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Ferhat Aït Ali, expert en économie et finances, analyse à travers cet entretien la gestion du taux de change du dinar telle qu’elle est opérée par la Banque d’Algérie. Selon lui, le dinar n’a quasiment jamais cessé de se déprécier, même quand le pays connaissait une certaine aisance financière.

Ferhat Aït Ali. Expert en économie et finances : «La dépréciation n’a jamais cessé…»

25 août 2015 à 10 h 00 min

La valeur du dinar observe depuis plusieurs mois une tendance continue à la dépréciation. Cette érosion est-elle uniquement le fait de la baisse des recettes extérieures du pays ?

Bien que manifeste depuis la baisse drastique des recettes extérieures du pays, la dépréciation du dinar n’a jamais cessé, même en période de prospérité factice du pays.

A titre d’exemple, le cours du dollar était de 59 dinars en 1999, alors que le pays était endetté et les recettes d’exportation de l’ordre de 14 milliards de dollars, et de 73 dinars pour un dollar en 2010, avec des recettes d’exportation cinq fois supérieures en dollars. La seule fois où il fut réapprécié légèrement était en 2007 et 2008, sans que cela ait une incidence sur le cours de l’euro qui n’a jamais cessé de grimper face au dinar depuis sa création commerciale, en 2000.

Il faut signaler aussi que le cours des deux monnaies face au dollar suit de près leur propre fluctuation sur les marchés internationaux, la division des contrevaleurs par rapport au dinar donnant à peu près leur contrevaleur du moment sur le marché des changes mondiaux.

Ceci dit, il faut essayer de suivre la logique de la Banque d’Algérie, dans son appréciation interne du dinar face aux principales devises, en sortant des mécanismes traditionnels de cotation, vers une vision beaucoup plus dirigiste et administrée, pour comprendre le mécanisme de détermination de la valeur de la monnaie nationale ainsi que l’anticipation de ses cours à venir en fonction des repères de cette banque et de ses politiques passées et à venir.

Ce qu’il faut saisir c’est que la création monétaire induite par un afflux de devises dans les caisses du pays ces dernières années, a été de l’ordre de 864% pour la monnaie fiduciaire en circulation et de 1560% pour la création générale entre 1998 et 2014.

Cette masse monétaire n’a pour contrevaleur à l’actif de la Banque d’Algérie que les réserves de change cumulées à la date de détermination du cours ; de ce fait, toute baisse de ces réserves induit automatiquement une réduction proportionnelle du cours de la monnaie locale, faute de pouvoir résorber la monnaie émise par élimination des comptes de réserves ou de liquidités inemployées.

On peut donc résumer la situation actuelle et celles à venir par une simple équation qui lie la valeur de la monnaie locale à une division de sa masse globale au passif des situations de la banque, par le montant global des réserves de change au moment de la détermination des cours, faute de compter sur une autre source de création de richesses exportables ou même internes pour contrebalancer cette érosion des réserves.

La Banque d’Algérie laisse-t-elle volontairement dégringoler le dinar pour faire face à un contexte de tarissement des avoirs en devises du pays ?

Comme décrit en réponse à la question précédente, il est clair que la Banque d’Algérie n’a aucun moyen de soutenir une fausse contrevaleur du dinar face à l’évidence et, dans notre cas, le maintien en l’état des réserves de change, par une réduction drastique des importations est la seule chance de maintenir la valeur actuelle du dinar, et cela semble très improbable vu le chemin pris depuis quelque années.

Le gros des paiements extérieurs restera en l’état, sinon le risque de gripper toute la machine économique et sociale du pays est grand.

Il faut savoir aussi que grâce à une orientation dispendieuse et improductive de notre économie, de larges pans de la population ne vivent que des retombées spéculatives sur les produits importés et les services créés en aval par cette même activité et ses bénéficiaires directs ou indirects.

Une bonne partie des recettes fiscales ordinaires de l’Etat provient aussi des importations ; les droits de douanes et la TVA sur importations représentent cumulés 42% de la fiscalité ordinaire de l’Etat.

Quelles sont les limites objectives de la politique actuelle du taux de change, basée depuis les années 2000 sur le calcul d’un taux de change effectif réel toujours à l’équilibre ?

Cette politique est une affirmation des responsables financiers du pays qui n’engage que leurs personnes et ils n’ont jamais apporté la preuve de l’existence d’une quelconque politique monétaire ayant comme corollaire une stratégie économique.

Dans les faits, les besoins des différents secteurs étatiques et publics en dépenses sont la pierre angulaire d’estimation de la masse en dinars à émettre sous toutes les formes permises en fonction du cours précédent de la monnaie nationale ; ensuite viennent les réajustements de nature à faire coller cette masse globale émise à la disponibilité en devises étrangères du moment.

La politique financière axée sur les dépenses publiques, qui se sont substituées à toute autre forme d’économie, dicte les besoins de tout un chacun ainsi que ses possibilités d’accès à une forme ou une autre de revenu de rente.

Et le rôle de la Banque d’Algérie consiste, dans les faits, à coller à ces décisions prises ailleurs pour faire cadrer la valeur du dinar avec les disponibilités et les recettes prévisibles du moment, tout en essayant d’augmenter les ressources fiscales diverses de l’Etat par des dévaluations qui sont des artifices comptables aux retombées aussi coûteuses économiquement qu’imprévisibles socialement et politiquement à moyen terme.

Quelles peuvent être, à terme, les conséquences de cette politique à la fois sur le pouvoir d’achat des citoyens et sur la compétitivité des entreprises locales ?

Pour les entreprises, cela va être un très mauvais cap à affronter si l’augmentation du coût des inputs se conjugue à la paupérisation de leur clientèle locale, première victime de ces dévaluations et de celles à venir.

N’oublions pas que le consommateur local, une fois soumis à l’effritement de son pouvoir d’achat, ne va pas forcément consommer national, mais consommer moins et moins cher.
Et vu la situation financière pas très brillante de la plupart de nos entreprises locales, il y a de quoi s’inquiéter.

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