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Karim Tabbou. Coordinateur de l’Union démocratique et sociale : «La présidentielle n’est pas une fin en soi mais un moyen pour consacrer la volonté du peuple»

03 juillet 2019 à 9 h 45 min

Le coordinateur de l’Union démocratique et sociale (UDS), parti non agréé, Karim Tabbou, exige dans cet entretien «la libération de Lakhdar Bouregaâ, figure emblématique de l’opposition et ex-commandant de l’ALN et considère la démission de Moad Bouchareb de la présidence de l’APN comme une tentative de ravaler la façade d’un Parlement en manque de légitimité»

M. Tabbou appelle les Algériens à «rester unis, vigilants et pacifiques pour déjouer les plans machiavéliques du pouvoir». Il salue la merveilleuse dynamique du peuple qui continue de se mobiliser pacifiquement et de «donner des leçons de maturité politique à un régime qui tente de diviser les Algériens».

 

Les Algériens continuent de se mobiliser en masse malgré la chaleur et les nombreuses arrestations opérées par les forces de l’ordre. Quels enseignements tirez-vous de cette mobilisation antisystème ?

En dépit de la persistance de la mise sous embargo de la capitale, la mobilisation était extraordinaire. Encore une fois, le peuple algérien a donné une leçon de civisme et de maturité politique à un régime qui tente de diviser les Algériens. La seule stratégie mise en place actuellement vise à susciter l’animosité dans la société et tenter d’affaiblir le hirak, et comme aboutissement, le chef d’état-major veut imposer ses choix, sa vision et son diktat. Les dizaines d’arrestations et toutes les brutalités, que je dénonce énergiquement, ne peuvent en aucun cas venir à bout d’une Révolution joyeuse, qui est en train de marquer l’histoire du pays.

Le moudjahid et militant politique, Lakhdar Bourregaâ, a été mis sous mandat de dépôt pour entreprise de démoralisation de l’armée et atteinte à corps constitué. Quelle est votre réaction ?

L’arrestation, puis l’emprisonnement du commandant de l’ALN, Lakhdar Bourregaâ, figure emblématique de l’opposition est, en plus de son caractère provocateur, un acte qui s’inscrit justement dans cette stratégie machiavélique visant à instaurer un climat de peur et de violence. La finalité de la stratégie du pouvoir est de tenter de mettre fin à cette révolution joyeuse en lui opposant une contre-révolution mafieuse dont les caractéristiques sont la violence, la brutalité et l’apologie du régionalisme. Devant une telle dérive autoritaire, nous devons faire preuve d’intelligence et opposer à cette caste mafieuse les réflexes de l’honneur, de résistance et d’engagement. Nous devons nous remobiliser fortement et d’une manière décisive pour exiger la libération de tous les détenus d’opinion et pour engager irréversiblement notre pays dans un processus démocratique véritable. Nous devons aussi nous mobiliser pour exiger la libération immédiate de l’une des figures incontestables du combat libérateur du pays, le moudjahid Lekhdar Bouregaâ et l’ensemble des détenus politiques.

Interpellés lors des deux derniers vendredis de mobilisation anti-régime pour port de drapeau amazigh, des manifestants ont été écroués pour «atteinte à l’unité nationale». A quoi joue le pouvoir ?

Je dénonce ces arrestations, ces intimidations et l’usage excessif de la brutalité policière. Assiéger Alger par des services de sécurité pour empêcher les Algériens d’exercer leur droit de circuler librement, c’est là une grave atteinte aux doits humains et à la loi. Ce qui s’est passé est une preuve supplémentaire qui démontre que la justice est aux ordres. Depuis quand un discours d’un chef militaire fait office de loi et donne une base juridique à des procureurs et des juges aux ordres pour engager de tels procès ?

Provoquer avec cette approche violente ce débat extrêmement sensible n’est pas de nature à aider le pays à aller démocratiquement et sereinement vers le changement. A travers cette opération, les visées sont politiciennes et sont aux relents sectaires et aspirent à provoquer des cassures dans le mouvement populaire. Encore une fois, le génie des Algériens a été bien au-dessus des conspirations. Les Algériens ont bien prouvé qu’ils ont un seul drapeau, à savoir le drapeau national, et que l’emblème amazigh est l’emblème de l’identité amazighe de toute l’Afrique du Nord. Je trouve curieux que Gaïd Salah ait capté la présence de cet emblème, mais n’as pas entendu les cris de colère des millions d’Algériens descendus dans la rue pour réclamer un changement politique.

