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En souvenir des massacres du 8 Mai 1945 perpétrés il y a 75 ans

Institution d’une «Journée nationale de la Mémoire»

09 mai 2020 à 10 h 05 min

Dans son message à la nation, Abdelmadjid Tebboune a souligné que les massacres du 8 Mai 1945 ont «mis à nu définitivement le véritable visage de la colonisation française qui a exterminé, détruit, brûlé, exilé, violé… et tenté d’occulter la personnalité nationale et de semer les germes de la discorde et de la division».

C’est l’une des dates les plus sombres de l’histoire de la colonisation : le 8 Mai 1945, en pleines célébrations de la victoire des Alliés sur le nazisme marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France perpétrait l’un des plus grands massacres du XXe siècle en matant dans le sang les populations de Sétif, Guelma, Kherrata et celles d’autres localités.

En souvenir du 75e anniversaire de ce douloureux épisode, le 8 Mai est institué «Journée nationale de la Mémoire» et une chaîne thématique dédiée à l’histoire sera prochainement créée. C’est ce qu’a annoncé le président de la République Abdelmadjid Tebboune dans un message à la nation à l’occasion de cette commémoration.

«Parce que notre Histoire demeurera toujours au premier plan des préoccupations de l’Algérie nouvelle et de celles de sa jeunesse, une Histoire que nous ne saurions, en aucun cas, omettre dans nos relations étrangères, j’ai pris, à cette occasion, la décision d’instituer le 8 mai de chaque année, ‘‘Journée nationale de la Mémoire’’, de même que j’ai donné des instructions pour le lancement d’une chaîne télévisée nationale spécialisée en Histoire, qui constituera un support pour le système éducatif dans l’enseignement de cette matière que nous voulons maintenir vivace pour toutes les générations», a déclaré M. Tebboune.

Par ailleurs, le chef de l’Etat a instruit les services concernés de «parachever l’appellation des agglomérations et quartiers des villes des noms des martyrs de la résistance populaire et de la glorieuse Guerre de Libération, et d’élargir la restauration des monuments historiques pour témoigner, au fil des générations, du lourd tribut que notre peuple a payé pour faire face à la barbarie de l’occupation coloniale».

«La colonisation a exterminé, détruit, brûlé, exilé, violé…»

Dans son message à la nation, Abdelmadjid Tebboune a souligné que les massacres du 8 Mai 1945 ont «mis à nu définitivement le véritable visage de la colonisation française qui a exterminé, détruit, brûlé, exilé, violé… et tenté d’occulter la personnalité nationale et de semer les germes de la discorde et de la division».

Le président de la République a, en outre, rappelé que «les manifestations pacifiques du 8 Mai 1945 au cours desquelles des citoyens sans défense sont sortis par dizaines de milliers à Sétif, Guelma et Kherrata avant de s’étendre, en deux semaines, à d’autres parties du pays, ont fait pas moins de 45 000 martyrs, voire davantage au regard de la machine de guerre comprenant des forces conjuguées, terrestres, aériennes et navales, police et milices de colons armés, mobilisées contre des manifestants pacifiques qui réclamaient aux autorités coloniales d’honorer leur promesse d’accorder aux Algériens leur indépendance après la victoire des Alliés sur les nazis, en contrepartie de leur défense de l’honneur de la France contre l’occupation nazie».

En 132 ans de colonisation, a tenu encore à préciser M. Tebboune, la France a commis «des crimes imprescriptibles à l’encontre de notre peuple malgré les multiples tentatives de les effacer, car le nombre de victimes a dépassé cinq (5) millions et demi de personnes tous âges confondus, soit plus de la moitié des habitants de l’Algérie sous l’occupation coloniale».

Et d’insister sur le fait que «ce sont là des crimes commis contre l’humanité et contre les valeurs civilisationnelles, car fondés sur la purification ethnique ayant pour objectif de remplacer les populations autochtones par des apports de populations étrangères. Des crimes qui visaient à déraciner l’Algérien, à piller ses richesses et à effacer tout fondement de sa personnalité».

