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mardi, 27 juillet, 2021
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Le plan de sauvetage du complexe sidérurgique compromis

El Hadjar en faillite

14 janvier 2021 à 11 h 00 min

Toutes les mesures d’austérité, notamment la mise en fin de contrat d’un total de 283 retraités d’ici le 31 mars prochain, la rationalisation des dépenses, les multiples opérations d’exportation, n’ont pas été d’un grand secours face à de très lourdes charges, générées aussi par un passif contraignant d’ArcelorMittal Algérie (AMA) après son départ.

D’ici un mois, le complexe Sider El Hadjar fermera ses portes. Annonçant une faillite, cet inattendu verdict est prononcé par les dirigeants de l’usine, qui fait face à une agonisante crise de trésorerie.

«Le complexe n’a plus les moyens financiers pour approvisionner sa principale installation, le haut-fourneau n°2, en coke dans le but d’assurer la production de la matière première, la fonte liquide, sachant qu’une cargaison de 50 000 tonnes de coke, qui couvre à peine 40 jours d’autonomie, vaut deux milliards de dinars», estime Réda Belhadj, le directeur général de Sider El Hadjar.

Ce que confirme, de son côté, Mme Labiod, la présidente du conseil d’administration (CA) de Sider El Hadjar, en précisant : «A ces deux milliards de dinars, il faut ajouter une caution de 10% lors de l’ouverture d’une lettre de crédit à l’effet de permettre la couverture financière des surplus de la marchandise. Il faut aussi garantir, parallèlement, une masse salariale de quelque 660 millions de dinars par mois, soit huit milliards de dinars/an.» En apprenant cette mauvaise nouvelle, les sidérurgistes, plus de 6200 au total, ont été choqués.

Dans l’expectative, ils s’en remettent au président de la République à l’effet de débloquer cette situation dont, le cas échéant, les conséquences sociales seront incontrôlables.

Telle une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête du complexe, la menace de faillite est réelle. Toutes les mesures d’austérité, notamment la mise en fin de contrat d’un total de 283 retraités d’ici le 31 mars prochain, la rationalisation des dépenses, les multiples opérations d’exportation n’ont pas été d’un grand secours face à de très lourdes charges, générées aussi par un passif contraignant d’ArcelorMittal Algérie (AMA) après son départ.

«Saviez-vous qu’on a procédé au bridage de notre haut-fourneau pour qu’il ne produise pas beaucoup de fonte liquide ? Cette mesure était indispensable, car les capacités de transformation des unités en aval sont limitées. D’où l’obligation d’engager notre plan de développement pour accueillir davantage de matière après la libération de la production du haut-fourneau», insiste le directeur général de Sider El Hadjar.

Blocage

Et pourtant, la solution existe et l’Etat ne devrait même pas débourser un seul centime pour que les installations de Sider El Hadjar tournent toujours et mieux.

A vrai dire, Sider El Hadjar dispose de son propre fonds pour engager la 2e phase de son plan de développement (PLD), présenté en juillet dernier au Premier ministre Djerad et au ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali.

Bien que ces derniers aient donné, respectivement, leur aval, plus de 46,5 milliards de dinars de Sider El Hadjar sont toujours bloqués.

«Dans le cadre de son plan de développement, Sider El Hadjar bénéficiait, depuis la première phase, du régime dérogatoire de la convention d’investissement, relative au développement de l’investissement pour la réhabilitation et l’extension du complexe sidérurgique d’El Hadjar. Par cette convention, établie avec l’ANDI, Sider El Hadjar profitait des exonérations en matière de franchise de droits et taxes et tout autre prélèvement à caractère fiscal», a expliqué la présidente du CA de Sider El Hadjar. Cependant, la convention initiale avait expiré et avait été renouvelée une fois.

Cette dernière a encore expiré fin 2019, sans pour autant entamer la deuxième phase du plan de développement de l’entreprise. «Depuis, malgré toutes nos démarches (verbales, écrites et physiques) pour obtenir une prolongation de délai et pouvoir entamer la 2e phase, l’ANDI nous a informés que malgré la résolution du CPE, elle ne peut déroger à une loi, ses prérogatives se limitent à deux accords de prolongation. Toujours selon l’ANDI, notre demande relève du Conseil national d’investissement (CNI), qui devra l’examiner et statuer.

Ce dernier n’a pas siégé depuis plus de deux ans. Nous sommes bloqués et nous n’arrivons même pas à dédouaner notre équipement, arrivé au port de Annaba depuis fin 2019, plus d’une année, et qui est toujours en attente de dédouanement faute de franchise et de trésorerie», regrette, non sans émotions, la même responsable.

Équipements en souffrance

Selon les dirigeants de l’entreprise, cinq équipements sont en souffrance au niveau du port de Annaba, générant des surcoûts qui dépassent, à l’heure actuelle, les 300 millions de dinars. L’allongement du délai de dédouanement de ces équipements accroît davantage les frais de magasinage et les pénalités de retard de dédouanement, hormis la détérioration et la perte de garantie des fournisseurs.

Il s’agit, entre autres, des tableaux de distributions électriques, chaudière de 30T/H, un lot de voie ferrée, un convertisseur pour l’aciérie et l’osmose inverse. «Pis, des demandes de paiement sont également bloquées au niveau du FNI, en l’absence de franchise, exigée par le Trésor public pour la mise à disposition des fonds, générant aussi des pénalités de retard et des pertes de garantie», déplorent les dirigeants de Sider El Hadjar.

Rappelons que le Conseil de participation de l’Etat (CPE), dans sa session du mois de mars 2018, a validé le PLD actualisé qui lui a été présenté, et a accordé à Sider El Hadjar une rallonge budgétaire de 25,5 milliards de dinars pour la mise en œuvre de la 2e phase.

A l’époque, Sider El Hadjar disposait encore d’un reliquat de budget de la première phase, de l’ordre de 20 milliards de dinars. Ces deux enveloppes totalisent un montant de 45,5 milliards de dinars, objet d’une résolution CPE du mois de mars 2018.

Le bailleur de fonds de ce crédit est le FNI, avec lequel deux conventions ont été signées entre décembre 2019 et janvier 2020, il ne reste que la troisième, qui est en cours de signature. Ainsi, une dérogation s’impose pour libérer les fonds de Sider El Hadjar lui permettant de lancer son plan de développement, devenu inéluctablement un plan de sauvetage. 


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