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Ils cumulent plus de 32 ans de service mais la loi leur interdit de prendre la retraite : Ces travailleurs qui meurent lentement dans les usines

26 février 2020 à 10 h 09 min

Ils sont les premières victimes collatérales de la loi 16-15 du 31 décembre 2016 qui a mis fin à la retraite sans condition d’âge et la retraite anticipée. Ils ont travaillé dur durant plus de 32 ans et continuent encore à le faire depuis plus de trois ans contre leur propre gré et au détriment de leur santé.

Leur faute c’est d’avoir intégré le monde du travail dès leur jeune âge, la plupart n’ayant pas eu la chance de suivre des études universitaires et finissent par exercer les tâches les plus pénibles au sein des usines. Aujourd’hui, ils sont très épuisés et réclament leur droit au repos, estimant avoir donné de leur mieux au pays et suffisamment cotisé pour pouvoir finir leurs jours dignement.

Il y a quelques jours, nous sommes allés à la rencontre de ces vétérans de diverses entreprises et groupes industriels, à l’instar de la SNVI, Magic, Hydro-aménagement, Coca-Cola, Hydrotechnique, hydro-dragage, etc., à la zone industrielle de Rouiba. Leurs témoignages sont glaçants.

Certains parlent « de plusieurs camarades décédés après le changement du régime des retraite.» Abdelhak (56 ans), cumule 35 ans de service à Hydro-aménagement, une entreprise publique qui emploie plus de 2500 personnes à l’échelle nationale. « Il y a quelques semaines sept de nos collègues ont fait une chute à Hammadi. Un d’eux y laissé la vie. C’est un quinquagénaire qui a plus de 32 ans de service. Les autres sont tous des jeunes et ont pu se sauver », a-t-il relaté. Comme beaucoup de ses collègues, Abdelhak vient à l’entreprise pour se rouler les pouces.

500 vétérans de la SNVI en détresse

Diabétique, il n’a ni la force ni le cœur pour travailler. « On est en train de mourir à petit feu. Il y a des camarades qui ne peuvent même pas monter sur un échafaudage. Puisque l’Etat ne construit plus d’usines, pourquoi on ne nous laisse pas partir et donner la chance aux jeunes d’être embauchés. Ce n’est pas les vielles carcasses comme nous nos maigres cotisations qui vont sauver et l’économie et une caisse qui a été mise en faillite par la mauvaise gouvernance et l’évasion fiscale ? », s’écrie-t-il.

A la SNVI, les majors vivent une véritable détresse. Le climat de travail se détériore de jour en jour. « Chez nous, il y a eu au moins six morts depuis 2016 à cause du stress et autres maladies. Le dernier en date s’appelle L.Lakhdari. Il travaillait comme chauffeur de Clark. Il a bouclé ses 32 ans de service en 2018 alors qu’il n’avait que 53 ans. Il souffrait du diabète et de l’arthrose. Il lui était impossible de travailler jusqu’à 60 ans », témoigne Abdelhamid en tenant l’ancienne îssaba pour responsables de ce drame.

Un autre employé, Hocine, originaire de Tizi-Ouzou a connu le même sort après 33 ans de service.  « Le malheureux se levait à 3h du matin pour arriver à l’usine à temps. Lui aussi était désespéré. Il souffrait d’une hernie d’escale et ne pouvait pas tenir debout 10 minutes.  La maladie l’a obligé à louer un studio à Rouiba, mais il est décédé par un arrêt cardiaque », raconte Mourad, employé à la division du véhicule industriel de Rouiba (VIR).  Nos interlocuteurs parlent aussi d’un certains Bouazza qui occupait le poste de chef de département Peinture au niveau de l’atelier Carrosserie.

Lui aussi a donné plus qu’il en faut à la SNVI. Il est mort l’année passée des suites d’un malaise cardiaque. Le secrétaire général de la section syndical, Kamel Arib, fait état de plus de 500 autres employés de l’entreprise qui restent otage la nouvelle loi sur la retraite. « Ils sont démoralisés et scrutent la moindre décision des pouvoirs publics pour partir. Leur rendement est nul. Pis encore, ils sont devenus un réel fardeau pour l’entreprise. L’Etat doit revoir sa copie et revenir à l’ancienne loi », a-t-il recommandé. Kheireddine (52 ans) est l’un de ces employés qui piaffe d’impatience de quitter pour de bon les ateliers de la SNVI.

Technicien en électromécanique, il a bouclé ses 33 ans de service en mars 2019. « Je travaille dans un atelier de haute tension. Je ne peux tenir jusqu’à 60 ans. C’est très dangereux. Je suis traumatisé et je n’arrive pas à me concentrer comme avant. La moindre erreur se paye cher », s’inquiète-t-il.

Et d’ajouter : « Cela fait des années qu’on parle de la classification des métiers pénibles et de laisser ceux qui travaillent dur prendre la retraite à 55 ans, mais on n’a rien vu ». Comme beaucoup d’employés de sa génération, Kheireddine a passé deux ans de service national, mais ils n’ont jamais comptabilisés pour sa retraite.

Privés d’IEP à partir de 27 ans de service

Kheireddine n’est pas un cas isolé. Rachid, 53 ans, est sur le fil du burn-out. Ouvrier professionnel, Rachid habite dans un village enclavé à l’est de Lakhdaria. Il se lève à 4h et fait trois escales pour arriver au point de départ du transport du personnel. Lui aussi ne jouit pas de toutes ses forces. Une fois à la SNVI, il s’isole et fait une sieste loin des regards et du bruit des machines.

Impossible pour lui de résister jusqu’à 60 ans. « On ne fait rien. La production est stagnée. On a beau espéré que les choses reprennent après le rattachement du groupe au MDN, mais la situation empire au fil des mois. On manque cruellement de pièces pour monter les bus. On fera mieux de nous libérer », fulmine-t-il. Ces retraitables affirment être privés de la prime d’expérience à partir de la 27ème année de service. « On est doublement pénalisés et lésés dans nos droits. Si l’Etat veut renflouer les caisses du CNR, il doit lutter contre la fraude fiscale. Il y a 5 millions de travailleurs qui ne sont pas déclarés à la sécurité sociale. La plupart des cadres du secteur privé cotise sur la base d’un salaire à 18 000 DA alors qu’ils touchent 5 à 10 fois plus », dénonce Kamel, un syndicaliste à Coca-Cola. Un avis partagé par le secrétaire générale de l’Union locale (UGTA) Mokdad Messaoudi.

Selon lui le nouveau régime des retraites a aggravé le déficit de la CNR plus qu’il ne l’a résout à cause des départs massifs à la retraite fin 2016, laissant les entreprises publiques orpheline de compétences.

Alors que directeur général de la CNR appelle à l’augmentation de l’âge du départ à la retraite à 65 ans, M.Messaoudi, défend le nécessite de revenir à l’ancien système. « Ne pas laisser les travailleurs prendre la retraite après 32 ans d’activité relève d’un déni de droit. Celui qui a commencé le travail tôt a le droit d’aller se reposer tôt », a-t-il appuyé.

M.Messaoudi parle d’un climat de tension sans précédent dans la zone industrielle et n’écarte pas la possibilité de voire les travailleurs recourir à des actions de rue prochainement pour se faire entendre.

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