De son côté, le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a déclaré lors d’une cérémonie commémorative organisée ce jeudi au Musée national du Moudjahid, à Alger, que «les massacres du 8 Mai 1945 ont marqué un tournant dans l’histoire de la lutte du peuple algérien pour s’affranchir du joug colonial». Le ministre fera remarquer dans son allocution qu’«aucun autre peuple n’a subi de tels crimes qui continueront à déshonorer leurs auteurs pour toujours».

Commémoration virtuelle

A noter qu’un programme de commémoration virtuelle a été élaboré par le Comité national chargé de la célébration des journées et des fêtes nationales pour marquer ce 75e anniversaire.

Ce programme a prévu «une série de conférences et de colloques historiques virtuels sur ces massacres» ainsi que «des séances de diffusion de séquences de témoignage des personnes ayant vécu le traumatisme des massacres», rapporte l’APS, avant d’ajouter que ces contenus devaient être diffusés «sur le site électronique et la page Facebook du ministère des Moudjahidine» et les pages du «Musée national du Moudjahid et du Centre d’études et de recherche sur le mouvement national et la révolution du 1er Novembre 1954».

Sur ce même sujet, il convient de mentionner cette récente intervention de l’historien et politologue Olivier Le Cour Grandmaison à travers un article intitulé : «8 mai 1945 en France et en Algérie : mythologie nationale versus histoire coloniale».

Dans cet article publié sur son blog hébergé par Mediapart, l’universitaire français est revenu abondamment sur les massacres du 8 Mai 1945 en commençant par convoquer en exergue ces mots de Kateb Yacine qui, alors jeune lycéen, fut témoin des manifestations réprimées dans le sang de 1945 à Sétif : «C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles.

J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme.»

La «violence symbolique du silence» sur ces crimes

Olivier Le Cour Grandmaison rapporte que ce jour-là, «plusieurs milliers de manifestants ‘‘indigènes’’ se retrouvent dans la rue principale du centre européen de cette ville où sévit une ségrégation raciale et spatiale commune à de nombreuses autres agglomérations d’Algérie et de l’empire. A 9h25, Saal Bouzid, jeune scout algérien, est assassiné par un policier français. De quoi est-il coupable ? D’avoir osé se rassembler pacifiquement, en portant le drapeau de l’Algérie indépendante, avec des milliers d’autres ‘‘Arabes’’ pour exiger la libération du leader nationaliste Messali Hadj, alors déporté à Brazzaville et placé en résidence surveillée, et défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes». «Dans les jours qui suivent la répression sanglante de la manifestation précitée, poursuit l’auteur, des émeutes éclatent ; une centaine d’Européens sont tués. Pour rétablir l’ordre colonial et terroriser les autochtones, les forces armées françaises et de nombreuses milices composées de civils, multiplient les ‘‘opérations’’. Elles ont duré plusieurs semaines. Bilan : entre 20 000 et 30 000 victimes, arrêtées, torturées et exécutées sommairement».

Rappelant les déclarations contrites d’anciens ambassadeurs français en Algérie à propos de ces atrocités, en l’occurrence Hubert Colin de Verdière et Bernard Bajolet, Olivier Le Cour Grandmaison note : «Depuis, aucune déclaration des plus hautes autorités de l’Etat n’est venue confirmer ces propos.

Ni François Hollande, ni Emmanuel Macron ne se sont engagés dans cette voie alors même que le second a déclaré, au cours d’un voyage en Algérie en tant que candidat à l’élection présidentielle (février 2017), sur la chaîne de télévision Echorouk News : ‘‘La colonisation était un crime contre l’humanité.’’ Comme ses prédécesseurs, une fois installé à l’Elysée, Jupiter s’est bien gardé de réitérer ses dires».

«Les descendant-e-s algériens et français des victimes, et ceux qui soutiennent leurs revendications, attendent toujours la reconnaissance de ces crimes», relève l’historien, avant de conclure : «Veulerie et conservatisme sinistres des élites politiques de ce pays qui ajoutent aux terribles violences physiques infligées aux colonisé-e-s, la violence symbolique du silence opposée aux héritier-e-s de l’immigration coloniale et post-coloniale qui luttent depuis des années pour la reconnaissance de cette histoire, laquelle affecte toujours leur existence, parfois au plus intime».     



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