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En intimité chez Krim Belkacem

02 novembre 2018 à 0 h 00 min

C’est lui l’homme qui a signé l’acte d’indépendance de l’Algérie aux Accords d’Evian. A cette époque, il était le seul membre des six qui ont déclenché le 1er Novembre encore en vie et non prisonnier, mais également en sa qualité de vice-président du GPRA. Visite guidée au musée de Krim Belkacem qui se trouve aujourd’hui dans un état déplorable. Reportage.

Commune d’Ath Yahia Moussa, à environ 30 km au sud-ouest de Tizi Ouzou. 11h du matin. Dans la modeste pièce de la maison de Krim Belkacem, qui a accueilli la réunion des cadres de la Révolution pour préparer la bataille du 6 janvier 1959, il fait noir sombre. C’est sur les bancs en ciment qui longent la pièce des deux côtés que se sont retrouvés, le 4 janvier 1959, le colonel Amirouche et son staff, Si M’hamed Bougara, le commandant Azzedine, Omar Oussedik de la Wilaya IV.

Motif de cette réunion : discuter de la bataille du surlendemain. Malheureusement, l’armée française a eu vent de cette réunion. «Elle savait également que tous les cadres de la Révolution de la wilaya III et les commandants des autres wilayas seraient présents. Dans la nuit, ils ont aperçu des feux, de la lumière. Ils se sont rapidement rendu compte qu’il y a eu une fuite. Quelqu’un les avait balancés !», confie Arezki Krim, frère de Krim Belkacem.

Les cadres ont alors pris la fuite. Ils ont emprunté les raccourcis vers la commune de Boumahni, dans le Djurdjura. Lors de cette bataille, 385 personnes ont trouvé la mort. D’ailleurs, dans le carré des martyrs qui leur est consacré, on retrouve les 385 tombes, plus 4 nouvelles. «Nous y avons enterré 4 personnes il y a 3 mois environ. Nous avons retrouvé leurs ossements et les avons déplacés», affirme Amar Hami, fils de chahid. Sur place, l’endroit est complètement délaissé. «De nombreuses tombes sont détruites. D’autres ne portent pas de nom. C’est désolant de voir les tombes de ces héros dans cet état», se désole Hacen Oudni, fils de Aomar Oudni, alias Si Moh Nachid.

D’ailleurs, se dernier raconte que le 5 mars 1959, il y a eu une autre bataille. «La France voulait se venger. Lors du combat, mon père a été gravement blessé», confie-il. A côté de cette pièce, une porte donne accès sur une cour. Plus jeunes, au moment du dîner, ils se retrouvaient ici avec Krim Belkacem, ses frères et son père. «On se rassemblait autour d’une table. Le tapis faisait office de chaises», se souvient Arezki Krim. La cour donne sur deux chambres, celles des frères aînés de Belkacem, Mohamed et Saïd. L’agencement des chambres est typiquement kabyle ancien.

On retrouve l’endroit où étaient rassemblés les animaux de la famille. Au fond, un grand «distributeur» de ravitaillement et en hauteur ce qu’on appelle «Thaârichth». Un emplacement en hauteur pour les «chefs de famille». A l’intérieur de celles-ci, quelques meubles très anciens, à l’image d’un coffre sculpté. Une vraie antiquité qui doit valoir cher en ces temps présents. «Dedans, on cachait les fusils et autres armes», confie Arezki Krim. Pour accéder à la chambre de Belkacem, il faut monter 5 marches. Au bout, la porte d’entrée fait moins d’un mètre de large.

La pièce de 12 m carrés est pratiquement vide. Seuls une tête de balai suspendu sur le mur et un tout petit miroir encastré. Au fond de la chambre, une trappe pour s’enfuir si besoin. «C’est ici que son fils Ahmed a grandi», raconte Arezki Krim. Ce dernier ajoute : «Qui aurait cru qu’un jeune sorti d’une chambre si modeste signerait les Accords d’Evian quelques années plus tard ?». Aujourd’hui, la maison est complètement délaissée… abandonnée. «Dans la maison, rien n’a changé. Aucune restauration, rien. Personne ne vit ici».Vrai. A l’intérieur, on se croirait dans un livre d’histoire. ça sent l’histoire. «J’habite à Draâ Ben Khedda. J’ai 3 chambres à l’ abri. Je ne peux pas laisser ma femme et mes enfants pour venir m’installer ici», se désole Arezki. On ressort de la maison ou a grandi Krim Belkacem.

On rentre dans la maison attenante, celle de ses grands-parents ; cette bâtisse abrite désormais son musée. «C’est ici que Belkacem est né. Ce n’est qu’après que mon père a construit notre maison à côté», se rappelle Arezki Krim. «Le jour de sa naissance, quelqu’un est parti chercher mon père au café pour lui annoncer sa naissance, il lui a dit : ‘‘Ami, vous avez un nouveau fusil», confie-t-il. Sur le mur, plusieurs photos accrochées, dont celle du capitaine Rabah Krim, frère de Belkacem. Il était boxeur en France.

