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Hassen Kacimi. Expert des flux migratoires et des menaces dans le Sahel : «Des djihadistes syriens ont tenté de se déployer en Algérie avec le statut de réfugié»

07 septembre 2020 à 11 h 35 min

Dans cet entretien, Hassen Kacimi nous éclaire sur les guerres par procuration, les groupes djihadistes qui ont tenté, en 2018, de se redéployer sur le territoire national, les réseaux criminels installés à Tamanrasset, Agadez, Niamey et Bamako, qui organisent à partir du Niger, de la Mauritanie et du Mali le circuit des migrants devant bénéficier du «statut de réfugié» en Algérie.

 

Entretien réalisé par Salima Tlemçani

-Quelle analyse faites-vous de toutes ces ingérences étrangères, ces guerres par procuration pour le contrôle des richesses, à nos portes, dans la région du Sahel ?

Effectivement, les conflits et les armes ont encore de beaux jours dans le Sahel, et ce qui se passe en Libye est intimement lié à la situation crisogène qui lamine cette région. Une grande concurrence est engagée entre diverses forces étrangères et des groupes d’intérêts qui interviennent dans le Sahel, dans les domaines de la coopération sécuritaire et du développement, sous la forme de contrats d’adhésion, dont les clauses sont assassines et léonines, ou sont sous la forme d’aide et d’assistance militaire conditionnelle, permettant l’installation de bases militaires qui sont le prélude à la mise sous tutelle des pays du Sahel, du Maghreb et du Moyen- Orient, au nom de l’entraide et de la coopération.

-Justement, qu’est-ce qui pousse des pays, parfois lointains, comme les Etas-Unis, à faire la course à l’installation de bases militaires dans cette région en proie à des crises économiques et sécuritaires ?

La poussée comme des champignons des bases militaires en Afrique, notamment au Niger avec plus de dix bases, se fait au nom du prétexte fallacieux de la lutte contre le terrorisme. Il s’agit là d’un signe avant-coureur de lendemains non enchanteurs pour les pays qui les accueillent, aussi bien dans le Sahel que dans le Maghreb, ou au Moyen-Orient, parce qu’en contrepartie, ils cèdent définitivement la souveraineté de leur pays à des entités étrangères, omnipotentes, dominatrices et méprisantes. Puis, nous avons ces activités humanitaires mises au service de la domination des Etats, nouvellement indépendants, utilisées comme créneau judicieux, qui permet d’interférer dans les affaires internes de ces pays, au nom de l’aide et du soutien des populations fragiles et en détresse. Des organisations humanitaires, financées par des cartels et des lobbys internationaux, ont mené des campagnes subversives, en Amérique latine et au Moyen-Orient, sous le couvert de l’aide humanitaire et ont aussi activement soutenu des interventions militaires étrangères.

Comme par enchantement, ces organisation humanitaires ont pour terrain de prédilection les espaces géographiques, à forts potentiels miniers, là où les enjeux géostratégiques se manifestent par des formes violentes, faisant intervenir des groupes armés et terroristes, ou des acteurs non étatiques, qui sont naturellement instrumentalisés à bon escient, pour justifier ces interventions étrangères. Les expériences ont montré et prouvé que les interventions étrangères ont eu pour résultat l’affaiblissement des Etats et leur recul, en laissant la place aux groupes armés et terroristes. Les grosses cylindrées, les grands cartels se mobilisent pour la grande curée, chacun à sa manière, pour s’installer durablement sur ces territoires, non gouvernés, pour s’octroyer le maximum d’avantages, pour l’exploitation des ressources minières de ces pays.

-La présence de la Chine obéit-elle aux mêmes principes que ceux des Etats-Unis, de la France ou de l’Italie ?

L’intervention chinoise en Afrique est économique. Elle est atypique et ne prend pas la forme d’une croisade, avec armes et fantassins. Mais force est de constater qu’elle n’est pas dénuée d’une volonté d’exercer une influence sur ces territoires. Dans ces scénarios macabres, les faibles sont mis en esclavage, au nom du développement et de la lutte contre le terrorisme. Les Chinois en Afrique ne sont pas là pour faire de la charité, mais pour investir durablement. Dans le cadre des prêts accordés, Pékin maintient ses exigences de garanties souveraines. En vertu de cette clause, la Chine se donne ainsi le droit, en cas de défaut de paiement, comme elle l’a fait dans certains pays asiatiques, ou en Afrique, de s’approprier des actifs souverains de ses débiteurs, notamment les ports, aéroports, mines ou réseaux de chemin de fer. Les Chinois arrivent toujours à prévoir dans les prêts accordés des clauses de garantie qui permettent de récupérer les infrastructures réalisées, en cas de défaut de paiement. Pour rembourser un crédit, le gouvernement kényan cédera-t-il la gestion de son principal port à la Chine ? Le prêt en question est d’un montant de 500 milliards de shillings kenyans, soit 4,3 milliards d’euros.

