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Ferhat Aït Ali. Économiste : «Cette mesure est prise pour dévier de la question majeure relative à la légitimité du gouvernement»

14 mai 2019 à 9 h 30 min

Le gouvernement vient de décider de la réhabilitation de la mesure liée à l’importation des véhicules de moins de trois ans. Quel sens donner à cette disposition dans la situation qui prévaut dans le pays ainsi que dans le secteur automobile aujourd’hui ?

Ce gouvernement, étant la continuité des précédents, inscrit sa démarche dans leur logique commune, qui conjugue l’errance juridique avec l’improvisation économique à des fins politiques. Personne ne l’ayant réclamée, cette mesure – qui n’a d’autre sens que celui de dévier de la question majeure relative à la légitimité de ce gouvernement et à son utilité dans la situation présente – est censée, dans l’esprit de ses concepteurs, susciter une adhésion des citoyens à son contenu et, par ricochet, à ses concepteurs.

L’argumentaire développé par le ministre du Commerce, face au silence de la ministre de l’Industrie, est des plus cocasses, surtout après l’argumentaire inverse en 2017, pour justifier le refus de la levée de l’interdiction de 2005, qui est une des marques de fabrique d’Ouyahia en matière d’improvisation et surtout de coups de force au profit des décideurs et nantis du moment.

Juridiquement, la levée de l’interdiction de l’importation de ce type de véhicules devrait passer par une loi de finances, mais le gouvernement passe outre cette obligation. Ceci prouve-t-il le caractère populiste de cette mesure ?

Les dispositions d’une loi ne pouvant être abrogées que par une autre loi, la seule lecture que l’on peut faire de cette projection du gouvernement Bedoui est que ce dernier n’est pas prêt à partir même après le 4 juillet, à moins de publier une loi de finances complémentaire rien qu’à cet effet dans jours prochains, et ce, durant la session parlementaire présente.

Ce qui serait assez curieux pour une loi de finances complémentaire sur laquelle personne n’a planché jusqu’ici, tout le monde étant branché sur la fréquence politique ces derniers temps.

Ou être perçu comme une sorte de message que la suite des événements se fera avec eux, quel que soit le cas de figure politique envisagé… Ce qui ne serait pas pour m’étonner, vu l’autisme qui les a caractérisés jusqu’ici, et ce, depuis des décennies durant lesquelles les bureaucrates locaux ont toujours considéré leurs bureaux comme le centre du monde réel et la société comme une charge annexe virtuellement manipulable. Sinon, je suis curieux de savoir comment ils comptent procéder pour donner corps à leur proposition dans les délais d’avant juillet.

L’argument avancé par les pouvoirs publics est de faire baisser les prix des véhicules neufs montés en Algérie. Est-ce là un argument qui tient la route ou est-ce tout simplement un aveu d’échec de toute l’opération de montage automobile en Algérie ?

Pour faire baisser les prix des véhicules neufs, il aurait suffi de fermer ces combines dénommées usines, de libérer l’importation de véhicules neufs pour les concessionnaires respectant un cahier des charges en réimposant les mêmes droits de douanes et la TVA, qui avaient cours avant cette aventure de «fausse industrie». Et manifestement, le gouvernement, pour des raisons qui restent à déterminer, veut maintenir et les avantages fiscaux et la formule actuelle, en compensant les manques à importer par cette autre formule qui ramène quand même l’argent dans les mêmes poches en fin de compte.

Par le truchement d’un mécanisme très simple et qui est le même depuis le début des surfacturations, soit en détaxant le produit chez certains, ce qui permet une surfacturation compensée en matière de prix final par les détaxes, et d’orienter le produit de la surfacturation vers le marché parallèle de la devise. Pour le vendre à ceux qui importent leurs voitures sous la formule du «sans paiement», et reste à savoir s’ils ne vont pas constituer des réseaux en Europe pour leur vendre eux-mêmes les voitures d’occasion, ce qui ne m’étonnerait pas avec cette vision du monde.

Dans les faits, un véhicule de moins de trois ans réel ne dépasse jamais les 40 000 kilomètres parcourus en Europe, et n’est jamais inférieur en prix de vente à 60% de sa valeur initiale, soit un véhicule de 20 000 euros à 12 000 euros, et comme il faut acheter les devises à 215 DA l’euro, s’il ne flambe pas, ou se retrouve avec un véhicule qui revient, à 82 000 DA de plus que son équivalent importé à coût égal par les concessionnaires, soit 60% plus cher en dinars.

Il reviendra donc au prix du neuf, et en y ajoutant les droits de douanes et la TVA, il sera plus cher que le neuf en Europe. Ce qui ne réduira pas le prix local du neuf, mais le justifiera même comme une bonne affaire, en zappant au passage le gap entre les deux cours de la devise et les taxes imposées aux citoyens et pas aux industriels préfabriqués de la filière.

Si on voulait vraiment faire plaisir au bon peuple, pourquoi ne pas lui permettre l’accès aux devises qui sont les siennes aussi, par transfert bancaire au cours officiel, du moment qu’on l’oblige à faire des transferts bancaires ? Ce serait plus juste, plus logique, et surtout de nature à casser les prix de moitié par rapport à la facture actuelle pour les même besoins même en euros. On pourrait ainsi importer 100 000 véhicules fiables à 1,2 milliard de dollars, en engrangeant une fiscalité douanière appréciable et en démontant les pièges des concessionnaires déguisés en industriels.

Mais je doute que les motivations du gouvernement soient de cet ordre. Il est dans la continuité de ce qu’il a toujours fait et la seule chose qu’il sait faire : permettre aux uns de se servir des autres et à leurs frais.

Quelles sont, à votre avis, les bonnes mesures à prendre qui seraient susceptibles de mettre fin à la situation de grand bazar que connaît ce secteur ?

Le grand bazar du secteur est une annexe du grand bazar national où tout semble marcher sur la tête, tant qu’on n’est pas arrivés à passer à autre chose en zappant, une bonne fois pour toutes, cette forme de gouvernance par le coup de force et le culot.

La première chose à faire étant justement de rétablir toute la taxation douanière et la fiscalité ordinaire sur les véhicules supposés montés, en arrêtant la mascarade, en rétablissant les précédents concessionnaires sans exception dans leurs positions et droits initiaux, en vue d’importer le plus normalement du monde, selon un cahier de charges de qualité et de fiabilité des véhicules, pour satisfaire les clients par le libre jeu de la concurrence.

La deuxième, qui urge, est de faire un audit des fameuses usines pour estimer le préjudice subi par le Trésor, l’économie locale et la clientèle algérienne en termes d’abus de position dominante acquise par le jeu des accointances politiques et non de la libre-concurrence.

Et pour l’industrie automobile, il n’appartient pas à ce gouvernement qui est la suite de ce qui s’est fait à l’encontre du pays comme gabegie, d’y apporter autre chose que son départ. C’est une fois installé un gouvernement issu d’élections propres ou de toute autre procédure qui échappe au contrôle de ces groupes, qu’on pourra penser à l’utilité, à la faisabilité ou à l’opportunité de lancer une industrie réelle dans ce secteur ou pas.

De toute manière, ce qui s’applique à cette activité s’applique de facto à toute autre activité touchée par les mêmes dispositions et dans la même optique, comme tout ce qui a été subventionné ou assisté dans ce pays au nom d’une industrie qui n’en a que le nom depuis 10 ans.

 


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