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«Ici c’est le peuple !»

23 mars 2019 à 9 h 55 min

On disait que la jeunesse algérienne avait depuis longtemps tourné le dos à l’histoire du pays. Qu’elle n’avait plus de référent aussi bien dans le passé récent ou dans le tréfonds de l’évolution millénaire du peuple algérien.

Vendredi dernier, la mobilisation citoyenne qui se comptait assurément par millions à Alger, comme dans d’autres villes d’Algérie, a ramené l’histoire au présent à travers les mots d’ordre et slogans portés par les jeunes et moins jeunes, les femmes et les hommes manifestant côte à côte.

L’emblème national était, hier, partout sur les épaules des uns et des autres, à bout de bras ou sur les visages des jeunes ajusté comme une voilette, le fameux «a’ajaar» des manifestantes du 11 Décembre 1960, drapées de leur voile blanc, de leur haïk, descendues aux côtés des hommes et des enfants des quartiers de La Casbah, du Clos Salembier ou de Belcourt, aujourd’hui El Madania et Belouizdad, pour réclamer l’indépendance de l’Algérie et affronter à mains nues les forces de répression coloniale.

Comment ne pas être agréablement surpris et étonnés par ce sursaut de la jeunesse au souvenir des martyrs, des héros de la Révolution, Ben M’hidi, Didouche Mourad, Abane Ramdane et de tous les autres, à travers leurs portraits fièrement arborés par ces Algériens qui ont, aujourd’hui, le même âge que leurs aînés qui avaient fait le sacrifice de leur vie pour que l’Algérie puisse vivre de pareils moments ? De cette jeunesse née après l’indépendance, qui représente assurément la plus grande partie de la mobilisation citoyenne, on retiendra d’abord le mot d’ordre sec, repris de manière unanime : «Un seul héros le peuple», comme une sentence, surgie à l’indépendance, en pleine crise de leadership, de batailles entre clans pour le contrôle du pouvoir au lendemain du 5 Juillet 1962.

Et aujourd’hui, une illustration qui vient confirmer le rejet du système qui est en place depuis, synonyme d’autoritarisme et de tant d’occasions ratées avec le développement et la démocratie au profit des Algériens. Autant de symboles ressortis, réappropriés par une génération qui n’a rien connu de la Guerre de Libération, du récit national sinon ce qu’on lui a raconté, ou ce qu’elle a pu lire dans les ouvrages ou voir au cinéma. Symboles qui prouvent plus que jamais, aussi bien ici en Algérie qu’à l’étranger, l’attachement vivace de plusieurs générations – celle née avant l’indépendance et l’autre d’après ­– à l’histoire de leur pays, de leur peuple.

A l’instar, sans doute, de ce trentenaire rencontré place Maurice Audin, fier de sa pancarte sur laquelle il disait qu’il n’était pas près d’oublier ce 25 mars 2019, jour de son 34e anniversaire. Un tel jour sera assurément mémorable pour tous ceux qui sont nés après l’indépendance et ont vécu comme le début de l’espérance dans le changement tant attendu depuis des décennies.

Plus surprenant encore, il a fallu que ce soit cette jeune fille de 22 ou 23 printemps qui nous rappelle qu’un certain 22 mars 1993, les Algériens sont sortis contre le terrorisme, qui allait sévir encore plusieurs années, à l’appel de l’UGTA dirigée à l’époque par Abdelhak Benhamouda, qui allait lui aussi payer de sa vie, en janvier 1997, son engagement contre le terrorisme.

Une année plus tard, pour commémorer cette mobilisation, des milliers de personnes ont manifesté, bravant les dangers des attentats terroristes et de l’état d’urgence. L’année 1994 fût horrible pour l’Algérie qui allait perdre les meilleurs parmi les intellectuels, artistes, journalistes, magistrats, militaires, policiers, victimes de la terreur islamiste qui a tenté de réduire ce pays à feu et à sang.

Hier, cette jeune fille se rappelle et interpelle pour ne pas oublier que cette année-là, une jeune lycéenne à peine moins jeune qu’elle, Katia Bengana, tombait sous les balles assassines des terroristes.

Hier, elles étaient là, les familles des victimes du terrorisme, au milieu de cette mobilisation populaire pour rappeler à tout le monde la tragédie traversée par le peuple en marche aujourd’hui vers une nouvelle ère, qu’il espère de dignité retrouvée et de vivre-ensemble en harmonie avec la modernité et le progrès.


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