Il a assumé la responsabilité de la zone 4 durant une année pratiquement. Il est décédé en 1960. «La wilaya III était divisée en 4 zones. La zone 4 était la plus dangereuse. On l’appelait la zone ‘‘Allah yerham’’», raconte Hacen Oudni, fils de Si Moh Nachid, compagnon de Krim Belkacem. D’ailleurs, Aomar Oudni, alias Si Moh Nachid, a également rejoint le maquis en 1947 avec Krim Belkacem. Il n’a jamais été attrapé. Après l’indépendance, il était député à la première Assemblée constituante. «Après le premier mandat, il a décidé de céder sa place aux intellectuels, expliquant que l’Assemblée devait compter des intellectuels politisés et non des baroudeurs.

Il a alors été nommé secrétaire général de la wilaya de Tizi Ouzou de l’ONM. Il était parmi les 3 premières personnes reçues par le président Chadli à obtenir le diplôme de cadre supérieur de la nation. Il est décédé en mars 2001 à Aïn Naâdja à la suite d’une longue maladie et un infarctus du myocarde. On lui a proposé le 6 mars 2001 de se faire opérer en France. Chose qu’il a catégoriquement refusée. Il est enterré dans le jardin de sa maison», confie son fils.

Aujourd’hui, son fils Hacen demande de manière officielle à ce qu’on lui remette à titre posthume la médaille du Mérite national : «Il était prévu qu’on me la remette le 31 octobre 2003. Finalement, le service du protocole aurait oublié de m’inviter pour rentrer dans la salle. Ould Abbès, ministre à l’époque, m’avait promis qu’elle me sera remise durant l’année en cours. 15 ans plus tard, je n’ai toujours rien reçu. Je n’ai pas demandé de pension, ni de logement. Seulement le droit absolu de mon défunt père.». Quelques photos «souvenir» décorent les murs de la pièce.

On peut y voir celle de Arezki Krim, brûlé jusqu’aux os au napalm : «J’étais aux frontières tunisiennes quand j’ai été blessé. J’avais des brûlures du 3e degré». Une photo familiale du père et de ses enfants trône aussi dans la pièce, ainsi que des photos des différentes sorties diplomatiques de Belkacem à l’étranger : en Libye, en Chine ou encore en Yougoslavie. «Pourquoi on ne retrouve pas l’histoire de Krim Belkacem dans les livres scolaires, alors que c’est lui qui a porté la diplomatie algérienne à l’étranger ?», s’interroge son frère Arezki. Deux chambres attenantes sont la suite du musée.

Le plafond est sérieusement endommagé. Les tuiles sont très anciennes. «Le plus grand nombre de photos est caché dans des cartons. On ne peut malheureusement pas tout exposer car les infiltrations d’eau pourraient tout endommager», explique Arezki Krim. Selon lui, le wali s’est rendu à plusieurs reprises au musée, mais malheureusement rien n’a jamais été fait. «Personne n’a cherché après le musée de Krim Belkacem. Seule Khalida Toumi, quand elle était encore ministre, a aidé pour la construction et la restauration.

Depuis son départ, c’est silence radio», assure-t-il. «Normalement, cet endroit devrait accueillir des écoliers et des étudiants afin qu’ils en sachent plus sur l’histoire du pays. Les autorités devraient organiser des excursions au profit des enfants», propose Arezki Krim. Plus bas, à la mairie de la commune, se trouve la liste des martyrs de la commune.

Devant le nom de Belkacem Krim, il n’y a pas de date. La raison ? «Il n’est pas tombé au champ d’honneur. Lui, il a été assassiné», explique son frère. En face, la statue de Krim Belkacem y est également. Le seul hic : «la statue, réalisée en résine et patinée en bronze ne ressemble pas à Krim Belkacem», assurent ses proches. «Comment peut-on réaliser une statue dun homme d’une telle envergure dépourvu de bras ?» se demande Amar Hami, fils de chahid.

Ath Yahia Moussa, un rapide tour d’horizon nous renseigne sur l’état de la commune. Ses habitants se plaignent d’ailleurs des conditions de vie: «Le seul hôpital qui existe dans la région se trouve à Draâ El Mizane ou à Draâ Ben Kheda. Idem pour les stations d’essence». «En 1947, Krim Belkacem disait qu’après l’indépendance, la commune de Ath Yahia Moussa sera la dernière à être raccordée au gaz et à l’électricité. Que ça sera l’une des communes les moins considérées et ses moudjahidine qui seront toujours en vie seront soit tués ou jetés en prison. Une vision prémonitoire vu que 70 ans après ses déclarations, la commune est toujours délaissée et lui assassin黸confie M. Djebbouri.

A cet effet, Chetabi El Hocine, chef nahya confie : «Cette zone a beaucoup souffert. Hommes, femmes, enfants, vieux. La France a tué ce village. Elle a commencé en 1945. Puis en 1947, quand Krim a rejoint le maquis avec un groupe, le village a été détruit. ça a commencé avec les gendarmes et la sûreté, puis ce sont les rebelles et les hors-la-loi», conclut-il.


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