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Il y a 60 ans était assassiné le jeune étudiant, responsable de l’UGEMA en Belgique : Hommage solennel au chahid Akli Aïssiou à Bruxelles

09 mars 2020 à 10 h 05 min

8h30 du matin, un colocataire entend le bruit d’un corps qui s’effondre dans l’escalier. Il se précipite et trouve Akli Aïssiou presque sans connaissance. Il lui porte secours et donne l’alarme. Aïssiou mourra dans l’ambulance», écrit Pierre Le Grève, haute figure des réseaux de solidarité belges avec la cause algérienne, dans ses Mémoires : Souvenirs d’un marxiste anti-stalinien. Cela se passa il y a soixante ans, exactement le 9 mars 1960. Akli Aïssiou était alors en 7e année de médecine à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Militant nationaliste, il était le responsable de l’UGEMA en Belgique. Ce jour-là, il était assassiné devant chez lui, à Ixelles, près de Bruxelles. Il avait 33 ans. Pour l’avocat Serge Moureaux, chef de file du Collectif des avocats belges du FLN, il ne fait aucun doute que le jeune étudiant a été «tué par les services spéciaux français sur ordre du gouvernement du général de Gaulle». Lors des funérailles du chahid Akli Aïssiou qui eurent lieu le 14 mars 1960, le drapeau algérien recouvrait ostensiblement son cercueil. C’est la première fois dans toute l’Europe que l’emblème de l’Algérie combattante était déployé de cette manière.

Ce lundi 9 mars 2020, un hommage solennel sera rendu à ce héros discret. Une plaque commémorative, ornée du drapeau national, sera posée sur le lieu de son assassinat par le recteur de l’ULB et notre ambassadeur en Belgique. Outre ce geste mémoriel, «une journée d’hommage à Akli Aïssiou» sera organisée à l’Université Libre de Bruxelles. Le programme de cette journée prévoit des conférences, des témoignages ainsi que des projections de films documentaires.

L’historien Paul-Emmanuel Babin, spécialiste de la «Guerre d’Algérie en Belgique» et fin connaisseur du «Front du Nord», donnera une conférence sous le titre «Les réseaux belges dans la guerre d’Algérie (1954-1962) : mobilisation de l’opinion et front judiciaire». Un autre historien, Guy Pervillé, professeur émérite à l’Université de Toulouse et spécialiste de l’UGEMA, interviendra avec une communication intitulée «L’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens (1955-1962) : nationalisation et internationalisation du mouvement étudiant algérien».

Outre ces deux exposés, une table ronde animée par M. Babin permettra de croiser les témoignages de Me Ali Haroun, Me Cécile Draps, figure emblématique du Collectif des avocats belges du FLN, Georges Dobbeleer, ancien membre du Comité pour la Paix en Algérie et Mateo Alaluf qui s’est engagé très jeune dans les groupes de soutien au peuple algérien.

Au menu de cette riche journée commémorative également, des extraits du film de Hugues Le Paige, Le Front du Nord. Des Belges dans la Guerre d’Algérie, ainsi que la projection de documents inédits, dont un témoignage filmé d’Adolfo Kaminsky, le célèbre faussaire qui travaillait pour le FLN.

Qui est Akli Aïssiou ?

Avant de s’installer en Belgique, le jeune Akli a vécu un temps en France. Mais c’est en Algérie qu’il effectue d’abord son cursus scolaire. «Ayant eu son bac à Alger en 1951, il s’inscrit à la prestigieuse université de médecine de Montpellier, puis à celle de Grenoble en 1952. Il arrive en Belgique le 27 décembre 1955, soit avant la grève des étudiants algériens du 19 mai 1956», indique Paul-Emmanuel Babin. Akli Aïssiou bénéficiait alors d’une bourse de «5000 francs belges par mois» versée par le FLN. «En Europe, les étudiants sont financés par le FLN, afin de préparer les cadres d’un futur Etat indépendant», précise l’historien.

C’est à l’occasion d’une représentation du Cadavre encerclé de Kateb Yacine à Bruxelles qu’Aïssiou rencontre l’avocat Serge Moureaux. «En 1958, Kateb Yacine est venu présenter sa pièce censurée, Le Cadavre encerclé, à Bruxelles. Aïssiou mobilise autour de lui les étudiants algériens de l’ULB : Bendaïkha, Benosman, Atmaoui et Basta. Le but est de sensibiliser et de recruter des soutiens belges. C’est à cette conférence que l’avocat Serge Moureaux rencontre Aïssiou. Il vient de rejoindre son beau-frère Marc De Kock dans la défense des syndicalistes algériens. A travers son ami Aïssiou, Serge Moureaux peut établir un contact plus direct avec la Fédération de France du FLN qui le sollicite pour défendre les Algériens au tribunal militaire de Lille», détaille Paul-Emmanuel Babin. Le chercheur souligne que «l’activité d’Aïssiou pour la Fédération de France doit surtout être mise en lien avec un document diplomatique français datant de janvier 1959. Ce document est une synthèse d’un échange d’informations du 8 novembre 1958 qui dresse un état-major fantaisiste du FLN mais qui condamne Aïssiou. Le cousin d’Aïssiou, Ali Basta, serait le chef politique, son adjoint serait Liamine Bendaïkha, et ils seraient assistés d’Akli Aïssiou, responsable des filières vers l’Allemagne et du passage des groupes de choc. Son homologue à Liège serait Rachid Krim (futur directeur de cabinet du président Boudiaf). Il est intéressant de relever le fait que Krim, étudiant en chimie à Liège, était logé chez le professeur Laperches (membre du Comité pour la Paix en Algérie, ndlr). Georges Laperches est assassiné par un colis piégé ce même mois de mars 1960.»

«Le cortège funèbre était suivi par 1500 à 2000 personnes»

Analysant le contexte de l’époque et l’évolution de l’opinion publique belge, l’historien décrypte : «Pour comprendre la portée du 9 mars 1960, il faut revenir au contexte de la Belgique et de son opinion. Le syndicaliste Jacques Yerna évoquait une hostilité générale de l’opinion francophone belge vis-à-vis du FLN. Selon lui, cette opinion était traversée par un clivage : ‘‘Congo-Algérie, même combat’’. Schématiquement, la perte de l’Algérie équivalait à celle du Congo pour l’opinion. Il convient donc de parler de l’impact de cet assassinat en Belgique. Le cortège funèbre (accompagnant le défunt Akli Aïssiou, ndlr) est suivi par 1500 à 2000 personnes dans le centre de Bruxelles. A la fin du mois, 3000 personnes suivront à Liège le cortège funèbre du professeur Laperches.» Et de faire remarquer : «Selon les personnes d’ores et déjà engagées dans le soutien aux Algériens comme le sont Pierre Le Grève et Serge Moureaux, mars 1960, avec cette série d’attentats, est le tournant de la Guerre d’Algérie en Belgique. Non seulement les convictions s’affirment, mais les réseaux et le Collectif vont s’étoffer. L’opinion belge rejette le terrorisme français. Selon Serge Moureaux, ces attentats sont des ‘‘actes de guerre’’ commis en Belgique».

D’après un bilan des assassinats exécutés par les services français au cours de la seule année 1960 dressé par Constantin Melnik, coordinateur des services secrets auprès du Premier ministre français Michel Debré de 1959 à 1962, il y a eu «135 morts pour cette seule année qui paraît donc être la plus meurtrière pour le FLN et ses alliés», rapporte Paul-Emmanuel Babin.



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