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Hocine Benhadid Genéral à la retraite : Les Algériens ne doivent pas croire aux affabulations de Gaïd Salah

08 mars 2019 à 10 h 50 min

Le général à la retraite, Hocine Benhadid, a accepté de répondre à nos questions. Son analyse reste radicale. Il propose une solution à la situation actuelle en exigeant le départ de tout le système.

Quelle est votre position par rapport à cette révolte populaire contre la candidature de Bouteflika au 5e mandat ?

Je salue les jeunes manifestants, les personnes âgées, les femmes et tous ceux qui se sont levés pour tout ce qu’ils ont fait depuis le 22 février. Je salue leur courage pour dénoncer l’injustice qu’ils subissent tous les jours et pour leur position historique sur la situation de l’Algérie.

Je suis en totale adhésion avec le peuple à travers le territoire national et dans toutes les willayas du pays. Notre peuple a tranché.

Il a donné son verdict contre les dépassements de nos gouvernants. Il refuse un mandat de plus pour le président de la République. Il veut s’en débarrasser gentiment et pacifiquement.

Le président Bouteflika est malade. Il est absent de la scène politique depuis 2005. Sa situation s’est aggravée depuis 2013. Quant à sa candidature, elle illégale et anti-constitutionnelle. Elle a d’ailleurs été présentée par procuration au Conseil constitutionnel, ce qui est totalement contraire à la loi.

Que pensez-vous du candidat Ali Ghediri, général lui aussi à la retraite ? Le soutenez-vous ?

J’ai assisté à sa conférence de presse au Forum du quotidien Liberté et je peux vous dire que je ne partage ni ses convictions ni son programme. Je ne soutiens personne.

Vous qualifiez de prédateurs et d’Apaches les gens qui, selon vous, font tout pour maintenir Bouteflika au pouvoir. Qui sont ces gens-là ?

Le principal, c’est son frère Saïd. Même s’il a commencé bien avant à s’intéresser au pouvoir, il a réussi à s’imposer en profitant de l’état de santé compliqué de Bouteflika en 2005. Gaïd Salah, en place depuis 2004, en a fait de même.

Depuis, ce sont ces deux hommes qui gèrent le pays. Gaïd a consolidé les positions de Saïd. Ce dernier a fait pareil et c’est ainsi qu’il est devenu le patron de la présidence.

Tout le monde lui obéit, y compris Gaïd Salah. Saïd a continué jusqu’à modifier la Constitution de 2008 pour permettre à son frère de briguer un 3e mandat, puis un 4e. C’est lui le principal ordonnateur et c’est lui qui commande ces Apaches dont les oligarques, comme les qualifie Louisa Hanoun. Je cite ici Ali Haddad, Tahkout, Kouninef et d’autres.

Ouyahia aussi. C’est ce dernier qui a créé l’empire Tahkout en lui octroyant des terrains et des usines prêtes au dinar symbolique, comme celle de Tiaret. C’est Ouyahia qui lui a donné 3000 ou 4000 bus d’étudiants.

En tant que Premier ministre, il a profité lui aussi de cette situation pour devenir un réel oligarque. C’est un bon exécutant discipliné. Il a étudié le personnage du frère du président, Saïd. Il l’a bien cerné, au point de le manipuler.

C’est la raison pour laquelle Ouyahia est resté au pouvoir jusqu’à ce jour. Le pouvoir connaît aussi son histoire. Ils ont trouvé un terrain d’entente pour rallonger le règne de Bouteflika. Mais il n’y a pas qu’Ouyahia, il y a aussi tous les gouvernements successifs du temps de Bouteflika. Ces derniers ont profité aussi de la situation. Ils sont devenus, en quelque sorte, les esclaves des Bouteflika.

Puis, il y a aussi les partis politiques créés par le pouvoir, dont celui du dissident du MSP, Amar Ghoul, de Amara Benyounes, et d’autres dont El Karama de Benhamou et bien évidemment le FLN et le RND.

Ils sont devenus des porte- parole du gouvernement, ou plutôt de Saïd Bouteflika. Tout le monde est nommé sur ordre de Saïd, y compris les militaires ! Saïd interfère même dans les grandes décisions de l’armée.

Cela veut dire que même le chef d’état-major n’est pas libre. On lui impose les chefs militaires pour les besoins et les intérêts de la présidence, comme par exemple certains chefs des Régions militaires, le poste du chef de la Garde républicaine et certains postes des renseignements. Ils sont tous imposés par lui.

En réaction aux manifestations contre le 5e mandat, Gaïd Salah a mis en garde, sur un ton menaçant, ceux qui veulent, selon lui, déstabiliser le pays. Il a parlé des risques et des menaces qu’encourt l’Algérie, qui demeure, selon ses dires, ciblée par ses ennemis. Quelle est votre lecture du discours du chef d’état-major ?

Contrairement à Gaïd Salah, je considère que l’Algérie est en sécurité, ce que lui ne dit pas. Il parle du danger extérieur. Qu’il dise lequel ? C’est lui qui a créé ce danger. C’est son invention. S’il y a un danger de l’extérieur, notre armée est capable d’y faire face.