Dans son dernier discours, le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, a, encore une fois, rejeté toute forme transition réclamée par le mouvement populaire et l’opposition, en insistant sur la solution constitutionnelle…

Gaïd Salah continue de réduire la crise, qui est une crise politique qui nécessite des solutions politiques, à une procédure constitutionnelle, allant jusqu’à vouloir imposer une élection avec les mêmes instruments électoraux, les mêmes procédures, les mêmes trafics enregistrés par le passé, pour une seule finalité, à savoir disposer d’un chef d’Etat qui doit lui obéir entièrement. Il a fait de l’élection présidentielle un objectif, alors que l’élection elle-même est un moyen pour consacrer la volonté des peuples. Une élection est un instrument démocratique qui doit reposer sur deux piliers sans lesquels aucune élection n’est fiable. Le premier pilier est lié à l’exercice des libertés. Or, sur le terrain, on constate que le rétrécissement voire l’interdiction d’exercer les libertés est ressentie autant dans les médias, la justice, mais surtout dans l’expression publique à travers l’interdiction des conférences dans les universités. En dehors des wilayas du Centre, la vie politique est soumise à autorisation des services de sécurité.

Le second pilier concerne la neutralité de l’administration et l’équidistance de tous les concurrents vis-à-vis de la loi et l’administration. Cependant, ces deux piliers n’existent pas. D’ailleurs, le chef d’état-major répète à qui veut l’entendre que l’institution militaire ne s’implique pas dans la vie politique.

Or, on voit bien que le vice-ministre de la Défense s’investit pleinement dans la politique, au nom de cette institution, en violation totale de toutes les lois, dont celles de l’armée et de la Constitution, qu’il prétend défendre et faire respecter. Dans son discours, il a déjà fixé le portrait-robot du futur Président, une preuve supplémentaire que ces gens ne peuvent pas accepter l’idée que le Président soit élu par le peuple. Je lance un défi au chef d’état-major de publier les PV des élections de toutes les casernes d’Algérie pendant les quatre derniers mandats de Bouteflika sur les résultats des votes des services de sécurité. On s’apercevra que cette institution n’a jamais bénéficié du droit de voter pour un candidat autre que celui qui est choisi par le chef d’état-major. Le peuple algérien a infligé pacifiquement une des plus belles leçons politiques. Il a déjoué toutes les tentatives de manipulation et a su s’extraire de tous les pièges provocateurs et surtout n’a pas succombé aux sirènes et à la propagande d’une certaine presse à la solde du régime, qui pendant des jours faisait l’apologie et l’incitation à la violence.

Des partis, des associations et des personnalités nationales ont dévoilé, la semaine passée à Alger, leur «pacte politique pour une véritable transition démocratique» alors qu’une conférence nationale de dialogue, initiée par d’autres formations, se tiendra le 6 juillet courant. Etes-vous favorable à ces initiatives politiques ?

Je pense que toutes les initiatives politiques qui apportent de nouvelles idées au débat sont louables et sont à encourager. Toutefois, je le dis avec regret, une partie de la classe politique considère que son avenir dépend beaucoup plus de sa compromission avec le pouvoir que dans son engagement dans le cadre de cette révolution. Certains partis ne dénoncent pas les atteintes aux libertés et l’intrusion du chef d’état-major sur la scène politique. D’ailleurs, certains dirigeants ont cessé d’exiger le retrait de l’armée des affaires politiques et font des concessions sur la nécessité d’engager le pays vers un processus de transition, et certains développent même un discours aux relents sectaires, voire même régionalistes en croyant apporter de l’eau au moulin des tenants du pouvoir actuel et en essayant d’apporter leur contribution à la mise en échec du hirak.

