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Disparition de l’ancien responsable du collectif des avocats belges du FLN : Une pensée fraternelle pour Me Serge Moureaux

29 avril 2019 à 9 h 00 min

Immense figure des réseaux de soutien à la cause algérienne en Belgique, Me Serge Moureaux nous a quittés jeudi dernier à l’âge de 85 ans. Avec sa disparition, c’est un pan entier de la mémoire du combat pour l’indépendance de notre pays dans sa dimension internationale, plus particulièrement celle du «Front du Nord», qui s’en va.

Avocat engagé, Serge Moureaux était, rappelle-t-on, responsable du Collectif des avocats belges du FLN. Né à Bruxelles, précisément à Etterbeek, le 1er janvier 1934, Me Moureaux a fait des études de droit à l’université Libre de Bruxelles (ULB).

Il s’inscrit au barreau de Bruxelles en 1956. Serge Moureaux a joué un rôle crucial dans la défense des militants indépendantistes et a sauvé, au même titre que les membres du collectif des avocats du FLN en France et en Belgique, plusieurs Algériens de la guillotine.

Le combat de Serge Moureaux en dit long sur ce que la Révolution algérienne doit à nos amis belges. Un épisode malheureusement fort peu connu, tant ici qu’au pays d’Henri Michaux.

C’est ce qui ressortait, d’ailleurs, d’un colloque organisé à l’initiative de l’ambassade de Belgique le 29 octobre 2017 à la Bibliothèque nationale, et qui était justement dédié au «Front belge». «C’est un point de l’histoire assez peu connu, pour ne pas dire totalement ignoré», regrettait Me Ali Haroun lors de cette rencontre.

«L’Algérie était au cœur de notre vie de couple»

Serge Moureaux aurait tellement voulu être du voyage pour revoir ses anciens camarades à l’occasion de ce colloque, mais la maladie l’en a empêché. Il avait néanmoins envoyé une lettre extrêmement émouvante à ses frères de lutte en Algérie, et que sa femme Henriette s’est chargée de lire.

Henriette dira non sans émotion combien l’Algérie et la cause algérienne étaient chères à leurs cœurs. «Pendant cinq ans, elle était au centre de notre vie de jeune couple», sourit-elle, avant d’ajouter : «C’est notre trésor de guerre.» (lire notre article : «Le second souffle des Porteurs de valises» in El Watan du 1er novembre 2017).

Une relation forte liait ainsi les Moureaux aux dirigeants de la Fédération de France, tout spécialement Omar Boudaoud et Ali Haroun. C’est chez eux, à Bruxelles, que le 26 août 1960, une réunion importante du Comité fédéral s’est tenue.

Intervenant lors de cette même journée, l’historien Paul-Emmanuel Babin indiquait que le soutien belge au combat anticolonial s’est joué sur trois fronts : le Comité pour la paix en Algérie, le collectif des avocats du FLN et les réseaux de soutien logistique.

Le Comité pour la paix comptait «500 membres lors de sa création en avril 1958» et 600 l’année suivante, d’après l’historien. Pour ce qui est des réseaux, une «filiale du Réseau Jeanson en Belgique» fut créée par Luc «Alex» Somerhausen.

Ce réseau «se spécialise dans le passage de frontières» dit Babin. Un autre réseau est monté «dans le prolongement du Réseau Curiel». Il va se spécialiser dans le transport de fonds, d’armes et l’achat de véhicules pour le FLN.

Un troisième groupe est constitué de militants communistes qui vont assurer le transport de documents. «En tout, près de 150 personnes travaillent de près ou de loin pour les réseaux», affirme l’historien (lire : «Aux frères belges, la nation reconnaissante» in El Watan du 31 octobre 2017).

Concernant l’action du collectif des avocats belges du FLN, il s’agit d’un véritable «front judiciaire», selon le mot de Paul-Emmanuel Babin. Il comprenait : Serge Moureaux, Marc de Kock, Cécile Draps et André Merchie. «Ce collectif se charge en Belgique et au nord de la France de toutes les affaires concernant les militants du FLN, avec l’avocat parisien Michel Zavrian, avant de prendre la responsabilité exclusive de la défense dans cette zone en 1960», précise l’historien.

Il convient de relever que Me Moureaux était proche d’Akli Aissiou, cet étudiant en médecine et membre de l’Ugema, assassiné par la Main rouge (qui relevait du SDECE) le 9 mars 1960 à Ixelles, près de Bruxelles.