Elle est garante de la sécurité des frontières et de leur contrôle. Elle est composée de soldats, de gradés et d’officiers. Nous avons le commandement des secteurs opérationnels militaires qui sont en charge de surveiller et de contrôler les frontières, les commandements régionaux et le commandement national.

Ce sont ces militaires disciplinés qui supportent tous les sacrifices, qui maintiennent la sécurité des frontières. Maintenant, si on croit Gaïd Salah et sa thèse de danger extérieur, ce qui veut dire une sorte d’invasion d’un pays étranger comme la France, les Etats-Unis ou autres, nous avons tout le potentiel nécessaire pour faire face à cette situation.

L’armée a formé près de cinq millions de militaires appelés depuis 1969. Disons que si nous avons 50% de perdition, il nous restera donc, environ 2.5 millions d’appelés formés et capables de reprendre du service. Gaïd Salah dramatise les choses.

Nous avons une grande expérience dans la lutte contre le terrorisme en Algérie. L’armée algérienne a su s’adapter à cette situation. Elle le fera devant les grandes puissances. Gaïd Salah doit arrêter d’essayer de faire peur au peuple algérien. Les Algériens doivent continuer leur combat pacifique et ne doivent pas croire ce genre de fabulations. Gaïd Salah attend juste la mort de Bouteflika pour prendre sa place. Il est sûr que si ce dernier décède, c’est lui qui reprendra les rênes du pays.

Vous parlez d’une solution à la situation actuelle. Pouvons-nous en connaître le contenu ?

Première étape. Il faut appliquer l’article 102 de la Constitution et annoncer la vacation du poste du président. Nous savons tous que l’actuel président de l’APN a été placé par effraction et par la force du cadenas et que c’est Saïd Bouteflika qui a placé les différents gouvernements, le Conseil constitutionnel ainsi que le chef d’état-major. Ils sont donc tous illégitimes. Il faut les destituer.

Gaïd Salah reçoit même des ordres des Emirats. Trouvez-vous cela normal ? Imaginez-vous un chef d’état-major de l’armée qui parle de paix et de stabilité alors qu’il reçoit des ordres de l’étranger ? Il n’est qu’un pion. Il n’y a pas d’Etat. Nous sommes dans l’illégalité la plus totale. Je propose un comité des sages. Il sera composé de Ali Yahia Abdennour, d’Ahmed Taleb Ibrahimi et de Boualem Benhamouda.

Ces derniers auront des conseillers, dont l’avocat Mustapha Bouchachi, le journaliste Fodil Boumala et le colonel Chafik Mesbah. Ce comité aura un coordinateur qui sera le Dr Lounes Oukaci. Ce comité des sages doit être installé par le président du Sénat Abdelkader Bensalah.

Ce comité aura pour mission de nommer un gouvernement provisoire dans une période de trois mois ou peut-être plus afin de préparer la transition. Il doit aussi aider le président du Conseil de la nation à préparer l’intérim de la présidence. Il aura, donc, trois mois pour installer le gouvernement et trois autres pour préparer les élections. Ce sont eux qui décideront s’ils gardent l’APN ou non.

Tous les membres des gouvernements successifs doivent rendre des comptes. Ils doivent déposer leurs bilans et rendre publics leurs biens immobiliers depuis la prise de leurs fonctions. Ils doivent être interdits de sortie du territoire jusqu’à ce qu’ils prennent le quitus de la Cour des comptes.

Tout haut fonctionnaire doit le faire dont, je cite pour l’exemple, Mohamed Raouraoua ou l’empereur de la résidence d’Etat Hamid Melzi. Il faut aussi assurer la sécurité des membres du comité qui doivent être à l’abri. Pour cela, il faut nommer un nouveau directeur de la sécurité militaire. Ce ne sera pas Tartag.

Je propose Ouadaï Mohamed qui était adjoint de la 1re Région militaire. Il faut aussi un nouveau wali d’Alger qui sera, selon moi, Metaoui Mokhfi, un ex-militaire nationaliste et sérieux. Même le chef d’état-major Gaïd Salah doit partir et rendre des comptes. Il sera remplacé par le commandant des forces terrestres, Saïd Chengriha, qui assurera l’intérim.

Vous avez été condamné, en 2016, à une année de prison ferme pour outrage à corps constitué (l’institution militaire) suite à vos révélations et sorties médiatiques. Vous avez été libéré, neuf mois plus tard, suite à votre maladie. Quelles conséquences cette affaire a-t-elle eu sur vous ?

J’ai été kidnappé par les gendarmes et les services de sécurité après ma sortie du tribunal. J’ai été condamné et mis en prison à El Harrach. Je suis tombé malade et j’étais très affaibli. Je n’ai malheureusement pas été pris en charge. J’ai une hernie discale et j’ai frôlé la paralysie. Je pouvais mourir en prison si j’avais purgé ma peine. Je marche difficilement, mais ce n’est pas important. C’est ma famille qui a été le plus touchée.

Mon fils, traumatisé depuis mon kidnapping, ne quitte plus la maison. Je n’ai pas été pris en charge depuis ma sortie. Je me soigne tout seul. Ces gens doivent tous partir. Je salue, encore une fois, le sursaut du peuple algérien. Je souhaite qu’il continue la révolution contre ce pouvoir pourri et corrompu. Il va certainement réussir.

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