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Enquête

Fabriquées localement et les glucomètres : Les diabétiques sont-ils en danger ?

17 février 2019 à 9 h 45 min

Les diabétiques algériens sont-ils en danger à cause des bandelettes made in Algeria ? Les pharmaciens d’officine ainsi que les associations des diabétiques perçoivent chaque jour l’écho de cette inquiétude mêlée d’une colère légitime.

Il ne s’agit plus en effet d’un problème de disponibilité des bandelettes, comme c’était le cas il y a quelques mois, suite à la limitation des importations, mais plus grave encore. Il s’agit de la fiabilité des résultats livrés au malade par les dispositifs de surveillance de la glycémie, produits localement, entrés sur le marché national depuis l’été 2017 et devenus en quelques mois le seul choix proposé par les pharmaciens d’officine.

Check 3, fabriqué par Salem, à Sétif, et Diagno-Check, par NeoMedic à Constantine, sont déjà en vente et d’autres produits sont annoncés pour bientôt. Les marques foisonnent au grand soulagement du gouvernement qui se félicite de l’allégement de la facture d’importation. Mais l’Etat ne peut pas dormir tranquille et doit être attentif à ce qui suit. Car ici et là, on commence à crier aux faux résultats que donneraient ces dispositifs. Des incidents sont signalés aussi. «Un jour, j’ai reçu une malade qui mangeait du chocolat, croyant son lecteur qui affichait un taux normal de la glycémie.

Quand on lui a fait le test, on a découvert qu’elle était en hyperglycémie», raconte un endocrinologue de Constantine, qui pointe du doigt le dispositif local utilisé par sa patiente. Un autre praticien, exerçant au CHU Ben Badis, alerte aussi sur le «haut risque» que comporteraient ces dispositifs et raconte : «On m’a appelé récemment pour intervenir en urgence sur une malade qui avait fait une hypoglycémie sévère.

Après le questionnaire, j’étais intrigué par la cause de l’incident, alors j’ai fait la mesure sur place avec deux bandelettes différentes ramenées par un membre de sa famille, et j’étais sidéré de découvrir deux lectures avec un différentiel de 3 grammes.»

Les pharmaciens aussi se font l’écho, même discrètement, de cette nouvelle donne. Les quelques-uns qu’El Watan a visité à Constantine ont laissé découvrir leur malaise à vendre ces produits à leurs clients. «Tout ce qu’on peut faire à chaque fois qu’un client se plaint, c’est de lui changer la marque», regrette une pharmacienne installée à Bellevue. La phase transitoire évoquée par Hafed Hammou, l’ex-directeur général de la Pharmacie centrale, pour justifier les ruptures de stock, semble se prolonger avec ce problème de qualité des bandelettes.

Enjeu de santé publique

La bonne santé et la vie d’environ 4,5 millions de diabétiques algériens sont tributaires de la bonne prise en charge de leur pathologie, et pour ce faire, la surveillance de la glycémie est un acte vital qui exige la plus haute précision.

Quand elle est précise, la mesure du taux de glycémie permet au diabétique de mieux contrôler sa maladie et d’adapter en conséquence sa thérapie à travers son régime alimentaire ou par le dosage de l’insuline. Le système sanitaire algérien, et pour répondre à des impératifs économiques, a introduit de nouvelles mesures qui peuvent avoir une influence sur la qualité de la prise en charge des malades. Il y a environ une année, les autorités de la santé exhortaient les associations des malades «à substituer les appareils d’auto surveillance glycémique importés à ceux fabriqués localement et conformes aux normes internationales».

Une orientation qui emboîtait le pas à d’autres mesures prises par la CNAS en 2015, sous prétexte de «lutter contre le gaspillage qui lui, cause des préjudices financiers», notamment en limitant le remboursement à 50 bandelettes par trimestre pour les diabétiques de type 2, contre l’avis des médecins. La demande nationale s’élève à près de 13 millions de boîtes de bandelettes par an, soit un marché de 45 à 50 millions d’euros.

