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Elles ont dit

08 mars 2017 à 12 h 00 min

– Eveline Lavalette – Safir  : Le rêve d’une «société douce et fraternelle, moderne, organisée»

Eveline Lavalette est née en 1927 à Rouiba. En 1951, elle adhère à l’Association de la jeunesse algérienne pour l’action sociale (AJAAS).
Composée d’Algériens de toutes origines religieuses : catholiques, protestants, juifs, laïcs et musulmans, son but est l’éducation des jeunes.
Elle découvre les conditions de vie des populations rurales «indigènes». En 1955, elle rejoint les rangs du Front de libération nationale (FLN) et elle participe par le biais de l’AJAAS à l’impression semi-clandestine d’une revue pro-FLN dénonçant les injustices du colonialisme.

Peu après, elle s’engage dans le FLN comme agent de liaison. En 1956, elle participe à l’impression du premier numéro du journal clandestin El Moudjahid, l’organe officiel du FLN. Elle dactylographie pour le même journal un document sur le Congrès de la Soummam, l’appel à la grève des étudiants de février 1956 et la lettre d’Ahmed Zabana à ses parents, guillotiné en juin 1956. Arrêtée le 13 novembre 1956 par la police française, torturée, détenue à la prison d’Oran de 1956 à 1957, ensuite à Orléansville (Chlef), puis à la Centrale de Maison-Carrée (El Harrach), elle est libérée en 1959.

A l’Indépendance de l’Algérie, elle est élue à l’Assemblée constituante, puis à la première Assemblée nationale en 1964. Elle participe à l’étude et la mise en place du système éducatif algérien. En 1967, elle épouse le journaliste Abdelkader Safir. Elle a publié en 2013 une autobiographie aux éditions Barzakh Juste Algérienne, comme une tissure. Elle a vécu à Médéa jusqu’à son décès, le 25 avril 2014 et inhumée à Alger, au cimetière chrétien de Diar Essâada (El Madania). Jusqu’à son dernier souffle, Eveline rêvera d’une «société douce et fraternelle, moderne, organisée, qui se souviendra de l’essence de l’appel du 1er Novembre 1954 et de la plateforme de la Soummam, société qui avancerait au gré des paramètres du XXIe siècle».

– Zoulikha Bekaddour : Indomptable rebelle

Zoulikha Bekaddour est née en 1934 à Tiaret et a grandi à Tlemcen. Elle s’engage dans le combat pour le recouvrement de l’indépendance du pays, en octobre 1955, alors qu’elle est étudiante à Alger. Membre du bureau de l’Ugema qui, le 19 mai 1956, avait appelé les étudiants (et lycéens) à rejoindre la Révolution, elle entre en clandestinité et travaille sous les ordres de Hadj Benalla, chef-adjoint de l’ALN-FLN de la Wilaya V, assurant le secrétariat et les liaisons dans la ville d’Oran, puis avec Alger.

En novembre 1956, elle est arrêtée, subit la torture et les interrogatoires «de jour comme de nuit». Elle sera incarcérée à Oran, puis à la prison centrale de Maison-Carrée, à Alger. Elle est libérée deux ans plus tard. Elle est expulsée du territoire national, au cours de l’année 1960 et, après un détour par Paris et Lausanne, elle rejoint Tunis où elle reprend ses études. De 1961 à mars 1962, Zoulikha Bekaddour est chargée par le FLN de porter «la voix de la femme algérienne et la lutte des Algériens», à l’étranger.

Elle rentre en Algérie le 4 juillet 1962. De 1965 à 1986, elle est conservatrice en chef de la bibliothèque universitaire d’Alger. Dans un livre autobiographique paru aux éditions Koukou, qui dit toute sa révolte, «ils ont trahi notre combat», Zoulikha Bekkadour précise que «plus qu’un récit, ce livre est un réquisitoire contre celles et ceux qui, sans état d’âme, n’entendent ni le langage du cœur ni celui de la raison». Dès le début de son témoignage, elle écrit : «Je n’ai aucun penchant pour les poncifs, mais je ne peux m’empêcher de dénoncer la mascarade du dictateur austère en mal d’identité qui a usurpé les noms de deux saints d’Oran et de Tlemcen.»

Elle décide de sortir du silence «pour que cesse la mascarade entretenue par un code ‘‘infamant’’ qui réduit la femme au rôle d’éternelle mineure». De plus, ajoute-t-elle, les hommes et les femmes, engagés dans la Révolution, n’ont pas combattu le colonialisme «pour tolérer l’autoritarisme d’une caste investie d’une souveraineté despotique, injuste et cruelle, qui use et abuse de son pouvoir». Et dans ce «contexte détestable, tout est bafoué, les personnes, les lieux qui symbolisent notre lutte exemplaire pour la liberté».

– Alice Cherki : Le choix de l’entre-deux

Née en 1935 à Alger dans une famille juive, Alice Cherki a collaboré avec Frantz Fanon en Algérie, puis en Tunisie et participé activement à la lutte pour l’Indépendance de l’Algérie. Psychiatre,  psychanalyste et essayiste, elle est coauteure de Retour à Lacan ? (Fayard, 1981) et Les juifs d’Algérie (éditions du Scribe, 1987). Dans son dernier ouvrage  Mémoire anachronique.

Lettre à moi-même et à quelques autres  (éditions Barzakh, 2016) Alice Cherki retrace son enfance et son adolescence à Alger. «Nous sommes dans les années cinquante : très vite engagée en faveur de l’indépendance de l’Algérie, elle rencontre des gens hors du commun, en particulier Frantz Fanon, dont elle publiera un portrait.

Entre France et Algérie, entre présent et passé, le parcours de cette femme de conviction se tisse inextricablement et nous emmène dans un voyage unique, et passionnant», note l’éditeur. Elle a publié plusieurs articles portant sur les enjeux psychiques des silences de l’histoire. Elle vit à Paris depuis 1965 et retourne fréquemment en Algérie.


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