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Entre vide juridique, conflits d’intérêts et la politique : Le syndicalisme en quête de restructuration

10 février 2020 à 10 h 18 min

Au moment où l’Algérie vit au rythme d’un sursaut populaire qui bouclera bientôt sa première année, l’activité syndicale reste dénuée de mécanismes de force.

Une étude dévoilée, samedi, met à nu toutes les difficultés, les défis et les perspectives du paysage syndical représenté par 66 syndicats agréés.

Le marché du travail, l’islamisme syndical, l’UGTA, les syndicats autonomes en terminant par les divergences dans le milieu syndical et ses perspectives sont les principaux axes de cette étude, intitulée «Les syndicats en Algérie, histoire, état des lieux et scénarios» et réalisée par le sociologue Nacer Djabi et ses collaborateurs. «Nous avons aujourd’hui plus que besoin d’étude sur le militantisme syndical dans notre pays, qui reste très riche en histoire dans ce domaine. Nous avons voulu faire la lumière sur le maximum de zones d’ombre, notamment le renouvellement de la masse ouvrière et surtout sa maturité dans ce contexte sociopolitique très particulier», déclare M. Djabi.

Précarité de l’emploi et le privé

Cette étude exhaustive revient avec une analyse sur l’actualité du paysage syndical et surtout le marché du travail caractérisé par la précarité de l’emploi à travers des contrats de travail temporaires, l’instabilité du taux d’activité (41,9% en 2018), l’informel et l’absence de couverture sociale. Des conditions de travail très difficiles qui ne favorisent en aucun cas l’émergence d’une force syndicale. Même si elle est moins apparente dans le secteur public, cette précarité de l’emploi est bien visible chez les opérateurs privés. La représentativité syndicale chez ces derniers est quasiment nulle, selon l’étude.

Pour Nacer Djabi, cette situation est liée à la mentalité des chefs d’entreprise qui sont, selon ses propos, loin de comprendre l’utilité du dialogue et de la négociation. «L’employeur privé ne veut en aucun cas négocier ses parts.

Il est encore dans le capitalisme primaire qui conçoit ses objectifs en bénéfices sur le dos des employés. Diminuer les salaires, recruter dans l’informel, ralentir la roue du développement humain et dans la production sont les clés de la réussite managériale chez ces chefs d’entreprise.

C’est la raison pour laquelle ils refusent la présence de tout syndicat, de peur de se mettre en danger», souligne notre expert, qui estime que cette vision complètement fausse ne mènera qu’à la faiblesse du secteur privé, voire de toute une économie.

Selon l’étude, la représentation syndicale dans le secteur privé est marginale. Le taux de syndicalisation n’y dépasse pas les 5%, au moment où ce secteur s’érige, selon les derniers chiffres de l’ONS, en premier pourvoyeur d’emplois en Algérie grâce à plus de 1,2 million de PME et environ 4 millions de salariés.

M. Djabi incombe la responsabilité de cette situation à la centrale syndicale historique UGTA qui, malgré sa force et ses grandes potentialités, reste limitée en raison de sa bureaucratie syndicale, qui est étroitement liée aux intérêts du pouvoir politico-économique au niveau local et central. Selon les auteurs de cette étude, la tenue d’un congrès extraordinaire témoignant de la volonté de redressement au sein de cette grande centrale syndicale serait la première solution à engager.

Autonomie syndicale et entraves

En parallèle à l’UGTA, Nacer Djabi et ses collaborateurs sont revenus sur le poids très important des syndicats autonomes. Très nombreux dans certains secteurs, tels que l’éducation qui compte 15 syndicats et la santé qui en a une dizaine, ces organisations ont profité de la déviation et la faiblesse de l’UGTA pour dominer le secteur public. Leur moyen de protestation favori reste la grève. Durant la période 2005/2010, on compte 1142 jours de grève, en majorité par les syndicats.

On notera que 48,2% des grèves n’ont duré qu’une journée, alors que 20,7% ne dépassaient pas les six jours. Toutefois, ils restent victimes de divergences de visions et de conflits de leadership. Ce n’est pas tout, puisque le manque de formation, les entraves politiques et les vides juridiques contribuent à l’affaiblissement de ce tissu syndical.

Exemple patent : l’absence de reconnaissance officielle de la Confédération des syndicats algériens (CSA). Elle n’active actuellement que sur la base de conventions internationales ratifiées par l’Algérie. Dans ce sens et face à la pression de l’OIT, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale avait lancé, en juillet dernier, un chantier de révision de la loi 90-14 relative aux modalités d’exercice du droit syndical. Cette loi devrait justement lever plusieurs contraintes, dont la création de confédérations. L’avancée de ce projet de loi n’est toujours pas connue.

Nacer Djabi et ses collaborateurs n’ont pas omis de revenir sur le passé, notamment l’ère du pluralisme politique et syndical au début des années 1990. Une période marquée par la montée de l’islamisme politique et l’influence de l’ex-FIS qui avait créé à l’époque sa propre confédération syndicale, le SIT, qui regroupait plusieurs ligues sectorielles.

L’étude insiste sur cette période qui a marqué l’histoire du radicalisme syndical en Algérie, les efforts du leader de l’UGTA, à cette époque, le défunt Abdelhak Benhamouda, afin de contrer cet extrémisme, son assassinat puis son remplacement par Abdelmadjid Sidi Saïd.

Pour les auteurs de cette étude, ces événements sont ancrés au cœur du mouvement syndical d’aujourd’hui, où l’islamisme reste présent mais sans être aussi radical qu’il l’était dans les années 1990. Ils estiment à la fin que l’évolution du champ syndical demeure tributaire de l’évolution politique globale, qui reste ouverte à tous les scénarios.

Asma Bersali

 

 

Clés

66 syndicats agréés

41,9% de taux d’activité en 2018

5% de représentativité syndicale pour 4 millions de salariés chez le privé

1142 jours de grève entre 2005 et 2010

48,2% des grèves d’une seule journée

20,7% des grèves n’ont pas dépassé les 6 jours


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