Peut-on reprocher à la Chine d’avoir débloqué des financements aux pays africains et de prendre le contrôle d’infrastructures stratégiques qu’elle a financées, et cela suite à l’incapacité de ces pays à rembourser les prêts souscrits ? Sur le plan commercial, les relations ne sont pas sentimentales. Dans ces cas d’espèce, il est reproché aux Etats africains d’avoir une gouvernance défaillante dans la gestion de la dette, qui ne doit pas aller au-delà des capacités de remboursement. La force de frappe chinoise se trouve dans sa capacité de mobiliser des moyens financiers colossaux en Afrique, alors que les Européens ou les Américains ne sont plus en mesure de mobiliser tant de ressources financières. Pour endiguer l’expansion chinoise, de nouvelles stratégies occidentales de la terreur et du chaos ont été développées et des coalitions militaires internationales ont été montées, pour organiser de nouvelles croisades, des temps modernes, contre des Etats souverains, au nom de la lutte antiterroriste, de la protection de la paix mondiale et du droit humanitaire.

-Est-ce le cas en Libye ?

Ce qui se passe en Libye est un chaos organisé sur un théâtre de guerre où les protagonistes sont des nations nanties étrangères, faisant une guerre à ce pays par procuration. La lutte pour le contrôle et la domination des ressources énergétiques de ce pays doit faire du vainqueur de cette confrontation internationale, le pays qui disposera d’un puissant levier d’influence sur l’Europe, en Méditerranée et en Afrique. Il disposera d’une voie d’accès royale à l’Afrique où de nouvelles forces étrangères s’affrontent, à pas feutrés, pour la domination de ce vaste continent, si riche en énergie et en minéraux. La lutte contre le terrorisme n’est qu’un prétexte fallacieux, plus acceptable sur le plan international, devant justifier une ingérence étrangère militaire massive. Nous sommes face à une redéfinition des zones d’influence dans le Maghreb, qui se fait, malheureusement, de manière brutale. En Libye, elle a engendré l’effondrement de l’Etat et une possible partition du pays sur des bases ethniques. Les élites de ce pays ont été incapables de surmonter leurs désaccords, laissant des entités étrangères décider à leur place du sort de leur pays, censées encourager l’avènement de la démocratie et de la justice, ces interventions ont eu pour conséquences une atteinte à la sécurité des peuples, aux droits de l’homme et surtout le pillage des ressources de ces pays, sous la forme d’une piraterie internationale. Le transfert massif de djihadistes syriens et autres et autant de mercenaires vers la Libye est le résultat de la volonté des Etats nantis d’organiser le hold-up du siècle, sur les richesses de ce pays.

-Que cachent, selon vous, ces vagues successives de migrants subsahariens qui traversent des milliers de kilomètres pour arriver en Algérie ?

Il faut savoir que l’intervention étrangère s’est investie également dans le dossier de la migration, pour encourager le déplacement de populations entières subsahariennes vers l’Algérie. Dans le lot de ces migrants, on a recensé de faux migrants, des criminels et des terroristes avec de fausses identités, qui ont pu bénéficier à Alger du statut de réfugié, à l’insu des autorités publiques. A Tamanrasset, Agadez, Niamey et Bamako, des réseaux criminels se sont installés pour organiser le circuit des migrants, devant bénéficier du statut de réfugié en Algérie. Le complot de l’intervention étrangère, sous la filière migratoire, a été démantelé grâce à la perspicacité de nos services opérationnels. Dans le créneau de l’assistance aux réfugiés, il faut se garder de faire des amalgames, pour n’accorder la protection internationale qu’aux personnes qui entrent dans le cadre de la Convention de Genève sur les réfugiés et d’en exclure systématiquement les migrants économiques. La qualité de réfugié est reconnue par l’Etat. Il faut être vigilant pour que cette compétence régalienne et d’ordre public ne soit accaparée par le HCR (Haut Commissariat aux réfugiés) à Alger, qui n’est qu’un auxiliaire des pouvoirs publics. On ne peut pas donner une protection juridique internationale à des criminels et des délinquants.

