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Ali Ghederi : Un général qui parie sur l’engagement démocratique

25 décembre 2018 à 12 h 00 min

Il est l’exact contraire de la caricature que se font les Algériens de leurs hauts gradés. C’est un général-major vif et athlétique. Fougueux et cérébral. Rien à envier aux saint-cyriens. Il manie le verbe aussi bien que les armes.

Le général-major Ali Ghederi est un militaire qui a le goût des idées, de la pensée et le sens de l’histoire. Un mathématicien fasciné par les sciences sociales.

Mais surtout par la politique. Il incarne cette jeune garde de l’armée, ulcérée par le sort réservé au pays. Il est sans doute celui qui exprime le mieux et ouvertement le sentiment de déception dominant. Lorsqu’il quitte l’armée en 2015, il est déjà un officier supérieur accompli. Il a servi 42 ans sous les drapeaux.

A 60 ans, il termine sa carrière avec le grade de général-major et décide de partir à la retraite. C’était le plus jeune au grade le plus élevé. Sous les drapeaux, l’homme a côtoyé la fine fleur de l’armée algérienne, il a servi sous les ordres de Liamine Zeroual dans le désert, un désert qui lui est familier. Il est aussi à l’aise dans le Sahara brûlant que dans le Moscou glacial.

C’est un russophone capable de citer Tolstoï dans le texte. Ali Ghederi a fait l’Ecole navale de Saint-Pétersbourg, puis l’Ecole de guerre de Moscou de laquelle il est sorti major de promo avec une médaille d’or au cou. Ce n’est pas pour autant qu’il russophile. Ses multiples voyages dans les grandes écoles militaires occidentales n’ont pas fait de lui non plus un pro-occidental.

Il est profondément algérien, moderne et ouvert sur le monde. Alors que le haut commandement de l’armée est vieillissant, lui préfère partir volontairement pour mieux rebondir. Il poursuit son «devoir» en défendant publiquement ses idées pour une Algérie moderne et prospère. «Je ne pouvais pas aller à l’encontre de mes convictions, alors que je suis à l’origine du statut des personnels militaires qui fait le pari du rajeunissement.

Naturellement, je me dois de donner l’exemple. Pour être honnête, le chef d’état-major était contre mon départ à la retraite, mais il faut dire que nos visions étaient opposées, sans dire que les miennes étaient les bonnes», nous confie-t-il.

Les deux hommes se connaissent. Un long compagnonnage de trente ans. «Il est pour moi un chef et un frère aîné, mais j’ai toujours dit ce que je pense», dit Ghederi de l’actuel chef d’état-major. Manifestement, ce natif de Oum El Bouagui, petit-fils d’un martyr, fils d’un prisonnier de guerre, devenu mineur dans les mines d’El Ouenza, ne mâchait pas ses mots. Au sein de la grande muette, il n’est pas celui qui a la langue dans sa poche.

L’homme est «biberonné» à la culture révolutionnaire et syndicale. «Oui, un fils de mineur peut devenir un général-major, c’est ce qu’a permis la Révolution algérienne», a tancé fièrement une fois un «puissant» ministre proche de Bouteflika.

S’il est bien connu et apprécié au sein de l’armée nationale, l’opinion publique découvre cet officier supérieur à travers ses prises de position publiques. Prolifique, il se fait remarquer par ses tribunes dans la presse, soit pour exprimer ses opinions sur des questions d’actualité nationale ou bien pour interpeller ouvertement les détenteurs du pouvoir politique.

Parfois pour prendre la plume et défendre le général Hocine Benhadid mis en prison, ou la résistante Zohra-Drif Bitat violemment attaquée. Il n’hésite pas non plus à riposter quand c’est nécessaire. Comme ce fut le cas avec Noureddine Boukrouh qu’il a froidement «remis à sa place». Le général-major Ghederi remonte au front à chaque fois qu’il entend l’appel du devoir.

Ses tribunes suscitent à chaque fois de l’intérêt et parfois des polémiques. A la veille de l’élection présidentielle entourée de brouillard, il dégaine. Appelant d’abord à faire du scrutin présidentiel d’avril 2019 un rendez-vous avec l’espoir et la renaissance du pays. Sinon, c’est le péril. Il porte la plume dans la plaie béante nationale.

Il s’adresse ouvertement au chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, lui demandant de ne pas «servir de gué pour des aventuriers sans scrupules», écrit-il le 6 décembre dernier dans El Watan. Les deux hommes se sont rencontrés plusieurs fois, lorsque Ali Ghederi était encore en fonction. Ils se connaissent assez bien.

«J’ai toujours dit au président de la République ce que je pense du pays à chaque fois qu’il a demandé à me voir ou lors de séances de travail. J’ai souvent insisté sur la nécessité d’opérer une rupture et de faire confiance à la jeunesse», se rappelle le général-major.

Aujourd’hui, Ali Ghederi s’adresse au chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il demande à celui qu’il considère comme son «frère aîné» de ne pas laisser violer la Constitution.

«Je m’interdis d’imaginer que le général de corps d’armée Gaïd Salah puisse permettre de transcender ce qui est prescrit par la Constitution pour assouvir leur désir, leur instinct et leurs ambitions. Il ne peut pas faire le jeu des aventuriers», estime-t-il.

Une manière de mettre son ancien chef devant une responsabilité historique. Il doit faire allégeance au pays et non pas à un quelconque clan. L’armée doit parier sur la démocratie. Une interpellation forte à la veille d’une élection présidentielle sur laquelle planent le doute et les incertitudes.


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