Personnellement, je suis scandalisé par l’attitude de certains partis politiques qui soutiennent les discours du chef d’état-major et ne trouvent même pas d’intérêt à dénoncer des arrestations, la brutalité politique, l’embargo sur Alger, les attitudes hostiles des services de sécurité envers le hirak… Lorsque des partis cèdent sur les libertés, le droit et les principes élémentaires de la politique, ils cessent d’être des partis politiques et deviennent des partis satellites du pouvoir. D’ailleurs, ces formations devront, par éthique et par respect à cette révolution, descendre un jour au milieu du hirak jauger leur audience, leur crédibilité et leur acceptation par la rue. Je crois profondément que cette révolution va secréter par elle-même de nouvelles idées et de nouvelles structures politiques. Le changement du système inclut le changement des structures politiques actuelles.

Ces dernières semaines, la justice a accéléré le rythme des enquêtes anticorruption contre des hommes d’affaires et d’anciens responsables politiques, proches du président déchu Bouteflika. Selon vous, cette opération dite «mains propres» s’inscrit-t-elle dans le cadre d’une lutte salutaire contre la corruption ou de luttes de pouvoir ?

Une véritable lutte contre la corruption ne peut être menée que dans un cadre démocratique et transparent par une justice indépendante, qui n’obéira à aucune injonction et ne se soumettra à aucune pression. La lutte contre la corruption exige aussi une liberté de la presse qui permet à l’opinion publique de prendre connaissance des enquêtes et des instructions dans le cadre de la loi. Ce que nous constatons n’est pas une lutte contre la corruption. C’est une lutte d’une partie du pouvoir, qui prend la place d’une autre partie du pouvoir.

En tant que citoyens et militants, nous ne pouvons que nous réjouir de l’arrestation ou de l’emprisonnement de tous ceux et celles qui se sont rendus responsables de crimes économiques ou politiques contre le pays. Toutefois, des interrogations sont à soulever. Des personnes impliquées dans de graves scandales révélés par le passé et qui avaient exercé de hautes fonctions d’Etat ne sont pas inquiétées, dès lors qu’elles considèrent que leur pouvoir est entre leurs mains. Seule une justice qui donne la prime à la loi peut lutter contre la corruption. Devant une telle justice, nul ne sera à l’abri. Le reste n’est que magouilles et règlements de comptes politiciens.

Le très contesté président de l’APN, Mouad Bouchareb, une des cibles du hirak, a démissionné hier. Comment accueillez-vous cette nouvelle ?

Alors que la crise du Parlement qui avait défrayé la chronique les mois précédents n’a jusque-là pas livré tous ses secrets, voilà qu’arrive une nouvelle manœuvre. La démission de Bouchareb, qui n’est en réalité qu’une exécution d’un ordre donné d’en haut, vise à ravaler la façade et laisser place à une nouvelle figure pour présider les débats futurs du Parlement. Probablement, cette démission intervient aussi en exécution du discours du chef d’état-major qui avait évoqué récemment la nécessité d’une concession mutuelle à travers le remplacement de Bedoui par une personnalité acceptée de certains partis politiques inclus dans la manœuvre, en contrepartie ces partis cèdent sur l’exigence du départ de Bensalah.

Le tout est que le plan des élections soit exécuté concomitamment avec ces changements, le corollaire serait la mise en place d’une instance électorale en accord avec ces partis, alors que le Parlement relooké sera chargé donc d’élaborer une nouvelle loi électorale. Le coup consiste donc à faire croire au hirak qu’une élection peut avoir lieu avec des mécanismes enveloppés dans un semblant de démarche et avec de nouvelles figures. La finalité reste donc inchangée et inchangeable : désigner un Président à la solde du régime.

C’est une opération qui consiste à faire semblant de tout bouger pour que rien ne bouge. Certains cercles du pouvoir s’emploient, par tous les subterfuges et procédés possibles, quitte à recourir aux approches sectaires et aux manœuvres régionalistes, pour tenter de tisser des solidarités subjectives, archaïques et de ghettos autour de lui, et du même coup de tenter de hacher et déstabiliser le hirak. C’est pourquoi nous devons rester unis, vigilants et pacifiques pour déjouer tous ces plans machiavéliques du pouvoir.


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