-Voulez-vous dire que le bureau du HCR à Alger a délivré le statut de réfugié à des criminels ?

Il fait savoir qu’en 2018, des réseaux djihadistes ont tenté de se redéployer sur le territoire national via les frontières du Mali et du Niger, en empruntant des circuits migratoires, dans le but de bénéficier en Algérie d’une protection juridique internationale. Une forte logistique et une organisation supranationale ont été mobilisées pour faciliter leur infiltration en Algérie par des combattants subversifs, dans un habillage de migrants, à la recherche d’un statut de réfugié. Ces faux migrants, venus de toutes les zones de combat, du nord de la Syrie et du Yémen, devaient entrer en Algérie avec de fausses identités, pour se mouvoir dans l’anonymat, au sein de la communauté arabe, sous un statut de réfugié. Leur but est d’attenter à notre sécurité au moment opportun. Un autre complot de grande envergure a été tissé contre notre pays, à partir de Tamanrasset, zone frontalière sensible et stratégique, pour l’installation d’une plateforme de débarquement migratoire, avec le concours actif de certaines associations nationales, infiltrées par des réseaux étrangers. Cette plateforme a été installée à Tamanrasset, sous l’organisation de l’ONG Caritas du Vatican, dont le conseil d’administration est un véritable nid d’espions qui a soutenu des actes subversifs en Amérique latine. Elle avait pour objectif d’ouvrir les frontières sud du pays à une migration massive subsaharienne, pour faire de l’Algérie un territoire de substitution aux réfugiés, chassés par les multinationales, comme au Congo, dans la province du Kivu, où plus de 500 000 Congolais ont été chassés par les entreprises minières étrangères vers l’Angola. Le terrorisme et les groupes armés ont été mandatés pour chasser les populations installées dans des zones à fortes potentialités minières.

-L’Algérie est-elle ciblée par cette menace de la politique du chaos, que certaines puissances occidentales veulent imposer au monde arabe et au Maghreb ?

Nous sommes devant l’installation à grande échelle, dans le monde arabe et au Maghreb, du désordre et de l’insécurité. La doctrine du néocolonialisme est fondée sur le principe de diviser pour régner, devant faciliter l’installation de gouvernants fantoches et compradors, pour mieux les dominer et piller les Etats nouvellement indépendants. Le néosionisme, soutenu par les néolibéraux américains, fondé sur le principe de la destruction et du morcellement des Etats du monde arabe, pour mieux les dominer et les piller, a réussi à installer au Moyen-Orient des monarques et des présidents illégitimes, comme aux Emirats arabes unis, Qatar, Egypte et Soudan, qu’il a missionnés pour faire des guerres par procuration, contre tous les Etats hostiles à l’entité sioniste. Le dernier renversement au Mali, qui a fait partir le président Ibrahim Boubacar Keïta, cache des bruits de bottes d’une intervention étrangère. La guerre menée en Libye, en Irak, en Syrie et au Yémen a pour objectif de détruire les Etats nationalistes, du front du refus, qui s’est fermement opposé à la normalisation des relations avec l’entité sioniste. Ce processus délétère, s’installant par le désordre et l’insécurité, est accompagné par une forte mobilisation médiatique internationale, présentant la Russie et la Chine comme une menace à la paix mondiale et un impérialisme qui aspire à dominer le monde. L’Algérie n’est pas épargnée par ces interventions étrangères sournoises. Une campagne subversive a été déclenchée cet été contre notre pays par des entités étrangères consistant à actionner des acteurs locaux, émargeant pour le compte de certaines ONG sionistes, devant redynamiser, agiter et contrôler la rue.

-Pouvez-vous être plus explicite ?

