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Émeutes dans plusieurs quartiers : Biskra, une ville sous tension

29 août 2019 à 10 h 05 min

Dénonçant les inégalités sociales, la dégradation inexorable de leurs conditions de vie et l’inertie et la sourde oreille des autorités locales, des groupes de jeunes des quartiers de la ville de Biskra bloquent, depuis samedi dernier, la circulation routière en obstruant les grandes artères avec des pneus enflammées et divers autres objets, au grand dam des automobilistes et des usagers de l’espace public empêchés de vaquer à leurs occupations routinières, a-t-on constaté.

Ainsi, l’avenue Zaâtcha, en plein centre-ville, les cités populaires d’El Alia, El Boukhari, Beni Morah, El Haouza, Dhalaâ, Trig Lemcid, Haret Triciti et Jaouda sont constellés de feux alimentés par des jeunes à la colère exacerbée. Les jeunes de ces quartiers portant les stigmates d’une insurrection avec des barricades improvisées et des colonnes de fumée polluant l’atmosphère revendiquent tous une vie meilleure, plus d’équité dans la distribution des postes de travail et des logements, du courant électrique de bonne qualité et enfin d’être entendus et écoutés par les responsables administratifs et élus de la ville de Biskra.

«Comme si nous n’existions pas, aucun responsable ne daigne se présenter devant nous. La persistance de la révolte des jeunes dont beaucoup sont des pères de famille ne les concerne en rien. Biskra est devenue une jungle peuplée de gens sans foi ni loi, où les personnes en situation précaire sont oubliées. Les poubelles s’amoncellent dans la ville, les routes sont truffées de nids-de-poule et de crevasses, l’eau manque et l’électricité a fait des siennes cet été. La jeunesse est marginalisée et les fléaux sociaux prennent des proportions alarmantes. Beaucoup de jeunes, de pères et mères de famille vivent aux crochets de leurs parents. Nous voulons des conditions de vie dignes et respectables. Est-ce trop demander ?» a confié un protestataire rencontré à Haret Triciti. Outre les routes bloquées par les manifestants qui se sont donné le mot via les réseaux sociaux, des jeunes chômeurs paralysent l’agence de l’emploi située à Haï Courses. Après avoir déployé à l’entrée de la wilaya des banderoles et des affiches portant leurs revendications, d’autres personnes dans le désarroi y ont campé nuit et jour.

DES JEUNES INTERPELLÉS

La Reine des Ziban ne vit pas ses meilleurs moments, est-on enclin à penser. En application d’un ordre de réquisition de la force publique décidé par Ahmed Kerroum, wali de Biskra, les groupes d’intervention antiémeute de la sûreté de Biskra sont intervenus, mardi soir, pour dégager les voies publiques. Selon une source fiable, une dizaine de jeunes a été arrêtée pour des faits de troubles à l’ordre public et atteinte à corps constitué lors de petites échauffourées survenues entre forces de l’ordre et manifestants. En visite de travail et d’inspection dans la wilaya, Mohamed Arkab, ministre de l’Energie, a effectué mardi dernier au moment où la ville était saisie par tant de troubles une tournée des infrastructures et chantiers relevant de son secteur.

A Chegga, dans la commune d’Oumache, située à 20 km au sud de Biskra, où est implantée une immense centrale électrique en cycle combiné employant des dizaines de travailleurs, le ministre a reçu un groupe de jeunes chômeurs et de travailleurs qui ont pu lui expliquer les causes de leur dépit, leur désespoir et leurs récriminations, rapporte-t-on. «En contradiction avec les textes de loi, des travailleurs à compétences égales et étrangers à la région sont recrutés alors que nous sommes laissés de côté. Entre l’Anem, le bureau de recrutement des entreprises vers lesquelles nous sommes dirigés, il n’y a aucune coordination. Sachez, M. le ministre, que des attestations de résidence de complaisance sont délivrées à ces travailleurs contre des sommes conséquentes et que le népotisme et le clientélisme règnent en maîtres dans le secteur du travail. Si nous avons des droits dans ce pays, nous les réclamons pacifiquement», a lancé un jeune au visage émacié par les longues heures d’exposition au soleil, devant les portes de la centrale électrique pour y être recruté.

«Même les droits des travailleurs sont bafoués. Nous demandons l’intervention de l’Inspection du travail et la révision des conventions et des cahiers de charges des entreprises privées et étrangères exerçant en Algérie dans le secteur énergétique», a ajouté un autre jeune.

DES MESURES POUR RÉNOVER LE RÉSEAU ÉLECTRIQUE

En réponse, le ministre a expliqué à ses interlocuteurs que toutes leurs préoccupations seront prises en charge dans un cadre légal avec l’aide et le soutien du wali de Biskra, ne ménageant pas ses efforts pour «inciter les entreprises à recruter en priorité les jeunes de la région», a-t-il souligné. Concernant les coupures de courant électrique qui ont commencé à partir de Haï Remaïche, ce cycle de protestation populaire qui s’est développé comme une traînée de poudre à travers tous les quartiers où les habitants se sont mis à demander le départ des responsables locaux, le ministre a expliqué que cette situation était due à la conjugaison de plusieurs facteurs. «C’est la surconsommation du courant électrique provoquée par des pics de chaleur jamais enregistrés auparavant et le mauvais état du réseau de distribution qui ont provoqué ces pannes. Avec la réalisation de 8 postes de transformation électrique dont 4 sont fonctionnels et la réfection progressive du réseau de distribution, Biskra sera prémunie contre les chutes de tension et les coupures intempestives. Nous allons lancer une campagne d’envergure pour une rationalisation effective de la consommation électrique, développer le recours à l’énergie solaire et poursuivre l’exploitation du pétrole conventionnel et ses multiples dérivés. L’Algérie est un membre influent de l’OPEP menant un combat pour offrir à sa population des sources d’énergie à bas prix et augmenter ses ressources issues de l’exportation des produits pétroliers», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Hier, un calme précaire régnait sur la ville de Biskra, où la rentrée sociale et scolaire s’annonce des plus chaudes.


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