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Gaïd Salah ne s’en tient plus seulement à l’application de l’article 102 : «Toutes les perspectives possibles restent ouvertes»

17 avril 2019 à 10 h 25 min

Le général de corps d’armée, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), Ahmed Gaïd Salah, cède du terrain face à la pression populaire.

Après avoir évoqué, dans son précédent discours du 10 avril, des «slogans irréalisables visant à mener le pays vers un vide constitutionnel», s’en tenant donc à l’application stricte et seule de l’article 102 de la Constitution, hier, depuis Ouargla, et tout en réaffirmant que le haut commandement de l’ANP «respecte parfaitement les dispositions de la Constitution pour la conduite de la transition», il a insisté sur le fait que «toutes les perspectives possibles restent ouvertes».

Une phrase répétée à deux reprises dans son discours qui, a priori, montre que le chef d’état-major de l’ANP a changé de position concernant «la conduite de la transition».

La démission, hier aussi mais avant le discours de Gaïd Salah, du président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz, pourrait éventuellement laisser entrevoir une volonté de mettre en application les articles 7 et 8 de la Constitution relatifs à la «volonté populaire». Se dirige-t-on, ainsi, vers une solution politique ? Trop tôt pour l’affirmer à l’heure actuelle.

En tout cas, Ahmed Gaïd Salah a réitéré, hier, «l’engagement de l’ANP d’accompagner les institutions de l’Etat durant cette transition, tout en soulignant que toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais, car la situation ne peut perdurer davantage, vu que le temps nous est compté».

Une prédisposition qu’il montrera une deuxième fois à la fin de son discours. «Nous, en tant que haut commandement de l’Armée nationale populaire et face à la responsabilité historique que nous assumons, nous respectons parfaitement les dispositions de la Constitution pour la conduite de la transition, et je voudrais réitérer que toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais, de façon à servir l’intérêt suprême de la patrie, sans égard à l’intérêt des individus, et que nous n’avons aucune autre ambition que celle de protéger la patrie, faire régner la sécurité et la stabilité et préserver l’image de marque du pays, comme l’auraient voulu nos vaillants martyrs et qu’Allah m’en soit témoin», dira-t-il à ce propos.

«Protéger les manifestants»

L’autre changement dans le ton du chef d’état-major de l’ANP est destiné à l’endroit des manifestants. Ainsi, après avoir évoqué, dans son précédent discours, des «tentatives d’infiltration» de «parties suspectes», hier, il était question d’«instructions claires» pour «la protection des citoyens». «La décision de protéger le peuple, dans ses différentes composantes, est une décision irréversible et dont nous ne dévierons point.

Partant de la solidité des liens de confiance liant le peuple à son armée, nous avons donné des instructions claires et sans équivoques pour la protection des citoyens, notamment lors des marches», a-t-il déclaré.

Et d’ajouter, un peu plus loin, que l’armée «ne prend aucune décision au désavantage du peuple et de la patrie» et qu’elle «veille à ce qu’aucune goutte de sang algérien ne soit versée, n’en déplaise aux parties hostiles, qui sont dérangées par le caractère pacifique des marches».

Ahmed Gaïd Salah indiquera toutefois que l’armée attend «en contrepartie, de la part du peuple, d’éviter le recours à la violence, de préserver les biens publics et privés et d’éviter d’entraver les intérêts des citoyens».

Cela voudrait-il dire que l’attitude des services de sécurité vis-à-vis des manifestants va changer ce vendredi ? Lors de la précédente marche (12 avril), la police avait réprimé les manifestants alors que la gendarmerie s’était chargée de «boucler» la capitale. Les marches des vendredis d’avant, hormis pour les deux premières, se sont globalement déroulées sans aucun incident.

Un changement d’attitude de la part des autorités sécuritaires qui est intervenu après le discours de Gaïd Salah du 10 avril. En affirmant, hier, que les manifestants allaient être protégés, le chef d’état-major de l’ANP ne donne-t-il pas instruction à ces services de sécurité de ne plus réprimer les manifestants ? En tout cas, hier, les étudiants n’ont pas subi le traitement qu’il leur avait été réservé le mardi d’avant, lorsque les policiers antiémeute les ont chargés et, à maintes reprises, arrosés avec les canons à eau et utilisé les gaz lacrymogènes.

«La justice doit accélérer le traitement des affaires de corruption»

Le chef d’état-major de l’ANP a évoqué également dans son discours les affaires de corruption. A cet effet, il s’est dit «attendre» que la justice accélère la cadence du traitement des dossiers qui se présentent à elle. «Dans ce contexte, et comme j’ai souligné lors d’occasions précédentes, il y a nécessité pour la justice de poursuive les individus impliqués dans des affaires de corruption, nous attendons à ce que les instances judiciaires concernées accélèrent la cadence du traitement des différents dossiers concernant certaines personnes ayant bénéficié indûment de crédits estimés à des milliers de milliards, causant préjudice au Trésor public et dilapidant l’argent du peuple», a-t-il déclaré à ce propos.

Lors de sa précédente intervention, Ahmed Gaïd Salah, qui avait évoqué le 2 avril, lorsqu’il avait appelé à l’application «immédiate» de l’article 102, «les complots et les conspirations abjects, fomentés par une bande qui a fait de la fraude, la malversation et la duplicité sa vocation», a affirmé que «la justice, qui a recouvré ses pleines prérogatives, agira en toute liberté, sans contrainte aucune, sans pressions ni ordres, pour entamer des poursuites judiciaires contre toute la bande impliquée dans les affaires de détournement des fonds publics et d’abus de pouvoir pour s’enrichir illégalement».

Il a ajouté que «la question s’étendra à tous les dossiers précédents, comme l’affaire Al Khalifa, Sonatrach, du ‘‘Boucher’’ et autres dossiers relatifs à la corruption qui ont occasionné des pertes considérables au Trésor public».

A cet effet, il est utile de rappeler que le parquet général près la cour d’Alger avait annoncé, le 1er avril, que «des enquêtes préliminaires sont mises en œuvre pour des faits de corruption et de transfert illicite de capitaux vers l’étranger».

Si Ali Haddad, patron de l’ETRHB et ex-président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), est en détention depuis le 31 mars dernier pour «possession de deux passeports» et «infraction à la réglementation de change», d’autres personnalités sont frappées «à titre conservatoire» d’interdiction de sortie du territoire national.

Le parquet d’Alger n’a pas donné plus de détails, depuis, à propos de ces enquêtes. En somme, le discours de Gaïd Salah a changé tant à l’endroit de la conduite de la transition que par rapport au traitement des manifestations. Les jours à venir nous montreront s’il y a réellement une volonté d’aller de l’avant et de mettre fin à la crise.

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