Les troubles actionnés au niveau de la localité de Tin Zaouatine, à la frontière avec le Mali, avaient, selon les enquêtes, pour but d’entraîner les Touareg algériens vers des revendications séparatistes. Certains bureaux d’études étrangers ont publié, durant tout cet été, les résultats d’une étude prévoyant de grands troubles en Algérie et l’effondrement de l’Etat. De manière concomitante, on a assisté à des ruptures du fonctionnement de certains grands services publics, absence de liquidités, coupures d’eau sans informer la population, perturbations dans le réseau internet. On est en présence d’un scénario de la contre-révolution. Cette information a été annoncée par le président de la République, qui n’a pas tout dit à ce sujet, pour des raisons liées à la sécurité nationale. L’Algérie doit être vigilante et éviter à tout prix de subir le scénario du sud de la Libye, où plus de 50 000 Toubous tchadiens se sont installés durablement, contrôlant de vastes territoires, avec des milices armées, sollicitant actuellement la nationalité libyenne et une autonomie de gestion. Le nombre de migrants subsahariens arrivés en Algérie est très important. Il y a lieu de s’attendre à ce que ceux-ci fassent pression sur le gouvernement algérien, le moment venu, dès qu’ils seront organisés en associations, avec le concours de leur ambassade et de certaines ONG, pour la régularisation de leur situation administrative en Algérie. Sans vouloir stigmatiser les migrants, il est nécessaire de préciser que ceux qui ne pourront pas régulariser leur situation, seront naturellement appelés à quitter le territoire national, comme il est d’usage dans tous les pays du monde. L’Algérie a intérêt à se redéployer, par des investissements, en Afrique pour protéger sa profondeur stratégique et sa sécurité. Ce redéploiement est une urgence stratégique et tactique pour occuper économiquement le terrain, convoité par des forces qui lui sont hostiles.

-Voulez-vous nous parler des pays qui s’impliquent davantage dans les conflits armés en Libye ou au Mali, comme les Emirats, la Turquie et la France ?

Je peux dire que le Sahel et les 15 pays de la Cédéao, qui s’enfoncent dans la spirale de l’instabilité et du désordre, sont convoités depuis peu par l’axe subversif judéo-émirati, impliqué fortement en Libye et qui mène des lobbyings pour intégrer d’autres Etats africains dans leur zone d’influence. Pour cela, tous les coups bas sont permis. Le Soudan est passé dans leur escarcelle, grâce à des manifestations de rue, bien orchestrées et un coup d’Etat qui s’est terminé par un conseil national transitoire prosioniste. Le Niger, qui a ouvert le pays aux bases militaires étrangères, se trouve menacé par cette forme toxique de cession de sa souveraineté, qui menace aussi la sécurité régionale. Il est en proie à une extension du terrorisme qu’il n’arrive pas à juguler, malgré le G5 Sahel. Tous les clignotants sont au rouge dans ce pays. Le nord du Bénin est aussi menacé par Boko Haram. L’insécurité s’étend au Cameroun, en Côte d’ivoire, au Ghana, en Guinée, bientôt le Sénégal et la Mauritanie, qui devient une zone de repli des organisations terroristes, qui semblent avoir scellé un pacte tacite de non-agression. Tous les communiqués d’Al Qaîda et de l’Etat islamique, dans le Sahel, sont publiés par l’agence mauritanienne qui s’est érigée en courroie de transmission de ces organisations terroristes. L’intervention étrangère dans le Sahel a fait exploser le champ de l’insécurité, qui menace sérieusement tous les pays de la Cédéao. Le Tchad est passé aussi dans la trappe des Emiratis.

Au Mali, grâce au wahabite, l’imam Diko, et au mouvement M5, le président IBK a été renversé, avec le concours d’une main étrangère discrète, qui prépare d’autres surprises préoccupantes. La militarisation du Sahel, par l’installation d’une multitude de bases militaires étrangères, augure des intentions malsaines pour ce continent, en proie à un pillage qui appauvrit ses populations, les fragilise et les jette sur les routes de l’exil et de la migration. Le Burkina Faso connaît aussi de graves atteintes à sa souveraineté nationale, par un regain des activités terroristes, au niveau de la zone des trois frontières, ou du Laptico Gourma. Les groupes terroristes, dont le Groupe de soutien aux musulmans et à l’islam, dirigé par Iyad Ghali, affilié à Al Qaîda, l’organisation de l’Etat Islamique, dirigée par Adnan Abou Oualid Essahraoui, et sa branche de l’Afrique de l’Ouest, ont mis en échec le G5 Sahel, qui s’embourbe dans le Sahel, faute de moyens financiers conséquents.

Le G5 Sahel n’a pas réussi, aussi, parce qu’il a tenté de marginaliser l’Algérie, un acteur régional important en matière de lutte antiterroriste. L’Algérie a toujours plaidé, au sein de l’UA, la doctrine de l’appropriation de la sécurité, en laissant la porte ouverte à la coopération, sans que celle-ci ne se substitue aux acteurs locaux. Les ingérences étrangères sont arrivées par effraction, pour allumer le feu de la division et des affrontements, dans toute cette région, à fort potentiel minier. Dans tout ce magma explosif, l’Algérie doit être prévoyante et marquer sa présence de manière positive, en tentant de réduire ces nuisances mortelles par une coopération régionale mutuellement bénéfique, qui préserverait les intérêts et la sécurité collective.


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