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Installé dans ses fonctions jeudi dernier : La «difficile mission» de Belkacem Zeghmati

03 août 2019 à 10 h 02 min

Je suis conscient de la lourde mission qui m’attend vu la conjoncture actuelle du pays. Selon mon humble expérience sur le terrain dans le domaine de la gestion judiciaire et de la prise en charge des affaires du justiciable, je peux dire que quelles que soient les difficultés, elles peuvent être surmontées, lorsqu’on est de bonne foi, lorsqu’il y a de l’abnégation et surtout lorsqu’on est convaincu de la mission qui nous incombe.»

La déclaration est celle du tout nouveau ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, à l’occasion de sa passation de consignes, jeudi dernier, avec son prédécesseur, Slimane Brahmi, auquel il a rendu hommage. Le tout nouveau garde des Sceaux sait qu’il est face à une «lourde responsabilité et une mission difficile dans une conjoncture où les citoyens ne cessent de réclamer depuis cinq mois une justice indépendante à la hauteur des missions qui lui sont dévolues en vertu de la Constitution. Le citoyen d’aujourd’hui ne revendique que ses droits consacrés par la Constitution et les lois, surtout ceux de pouvoir recourir à la justice et d’avoir un procès équitable».

Remercié la veille, son prédécesseur, Slimane Brahmi, ne manque pas de saluer l’expérience de Zeghmati, qui, selon lui, «va lui permettre de mener à bien» sa mission et «de faire en sorte que la justice algérienne accompagne la mutation profonde en cours dans le pays et les aspirations de ses enfants».

Des phrases qui pèsent lourd dans une conjoncture où la justice est loin de garantir les droits des justiciables. Le tout nouveau ministre, Belkacem Zeghmati, sait parfaitement et en toute connaissance de cause qu’il ne suffit pas d’être expérimenté, propre et professionnel pour protéger les citoyens de toute atteinte à leurs droits constitutionnels de manifester pacifiquement, de s’exprimer librement ou de circuler à travers le pays et leur assurer un procès équitable. Il faut surtout la volonté politique des tenants du régime à faire en sorte que l’Etat de droit soit une réalité et non pas juste un discours.

Les nombreuses interpellations, poursuites judiciaires et détentions provisoires et actes de répression, ainsi que la censure qui s’exerce sur de nombreux médias asphyxiés par le chantage publicitaire sont autant de mesures qui démontrent que le pays ne fait que s’éloigner de cet Etat de droit tant clamé par les millions d’Algériens qui battent le pavé chaque vendredi depuis le 22 février dernier.

Détentions abusives, pour ne pas dire arbitraires

Les détenus d’opinion sont de plus en plus nombreux, à leur tête l’ancien commandant de la Wilaya IV historique, Lakhdar Bouregâa, 86 ans, membre fondateur du premier parti d’opposition, le FFS (Front des forces socialistes), en prison depuis plus d’un mois, après avoir été pratiquement enlevé de son domicile pour avoir exprimé son opinion sur l’institution militaire. Plus grave, le cas du général à la retraite Hocine Benhadid, 77 ans, qui risque de mourir au pavillon pénitentiaire de l’hôpital Mustapha Pacha à Alger, après l’échec de deux interventions qu’il a subies.

Lui aussi avait été placé en détention pour avoir exprimé sa position par rapport à la crise que traverse le pays, dans une lettre adressée au chef d’état-major de l’Anp. Malgré la dégradation dangereuse de son état de santé, sa demande de mise en liberté a été rejetée, mercredi dernier, au même titre que celle introduite par les avocats de L. Bouregaâ. Ce refus a été essuyé aussi par les avocats de nombreux jeunes manifestants placés sous mandat de dépôt pour avoir hissé l’étendard amazigh lors des manifestations. Les avocats n’ont de cesse de décrier les violations de la procédure et les coups de force de la justice.

L’Union nationale des barreaux algériens a d’ailleurs appelé à des marches de protestation régionales à Alger, Annaba et Oran et a annoncé une grève nationale dès la rentrée judiciaire pour dénoncer les «graves atteintes» aux droits consacrés du justiciable. Certes peu nombreux, les magistrats ont, quant à eux, à travers le Club des magistrats libres, tenu des rassemblements devant nombre de tribunaux, dont ceux d’Alger, pour clamer «l’indépendance» de la justice. Mardi dernier, le parquet de Tlemcen avait surpris l’opinion publique en présentant, dans un communiqué, l’ex-ministre de la Culture, Khalida Toumi, comme étant en fuite à l’étranger, alors qu’elle avait, dans une déclaration publique, démenti formellement avoir quitté son domicile à Alger, depuis son départ du gouvernement en 2014, et ce, pour des raisons purement familiales. Mieux encore, l’ex-ministre a précisé qu’elle n’a jamais reçu de convocation de la justice.

Comment peut-on croire qu’un procureur général puisse faire une telle déclaration (à une agence de presse officielle, reprise par tous les médias) sans passer par une longue procédure avant de déclarer l’état de fuite ? N’est-ce pas là le révélateur d’une gravissime bavure judiciaire qui n’est sûrement pas un acte isolé ? Il faut dire qu’aujourd’hui il y a unanimité contre la situation de la justice et lorsque le tout nouveau garde des Sceaux parle de mission difficile, il n’a pas tellement tort. D’abord, parce qu’il lui sera très difficile d’arracher le secteur de la justice au contrôle de ses prédécesseurs, qui en ont fait une institution au service du régime de Bouteflika et des forces de l’argent qui gravitaient autour de lui.

Il lui sera aussi très difficile d’aller à contre-courant de ceux qui refusent de déconstruire le système ayant permis au Président déchu de piller les richesses du pays durant vingt ans et dont les résidus tentent de se recycler. Le vent de liberté qui souffle sur l’Algérie depuis le 22 février a, certes, aidé à l’ouverture d’enquêtes sur la corruption et l’inculpation des têtes d’affiche du régime du Président déchu et de ses hommes d’affaires, mais la justice reste toujours dans le collimateur des justiciables qui croient plus à une justice du téléphone qu’à celle de la procédure. Peut-on donc croire que Belkacem Zeghmati, connu pour être un procédurier professionnel, ait suffisamment les coudées franches pour donner une nouvelle image à cette justice tant violentée durant des années ? La question reste posée…


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