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Pr Mohamed-Tahar Benazzouz. Professeur en géomorphologie

«Il y a tellement de mémoires et de thèses sur les glissements de terrain, mais ils ne sont jamais utilisés»

05 janvier 2019 à 11 h 06 min

Le président de l’APC de Constantine, Nadjib Arab, remet en cause l’étude de Simecsol sur les glissements de terrain et vient d’annoncer le lancement d’une nouvelle étude. Qu’en pensez-vous ?

Si monsieur le maire a des prérogatives et des indications sur l’étude, je peux comprendre. Mais lorsqu’il annonce que l’étude Simecsol est nulle et que nous avons besoin d’en lancer une nouvelle et toute de suite, je lui rappelle que l’étude Simecsol n’est pas venue du néant.

Auparavant, il y avait de récurrents glissements de terrain à Constantine, notamment à Aouinet El Foul, Boussouf, du côté de Aïn El Bey, et au centre-ville, à proximité du remblai.

Les autorités intervenaient ponctuellement comme des pompiers pour évacuer les familles sinistrées. Mais elles n’avaient pas pensé à se doter d’une étude sérieuse.

On s’est contenté de faire venir le laboratoire des travaux publics pour faire des sondages sur la profondeur des glissements, sans plus. J’avais suivi régulièrement les glissements de ces sites et je suis arrivé à la conclusion qu’il faut absolument établir une étude et un diagnostic global sur tout Constantine pour comprendre exactement ce qui se passe et voir ce qu’on peut récupérer du tissu urbain de la ville.

Nous avons réussi à convaincre les autorités locales, à l’époque, pour débloquer un grand budget. Pour ce faire, il fallait établir une expertise internationale et convaincre de l’importance du risque. Effectivement, pour une première fois, les autorités avaient fait appel à un expert américain, membre de l’Union scientifique de géologie américaine.

Cet expert, que j’ai assisté en collaboration avec la direction de l’urbanisme de wilaya, a visité tous les sites touchés par le mouvement du sol et fourni par la suite un rapport dans lequel il est souligné qu’il faut entamer une étude globale.

Puis, le wali de Constantine, à l’époque Mohamed El Ghazi, avait fait venir un géomorphologue canadien et lui a présenté l’une de mes publications sur les glissements à Constantine, avant de m’appeler pour l’assister encore une fois. Le rapport avait conclu aussi à l’urgence de faire un diagnostic global.

Et puis, ensuite, des experts allemands, dont Edmond Krauter, expert en glissements de terrain et connu dans le monde entier, sont restés à Constantine durant une semaine et ont remis un rapport.

C’est à la suite des trois expertises internationales que le gouvernement a débloqué un crédit et engagé une étude globale sur les glissements de terrain à Constantine. Voici l’histoire qui a conduit à l’étude Simecsol, avec l’aval des autorités locales et nationales.

Mais le maire a dit que «cette étude nous cause des problèmes»…

Je me demande sur quelle base la décision du maire de lancer une nouvelle étude a été prise. Quelles sont les insuffisances de l’étude de Simecsol ? Ont-ils étudié ces insuffisances site par site ? J’aimerais connaître aussi quels types de problèmes a-t-elle causés. Il y a aussi une étude de microzonation qui est en train de se réaliser sur les wilayas de Constantine, Alger, Oran et je crois même Annaba.

C’est une étude de microzonation face à l’aléa sismique. Comment veut-on superposer une étude de glissements de terrain au moment où plusieurs travaux ont été faits dans ce sens ? En plus, l’étude établie par Simecsol n’est pas superficielle.

Il y avait des sondages carottés, des études d’observation et d’inclinométrie pour voir si le glissement est actif ou non. Monsieur le maire sait-il que ce travail a mobilisé le gouvernement et que l’Etat s’était pleinement impliqué en dépensant beaucoup d’argent ?

Avez-vous été associé au travail mené par le bureau Simecsol ?

Il y a eu une convention entre les autorités et l’université de Constantine, où on m’a demandé d’assister ce bureau d’études étranger. C’était l’une des rares fois, si ce n’est pas l’unique, où les autorités ont fait appel à l’université pour assister la wilaya dans une contre-expertise de l’étude remise par Simecsol.

J’avais rédigé à l’époque l’avis d’appel d’offres, en exigeant aussi l’établissement d’une étude de l’aléa sismique de la ville de Constantine.

C’est-à-dire comment la ville de Constantine peut résister à un séisme majeur. Et quels sont les quartiers vulnérables qui risquent de disparaître suite à un séisme. Donc, cette étude a été commandée par Simecsol et réalisée par le Centre de génie parasismique (CGS).

On comprend par là qu’il y a eu une contre-expertise du travail mené par Simecsol. A quoi a conclu cette contre-expertise ? Est-ce que les résultats ont été remis en cause ?

Il y avait un planning tracé par les parties participant à ce travail. Après l’achèvement de chaque phase du travail sur terrain, le bureau d’études remettait douze exemplaires de son rapport à toutes les directions de wilaya, notamment celles de l’urbanisme, des travaux publics, des ressources en eau et un exemplaire à la mairie.

A ce moment, nous faisons des contre-expertises, où l’université donne son avis scientifique sur les rapports et émet des réserves que le bureau d’étude prend en considération. L’étude a été bien cadrée scientifiquement et encadrée par les services techniques de la wilaya.

Je rappelle aussi qu’avant le lancement de l’étude Simecsol, il y avait une autre expertise réalisée et financée par le CTC une première fois en 1992 sur la stabilité du bâti touché par le glissement. L’objectif était de voir si on pouvait le récupérer ou non.

Est-ce que le P/APC vous a sollicité cette fois-ci, en tant qu’universitaire, pour encadrer la nouvelle étude ?

Non ! Il ne nous a pas sollicités. Moi, ce je ne comprends pas comment cette transmission de la mémoire n’a pas été faite. Comment ces études et ces connaissances sur les glissements n’ont pas été transmises aux différentes autorités qui se sont succédé à Constantine !

C’est comme si l’université algérienne n’a rien formé. Pourtant, il y a tellement de mémoires et de thèses sur les glissements de terrain, mais ils ne sont jamais utilisés.

 


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