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lundi, 30 novembre, 2020
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Gestion des flux migratoires subsahariens : Entre le défi de la sécurité et l’obligation de respect des droits humains

25 octobre 2020 à 11 h 50 min

Le phénomène des migrants subsahariens clandestins réoccupe la scène médiatique, avec la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos montrant des scènes poignantes de personnes placées dans des centres de regroupement loin de répondre aux conditions humaines de prise en charge, en attendant leur refoulement. Menées depuis près d’une année, les opérations de rapatriement volontaire n’ont pas pour autant empêché le flux de nouveaux migrants, atteignant depuis le début de la crise sanitaire les 30 000 personnes.

Des images choquantes de Subsahariens entassés dans des campements de refoulement à Oran, sans la moindre condition de vie humaine, et accompagnées de témoignages poignants ont fait le tour des réseaux sociaux.

Arrêtés dans des chantiers, dans la rue ou tout simplement dans leur lieu de résidence, les migrants de plusieurs nationalités racontent dans leur majorité avoir été «embarqués de force» par les services de sécurité, puis placés dans ces campements, sous surveillance policière, en attendant leur refoulement vers le Niger.

Le phénomène des migrants clandestins qui affluent des pays du Sahel et sa gestion par les autorités algériennes continuent de susciter les réactions des ONG internationales.

Malgré la fermeture des frontières en raison de la propagation de la pandémie de la Covid-19, le nombre de migrants n’a pas pour autant baissé. Bien au contraire, il a sensiblement augmenté, suscitant des inquiétudes, notamment avec l’explosion des cas de malaria en provenance du Mali et du Niger.

D’importants moyens ont été déployés pour prendre en charge les populations en détresse qui remontent vers l’Algérie, notamment des centres de prise en charge sanitaire, vaccination, hospitalisation et soins au niveau des frontières avec le Mali, notamment, mais aussi le Niger.

Au nord du pays, de nombreuses villes ont vu, ces derniers mois, l’arrivée de plusieurs groupes de nouveaux migrants, parmi lesquels des femmes et des enfants.

Les autorités officielles avancent le nombre de 30 000 migrants ayant rejoint l’Algérie depuis le mois de mars dernier, qui coïncide avec le début de la pandémie de la Covid-19. Ce qui a poussé les autorités à prendre des mesures de rapatriement.

Piégés par la fermeture des frontières

L’été dernier, avec la coopération de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la première opération de retour volontaire a été organisée pour rapatrier 114 migrants illégaux originaires de Côte d’Ivoire, de Guinée, du Mali et du Liberia. Dans son communiqué, l’organisation onusienne avait affirmé que «la pandémie de coronavirus a compliqué encore un peu plus le quotidien des migrants qui vivent en Afrique du Nord.

La difficulté à trouver du travail a eu pour conséquence la dégradation de leurs conditions de vie, déjà précaires. De plus, la fermeture des frontières les empêche de poursuivre leur route, la plupart d’entre eux ayant pour but de rejoindre l’Europe».

Répondant à une question des députés sur «l’arrivée massive» de migrants des pays du Sahel en Algérie, le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, a déclaré que l’Algérie a adopté «une stratégie en mettant un plan de travail pour la lutte contre l’immigration clandestine qui est en respect des accords et des conventions internationales qu’elle a signés, notamment celle liées au respect des droits de l’homme et à sa dignité», précisant : «Nous avons veillé à ce que ce dossier garde l’aspect de l’intérêt national et les relations que nous avons avec les pays voisins.

Pour cela, nous avons mis en place une commission mixte sous la tutelle de notre ministère, chargée de suivre ce dossier et une enveloppe financière importante lui a été consacré pour couvrir les frontières sud du pays». Le ministre a évoqué l’existence de 44 nationalités, dont la grande majorité des migrants arrive du Niger et est constituée de plusieurs réseaux qui traversent les larges frontières du sud du pays.

Cette déclaration est intervenue juste avant le communiqué, du 9 octobre dernier, de l’ONG américaine des droits de l’homme, Human Right Watch, dans lequel elle dénonce les conditions «inhumaines», dans lesquelles les migrants subsahariens sont placés dans des centres puis renvoyés à bord de bus et de camions vers la frontière pour être refoulés.

«Le 3 octobre, l’Algérie a expulsé 705 adultes et enfants de 18 nationalités différentes vers le désert, puis a renvoyé de force 957 Nigériens à bord d’un convoi vers leur pays le 5 octobre, et enfin a expulsé 660 personnes de 17 nationalités vers le désert le 8 octobre, selon des travailleurs humanitaires au Niger.

Lors de ces rafles, des migrants et des demandeurs d’asile ont été détenus dans des postes de police, des centres de rétention et des camps. Beaucoup ont été transportés en bus vers le sud – souvent à Tamanrasset, à 1900 kilomètres d’Alger – et y ont été retenus pendant des jours ou des semaines, puis expulsés. Alors que les convois de passagers nigériens sont liés à un accord bilatéral de 2014, il n’en va pas de même pour les expulsions massives de groupes mixtes.»

L’ONG fait état de témoignages de migrants sous le couvert de l’anonymat ayant fait l’objet de ces opérations de refoulement, parmi lesquels un groupe de «Yéménites tous des demandeurs d’asile enregistrés auprès du HCR, qui ont été détenus dans un centre administré par le gouvernement à Dély Ibrahim, à Alger, depuis leur arrestation pour ‘‘entrée illégale’’ en décembre 2019.

Ces individus ont déclaré craindre pour leur vie s’ils étaient contraints de retourner dans le pays d’origine, ravagé par la guerre (…) Parmi les 3400 migrants expulsés par l’Algérie entre le 5 septembre et le 8 octobre 2020, environ 1800 étaient des Nigériens reconduits dans leur pays d’origine dans des convois ‘‘officiels’’, tandis que plus de 1600 personnes d’au moins 20 nationalités différentes, pour la plupart des ressortissants d’Afrique de l’Ouest et Centrale, ainsi que 23 Soudanais, deux Somaliens, deux Erythréens, deux Mauritaniens, un Pakistanais et un Libyen, ont été abandonnés en plein désert à la frontière, selon des organisations humanitaires (…)».

Entre les déclarations des uns et des autres, l’arrivée massive de migrants clandestins dans le pays, et au-delà de son caractère humanitaire qui interpelle les consciences, il n’en demeure pas moins que ce phénomène pose un véritable problème de sécurité au niveau des frontières.

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