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Akli Moussouni. Ingénieur agronome

«Il est impossible de contrôler des agriculteurs agissant en agrégats et dispersés sur un pays continent»

29 août 2018 à 1 h 31 min

– Le phénomène de l’irrigation avec des eaux usées des cultures maraîchères et des plantations fruitières est inquiétant. Quel constat faites-vous, alors que la santé du consommateur est en danger ?

L’environnement insalubre, ayant affecté des cours d’eau très faibles par rapport à notre climat semi-aride, a fait que la pollution hydrique s’est accentuée. Aussi, les résidus industriels, en particulier de l’agroalimentaire, sont rejetés sans aucun traitement.

Curieusement, le ministère de l’Environnement qui exige des études d’impact de complaisance juste pour formaliser les établissements dit «classés», sachant pertinemment que l’on ne dispose pas d’industrie de recyclage. En effet, plus de 12 millions de tonnes de déchets multiples sont générés chaque année, dont une bonne partie est rejetée dans l’environnement. On n’a jamais attribué au déchet un statut de richesse pour en faire une matière recyclable.

Pis, on en importe essentiellement sous la forme d’engrais organiques pour l’agriculture algérienne. La santé du consommateur est largement malmenée par le produit douteux légalisé pour n’avoir jamais construit un marché normalisé à l’effet de protéger l’environnement, les ressources hydriques, l’économie agricole et la santé publique.

Dans ce contexte hors norme, toutes les exactions sont permises, on en parle dès qu’un événement se produit. Avant le consommateur, c’est le cheptel et le couvert végétal qui sont eux-mêmes infectés. La fièvre aphteuse et la brucellose des bovins, la loque américaine des abeilles, le feu bactérien du pommier, le mildiou de la pomme de terre et du raisin… sont autant de fléaux menaçant notre santé et notre économie.

– Le recours à ces pratiques «criminelles»  par des agriculteurs est-il le résultat de la rareté de l’eau, alors que les pouvoirs publics n’ont de cesse de rappeler la mobilisation des ressources hydriques (barrages, retenues collinaires) pour l’irrigation ?

Dans la forme oui, mais dans le fond, le problème est beaucoup plus complexe, du fait que l’Algérie ne dispose pas d’un secteur agricole autonome, dont les ressources hydriques ne sont ni protégées ni planifiées et qu’on a gaspillées à outrance à travers le PNDA (Programme national de développement de l’agriculture, ndlr).

Les nappes d’eau douce sont soit dilapidées ou, dans bien des cas, infectées par la salinité par des forages bricolés juste pour bénéficier du soutien de l’Etat dans le cadre dudit programme. Le cumul de périodes de sécheresse, à l’exception de cette année, est venu compliquer la situation aux agricultures, non organisés par zone, qui se sont mis à irriguer directement avec des eaux usées ou, dans certains cas, exploiter des points d’eau infectés.

Les baisses de niveau des barrages observées l’année passée ont mis à nu leur pollution avec la matière organique issue des rejets des déchets ménagers, qui s’est accumulée dans le fond pour avoir été entraînée par des orages spontanés. L’idée d’augmenter les surfaces irrigables et les volumes des réservoirs est louable, mais qu’a-t-on fait des infrastructures existantes pour un secteur agricole où les techniques de production sont traditionnelles, grandes consommatrices d’eau, pour des rendements aléatoires.

– Quel est le rôle des services agricoles et quelles sont les mesures à prendre et à dégager pour endiguer ce fléau ?

Ni les services agricoles ni même le ministère ne sont structurés ou outillés pour encadrer des activités agricoles, qui elles-mêmes ne sont pas engagées dans un cadre organisé des agriculteurs autour de ces productions. Il est impossible de contrôler des agriculteurs agissant en agrégats et dispersés sur un pays continent. C’est donc notre façon de mener les secteurs économiques qui pose problème.

L’absence de maîtrise des épidémies, qui ont affecté les cheptels et les cultures, l’incapacité à achever des mégaprojets (voir la Générale des concessions agricoles, ndlr), les reformes du foncier, le programme du million d’hectares d’oliviers, la crise des produits de large consommation, l’échec des tentatives d’exportation des produits agricoles, etc., sont autant de tristes expériences qu’il y a lieu de méditer. 



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