courage. Et sa mémoire me redonne de l’espoir à tout moment». Et elle cite la lettre ouverte de son père au porte-parole du Front islamique du salut (FIS), Anouar Haddam, publiée dans El Watan en 1995, «une lettre toujours aussi pertinente si on pense aux bourreaux des attentats criminels de Paris et aux assassins qui ont tué dans les bureaux de Charlie Hebdo vingt ans plus tard…, quand on se retrouve aujourd’hui face aux fondamentalistes et extrémistes partout dans le monde, des Etats-Unis jusqu’en Inde, de Birmanie jusqu’au Brésil.» Mahfoud Bennoune a écrit aux terroristes islamistes : «Votre mouvement, qui s’est trompé d’époque, de peuple et de cible, est la négation même de la raison et de la démocratie, du bon sens et des valeurs islamiques, humanistes et universelles.

C’est la raison pour laquelle il ne peut être porteur ni de paix, ni de progrès…, ni de culture, ni de civilisation… Votre mouvement est voué à l’échec.»  «Comme Mahfoud Bennoune, dira sa fille, je reste convaincue que les valeurs humanistes et universelles vaincront, mais comme lui, je pense que cet avenir d’espoir n’est pas garanti. Car cet avenir… dépend de nous.»

Paris
De notre bureau   Nadjia Bouzeghrane



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