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Hydroponie : du fourrage vert en plein désert

25 juin 2018 à 14 h 34 min

Que ce soit pour nourrir du bétail ou des populations en manque d’aliments, le désert ne semble pas a priori le lieu idéal pour développer le secteur de l’agriculture.

Mais c’est précisément là où une telle activité est peut-être le plus nécessaire. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le nombre de cas de sous-alimentation chronique en Afrique est passé de 20,8% en 2015 à 22,7% en 2016, touchant 224 millions de personnes dans le continent. Dans les camps de réfugiés sahraouis à Tindouf (Algérie), qui abritent plus de 173 000 personnes, la situation est encore plus alarmante : le taux de malnutrition arrive à 40% et touche surtout les enfants, selon le Croissant-Rouge.

Dans une volonté de combattre ces chiffres, le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) a fait installer des unités de production de fourrage dans les camps de réfugiés sahraouis en utilisant l’agriculture hydroponique, un type de culture réalisée sur un sol naturellement neutre et inerte, tel que le sable. La technique permet aux animaux dans des régions peu fertiles et désertiques de se nourrir de fourrage frais sans recourir aux engrais, en utilisant uniquement de l’eau.

L’idée qui a germé dans la tête d’un ingénieur sahraoui, Taleb Brahim, a été prise à bras-le-corps par l’organisme d’aide alimentaire de l’ONU, qui a cherché les financements nécessaires au lancement du projet dont bénéficient actuellement quelque 300 familles installées dans les camps. Résidant lui-même dans un camp, Brahim avait présenté son projet dénommé «Cultiver dans le désert» au WFP Innovation Accelerator boot camp du PAM à Munich en 2017, où il a remporté le 1er choix du jury.

Utilisant de l’orge disponible localement, les familles sahraouies destinataires du programme se servent de bacs pour voir pousser au bout d’une semaine les plantes utilisées pour nourrir le bétail. Pour faire face à la chaleur, ces équipements sont installés soit dans des conteneurs, soit dans des serres, ou encore à l’intérieur des constructions en briques de terre. Les effets sur le bétail sont évidents : la production laitière s’est améliorée autant en qualité qu’en quantité et la mortalité des chevreaux et des chevrettes s’est réduite drastiquement, selon un rapport des Nations unies en Algérie. «Le PAM veut améliorer la sécurité alimentaire des ménages et leur donner un meilleur accès à la viande et au lait de chèvre. Notre objectif est aussi de leur donner des opportunités pour la création d’emploi», précise Romain Sirois, représentant du PAM en Algérie. L’organisme, qui a signé un contrat avec l’entreprise algérienne Agro Solution, a fait installer des unités conteneurisées, en plus de celles fabriquées sur place afin de produire du fourrage en grande quantité.

«L’unité conteneurisée peut produire jusqu’à 100 kg de fourrage vert par jour, ce qui est suffisant pour nourrir une vingtaine de chèvres alors que l’unité fabriquée localement en produit 60 kg», explique M. Sirois. Une cinquantaine d’unités plus petites
capables de produire jusqu’à 15 kg de fourrage par jour chacune (soit la nourriture de cinq chèvres) ont été mises à la disposition des familles pendant la phase pilote du programme, en partenariat avec l’ONG Oxfam, en 2017.

«Le choix pour moi s’est porté sur une petite unité suffisante pour mes chèvres ; quelques bacs et de l’orge. J’étais formée sur le projet. La production est suffisante après une semaine à dix jours. Mes cinq chèvres se portent mieux», raconte une des femmes sahraouies bénéficiaire du programme.

A l’heure actuelle, Agro Solution est en train de produire 170 unités supplémentaires qui devraient être opérationnelles en septembre prochain. «On devrait toucher 220 familles à la fin de la mise à échelle. Mais avec une population de 173 600 réfugiés dans les cinq camps, il y a du potentiel pour développer le projet», affirme le représentant du PAM, ajoutant que le renforcement du programme est conditionné à la réception de financements supplémentaires, puisque chaque unité familiale coûte 250 dollars et chaque unité conteneurisée vaut 25 000 dollars.

Parmi les donations déjà reçues pour ce projet, le PAM compte celles faites par le gouvernement allemand via le Centre d’innovation de Munich et par l’ambassade du Canada à Alger. Une large contribution des Etats-Unis permettra de lancer la prochaine phase du programme.

«Tout en maintenant un bon niveau de production, on a réussi à réduire le coût. On est actuellement en discussion avec Agro Solution pour produire des unités (familiales) encore moins coûteuses, soit à 150 dollars l’unité», précise M. Sirois. Le projet, qui bénéficie du soutien de la population sahraouie, devrait être reproduit dans les pays du Sahel. «On a reçu la visite d’un représentant du Tchad, et Oxfam est en discussion pour essayer de voir si le projet pourrait être répliqué au Mali et au Niger. C’est très intéressant pour nous, on se sert de l’expérience pour permettre à d’autres populations de bénéficier de la même technologie», se réjouit le représentant onusien.


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