Mais face à l’enjeu économique, celui de la santé est plus grand et engage la responsabilité du gouvernement dont la démarche doit être sans faille. Si les arguments budgétaires invoqués pour justifier la nouvelle orientation se tiennent, en revanche cette parcimonie ne devrait pas s’installer au détriment de la qualité de la prise en charge. D’autant que face au doute qui s’installe sur ces bandelettes, le dispositif étatique de contrôle de qualité n’est pas probant.

Contrôle, le talon d’Achille

Interrogé par El Watan sur les alertes données par des malades et des professionnels sur la fiabilité des dispositifs, le PDG du groupe NeoMedic, M. Attoui, a rejeté en bloc les «insinuations», estimant que «ce sont des informations distillées par des concurrents malhonnêtes n’ayant pas pu obtenir des marchés après la suppression de l’importation.» L’argument est loin d’être farfelu, et le producteur constantinois, que nous avons visité, semble déployer les efforts nécessaires pour rendre son produit irréprochable, notamment en quêtant les certifications nécessaires (lire l’entretien).

Mais au fur et à mesure de notre avancement dans cette enquête, nous avons compris que si dysfonctionnement il y a, la responsabilité du gouvernement est largement engagée, du fait qu’il a lancé la production nationale dans la précipitation, oubliant d’établir les règles et la chaîne de contrôle en amont de cette production.

Seul le Laboratoire national de nontrôle des produits pharmaceutiques (LNCCP) s’occupe de surveiller certains aspects des installations et des procédés de fabrication. La responsable management-qualité chez NeoMedic, Sara Gamouda, a expliqué à El Watan, qu’en dehors des initiatives privées, l’État n’exige pas aux fabricants les certifications ISO, notamment la 15197 consacrée aux systèmes d’essais de diagnostic in vitro, et l’exigence relative au système d’auto surveillance de la glycémie, qui d’ailleurs avait imposé dans sa dernière version (2013), des exigences d’exactitude plus strictes et plus rigoureuses aux fabricants.

La même responsable souligne qu’aucun organisme certificateur ne prend en charge cette norme en Algérie et, plus aberrant, que le contrôle des produits importés avant reposait sur «la confiance» placée dans les laboratoires étrangers !

Comparée à l’industrie automobile, celle pharmaceutique, liée à la production des bandelettes réactives n’est pas une mystification en Algérie. Les plus sérieux tirent vers le haut et assurent déjà une grosse part de la demande nationale et en full-process (NeoMedic). L’entrée en activité d’autres fabricants, annoncée comme imminente, garantira l’autosuffisance avec en prime des perspectives d’exportation, offrant des gains considérables à l’économie nationale.

Certes, des tricheurs sans foi ni loi existent et profitent de l’Etat pour parasiter ce marché très juteux. Leurs capacités d’adaptation sont sans limite, contrairement aux institutions étatiques qui, dans le cas actuel en tout cas, ne sont pas prêtes et sont incapables d’aller aussi vite que ne le commande la situation et les exigences du passage du tout importé, au tout Made in Bladi.

 

 

Des chaînons manquants

Le gouvernement a lancé la production nationale dans la précipitation. En témoigne cette histoire de fabrication du glucomètre dont on ignore de quel ministère elle dépend. Chez NeoMedic, la production intégrée du glucomètre a été initiée en 2017, mais l’initiative a buté sur deux contraintes, pour le moins absurdes. «Quand on a déposé notre dossier, nous avons eu un agrément pour la production de la bandelette, mais pour le lecteur de glycémie, on nous a dit de nous adresser au ministère de l’Industrie ; quand on est parti au ministère de l’Industrie, ils ont dit que ce n’est pas de leur ressort puisqu’il s’agit d’un dispositif médical, et on nous a orientés vers le ministère de la Santé !», souligne le gérant de NeoMedic. Lors d’une visite sur site, Youcef Yousfi avait été sollicité sur cette question et avait promis de trouver une solution. Le laboratoire avait reçu par la suite deux commissions d’audit (santé et industrie) qui ont été saisies sur le même sujet, mais à ce jour, aucune suite n’a été donnée aux responsables du fabricant constantinois. Mieux ! Alors que l’importation du glucomètre est exonérée d’impôts, la fabrication et le montage sont soumis par contre à la TVA, et cette disposition a été reconduite dans la LF 2019, explique encore M. Bendakkiche

 

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