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Djamila Bouhired a marché en ce 53e vendredi : «Battez-vous jusqu’à la victoire»

22 février 2020 à 10 h 28 min

Elle ne pouvait pas manquer le rendez-vous. Elle a tenu à marcher aux côtés des siens en ce vendredi qui boucle une année du combat des Algériens pour la démocratie. Djamila Bouhired, icône de la Révolution, ne cachait pas sa joie de se retrouver au milieu de la jeunesse de son pays et dans sa longue marche pour sa liberté. Sa présence booste le moral des manifestants. Le sien aussi. «C’est un bonheur que de vivre ces moments avec mes enfants.

Ce peuple mérite nettement mieux que ce qu’on lui propose», lâche-t-elle en poussant un soupir chargé de regrets mais sans jamais se laisser gagner par le désespoir. Elle n’a rien perdu de sa fougue. A 85 ans, elle continue de porter le combat pour une Algérie libérée de toute forme d’oppression. «Ma joie est totale en voyant ce peuple uni, déterminé et combatif pour la dignité de l’Algérie», confie-t-elle en descendant la rue Didouche Mourad noire de monde. «Je ne fais que mon devoir en venant marcher avec vous aujourd’hui», lance-t-elle aux jeunes qui venaient lui rendre hommage. Ils sont nombreux à vouloir immortaliser ce 53e vendredi de l’insurrection citoyenne avec l’héroïne de la guerre d’indépendance dont l’aura reste intacte.

«Je ne pouvais pas retenir mes larmes en la saluant, elle est un mythe vivant, une légende. L’avoir avec nous aujourd’hui dans la marche nous donne plus de courage pour poursuivre notre lutte. Elle est la preuve que nous sommes sur la bonne voie», relate une jeune fille saisie d’émotion en se prenant en photo avec son héroïne.

Impossible pour Djamila Bouhired de poursuivre sa marche. Empêchée d’avancer par les manifestants qui se bousculent pour arriver à elle et lui dire toute leur fierté qu’ils éprouvent à son égard. «Vous, vous avez résisté pendant huit ans et dans des conditions de terreur, et nous cela fait une année que nous marchons tranquillement et il y en a certains qui disent être fatigués», s’est plaint un jeune manifestant. «Il ne faut pas lâcher, battez-vous jusqu’à la victoire», réplique-t-elle sur un ton ferme, un peu comme pour rappeler la lettre qu’elle a adressée à la jeunesse algérienne au début des mobilisations, intitulée «Ne les laissez pas voler votre victoire».

Opposante au régime politique depuis l’indépendance, Djamila Bouhired reste fidèle à elle-même mais surtout au serment fait par ses sœurs et frères de combat, morts les armes à la main pour la libération de l’Algérie. Sa douleur est vive, sa colère est brûlante. Elle traîne comme une blessure ouverte cette Algérie dont l’indépendance a été confisquée. Mais, sa présence au milieu de ceux qu’elle appelle affectueusement «mes enfants et petits-enfants» atténue son chagrin.

La jeunesse aux côtés de laquelle elle a marché hier lui procure du bonheur et de la fierté. Une fierté de voir son peuple reprendre le flambeau de la jeunesse du combat libérateur, dont les portraits sont arborés chaque vendredi de mobilisation. Elle est heureuse de voir des millions de citoyens «rendre aux Algériens leur liberté et leur fierté spoliées depuis l’indépendance».

Appuyée sur Arezki Aït Larbi – trois fois détenu pour ses opinions sous le régime du parti unique –, l’ancienne condamnée à mort alors qu’elle avait juste 22 ans garde toute sa vigueur militante en prenant part au combat d’aujourd’hui. «C’est la vraie histoire qui se déroule devant nous, celle qui n’a pas trahi, celle qui continue de croire en cette Algérie, celle qui fait vivre en nous le combat libérateur, le sacrifice des martyrs de la Révolution», raconte un homme à sa fille qui venait de poser avec celle qui a failli être exécutée, il y a 64 ans. Sa présence à la marche qui marque le premier anniversaire de la révolution démocratique incarne ce lien solide entre le combat d’hier et celui d’aujourd’hui. Une continuité de l’histoire.

Elle est celle qui empêche la confiscation de la glorieuse Révolution et surtout qui veille à ce qu’on ne détourne pas celle que ses enfants sont en train d’écrire depuis une année. «Notre génération a été trahie ; elle n’a pas su préserver son combat contre le coup de force des opportunistes, des usurpateurs et des maquisards de la 25e heure qui ont pris le pays en otage depuis 1962.» 



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