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Gestion déléguée de l’eau dans le groupement de Constantine : Après l’échec français, le fiasco algérien

30 juillet 2019 à 10 h 10 min

L’objectif stratégique de hisser aux normes internationales le service public par une distribution continue d’une eau de bonne qualité est remis en cause à Constantine.

Cet objectif inscrit dans les plans quinquennaux, correspondant aux 2e et 3e mandats de Bouteflika, et pour lequel l’Etat avait mobilisé pas moins de 50 milliards de dollars pour les cinq métropoles retenues pour l’expérience, échoue lamentablement. En témoigne la reprise crescendo des malheureuses émeutes de l’eau dans plusieurs quartiers et banlieues de la capitale de l’Est, face au retour du rationnement et des pénuries récurrentes. Au bout de 15 années de cette expérience onéreuse, le rêve a fondu comme une boule de glace sous le soleil de juillet.

Dans les méga-cités d’El Kantouli, Djebel El Ouahch, El Gammas et Zouaghi, des protestations parfois musclées ont été signalées depuis le début de l’été. Et à mesure que s’accentue la protestation populaire contre les restrictions, la visibilité se précise sur l’état des lieux de la gestion déléguée de l’AEP, confiée à la Société des eaux et d’assainissement de Constantine (Seaco). Cette société issue d’une joint-venture ONA-ADE et la Marseillaise des eaux (SEM), côté français, boucle une décennie d’existence et… d’échec. La SEM engagée en 2005 pour réhabiliter le réseau d’alimentation en eau potable du groupement urbain de Constantine, et en 2008 pour moderniser le service de distribution, a coulé à Constantine. Pourtant, elle a eu au départ toutes les faveurs de l’Etat de Bouteflika. Pour rappel, l’avis d’appel d’offres international avait été déclaré infructueux et la candidature de la SEM rejetée par la Commission nationale des marchés publics. Ce n’est qu’une année après que les Français ont obtenu le marché suite à une consultation (très) restreinte.

Bilan catastrophique

Au début des années 2000 et devant la demande pressante et contestataire des populations, accablées par les pénuries d’eau potable, l’Etat prend le taureau par les cornes et engage des réformes profondes du secteur, formulées dans la loi 05/12 relative à l’eau. Dans les quatre grandes villes d’Algérie – Alger, Oran, Constantine et Annaba – le gouvernement délègue la gestion de l’alimentation en eau à des groupes européens «expérimentés», assurait le ministre des Ressources en eau de l’époque, Abdelmalek Sellal.

A Constantine, la Société des eaux de Marseille empoche d’abord environ 60 millions d’euros pour le premier contrat (réhabilitation de 1200 km de conduites du réseau d’AEP sur trois ans), et 27,8 millions d’euros pour la gestion du réseau sur 66 mois. Les termes du deuxième contrat assignent au contractant l’objectif de «la modernisation et l’efficience de la gestion des services publics de l’eau et de l’assainissement, la mise en place d’un système de distribution d’eau en H24 et d’assurer le transfert d’un savoir-faire effectif ainsi qu’un transfert de technologies et de compétences». Ces gros contrats introduisent la société marseillaise à l’international et lui garantissent un plan de charge inespéré.

Mais au bout de cinq ans et demi, aucun des objectifs n’a été atteint. Pire. Le taux de déperdition de l’eau est inouï. 40 à 50%, reconnaît le directeur d’exploitation eaux et travaux de la Seaco, Hugues Monorie, dans une déclaration faite en 2014 à El Watan.

L’Etat se rend compte de son erreur et ferme la parenthèse française, malgré les efforts de la SEM et les initiatives diplomatiques de l’Hexagone. Le préjudice financier est gravissime, mais aucun responsable algérien, notamment le ministre des Ressources en eau, ne rend compte de ses choix.

Cadeau empoisonné

Aussi, le procès intenté pour «fraude» dans la passation de marchés publics, contre des cadres de la société, notamment le directeur général, Michel Vallin, fut abandonné par le tribunal de Constantine en janvier 2015. La page est tournée dans l’impunité totale.

La Seaco, désormais algérianisée à 100%, hérite cependant d’une situation-piège, fruit d’une gestion «légère» et d’un manque de fermeté irresponsable de la part du gouvernement algérien. A quoi s’ajoutent de nouveaux choix qui vont l’impacter tout de suite. N’est-ce pas que les cadres algériens formés en binôme par les «experts» français ont tous été remerciés ! L’absence de vision et d’ambitions va non seulement empêcher le sauvetage de la Seaco, mais l’engage dans une impasse qui fait qu’elle a du mal à cacher les signes d’une asphyxie financière, due à plus de 4 milliards de dinars de créances, un effectif pléthorique et mal encadré et un parc matériel obsolète, devenu une charge pour la société.

Du point de vue des 230 000 abonnés, la Seaco est surtout incapable de garantir l’eau dans les robinets constantinois. Non seulement l’objectif d’une eau servie en H24 n’a pas été atteint à 100%, mais aujourd’hui, cet acquis est gâché avec le retour au rationnement pour tous. La menace d’une réduction drastique des quantités d’eau par habitant inquiète davantage les citoyens, qui en apprennent chaque jour un peu plus sur le délitement du système d’adduction qui englobe le barrage de Beni Haroun, le pompage vers le transfert de Sidi Khelifa, et enfin la réception et la distribution à partir d’une myriade de réservoirs. Un fiasco qui incombe totalement aux gouvernements successifs de Bouteflika, et place l’actuel Exécutif devant des défis aussi importants qu’urgents. 

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