Cet assassinat politique l’avait beaucoup marqué. Dans le film Le Front du Nord. Des Belges dans la guerre d’Algérie (1954-1962), réalisé par Hugues Le Paige, Serge Moureaux soulignait qu’aux funérailles d’Akli Aissiou, à Bruxelles, c’est la première fois que le drapeau algérien, qui recouvrait son cercueil, était déployé au grand jour dans toute l’Europe. «L’assassinat d’Akli Aissiou est fondamental dans l’intensité et l’engagement des avocats», insiste l’historien.

Paul-Emmanuel Babin nous apprenait par ailleurs, dans un entretien qu’il nous avait accordé en marge de ce colloque, que le chahid Akli Aissiou «avait été impliqué dans la fameuse affaire des footballeurs de l’équipe du FLN et le transfert à Bruxelles de Zouba et Soukane. La voiture de l’un des deux sera un certain temps dans le garage de Serge Moureaux».

Une lettre émouvante de Serge Moureaux

Nous terminerons par la lettre écrite de la main de Me Serge Moureaux et lue par sa femme Henriette. Elle reflète admirablement l’engagement de son auteur, son tempérament d’insurgé, sa passion pour la liberté et aussi sa profonde humilité et l’énorme affection qu’il avait pour nous. La voici in extenso : «Je vous dis tout mon regret de n’être pas parmi vous aujourd’hui.

Handicapé par les effets de l’âge, j’ai cependant la chance de voir mon pays reconnaître ceux qui, parmi les citoyens belges, ont pris conscience de l’injustice inouïe faite au peuple algérien.

Bloquée comme moi à Bruxelles, Cécile Draps, parmi les membres de notre collectif, a aussi la chance d’encore pouvoir témoigner.

Mais Marc de Kock et André Merchie, autres compagnons de la défense de rupture que nous exercions, nous ont quittés trop tôt. C’est à eux notamment que je pense quand on vient me demander de parler de ce collectif d’avocats belges, dont j’ai eu l’honneur d’assumer la responsabilité.

En Algérie, pour Cécile, à Paris, à Lille, à Douai, à Avesnes, à Valenciennes, à Dunkerque, à Bruxelles, à Rome ou à Dinant, Liège, Charleroi, nous avons tenté de donner à notre métier d’avocat la signification la plus large possible.

Et ce, toujours en harmonie avec la Fédération de France du FLN, dont le Comité fédéral nous manifestait sa confiance en dispensant avec tact et amitié ses directives.

Merci à Omar Boudaoud, à Amar Ladlani, à Ali Haroun, à Abdelmadjid Titouche, pour leur fraternité vigilante dans ce travail collectif au service d’une grande cause. Merci au Président Ferhat Abbas et M. Ahmed Francis, ministre du GPRA, de m’avoir accueilli aussi gentiment à Tunis.»

«Ce fut un véritable combat, très dur, pour la liberté»

L’auteur de Léopold III, la tentation autoritaire poursuit : «Mais il faut être clair. Le collectif, les réseaux de soutien, les Luc Somerhausen, Jacques Nagels, Maggy Rayet, Irénée Jacmain, Pierre Legrève, Jean Donneux, Jean Van Lierde, Lucien Pary ou mon épouse ont beaucoup donné de leur temps et de leur enthousiasme, mais ce n’est ni eux, ni moi, ni les réseaux belges et français qui ont assumé la victoire finale. Ce sont les Algériens eux-mêmes, le peuple algérien, son sens de l’organisation, qui ont reconquis une dignité confisquée.

C’est pourquoi, au moment de vous adresser ce message, c’est à des militants algériens que je pense, aux condamnés à mort de Douai sauvés de la guillotine, qui montraient l’exemple lors des grèves de la faim, planifiées par la Fédération et orchestrées par le collectif lors de réunions à Bruxelles ou à Lustin, à Me Popie, assassiné à Alger, Me Ould Aoudia à Paris, le professeur Laperches à Liège, mon ami Akli Aissiou, militant à l’Ugema, tué à Bruxelles par les services spéciaux français sur ordre du gouvernement du général de Gaulle. Car la guerre d’Algérie, ce fut un véritable combat, très dur, pour la liberté. Face aux tortures, aux exécutions sommaires, aux traitements inhumains et dégradants.

C’est à tous les jeunes militants de cette cause juste et impérieuse qu’il faut dédier nos pensées et ne pas transformer nos commémorations en auto-congratulations d’anciens combattants.»

Et de conclure : «Merci surtout de ma part à ces Algériens qui m’ont inculqué avec intelligence le sens de leur combat démocratique pour la liberté : Rahmoune Dekkar, Abdelkader Maachou, Mohamed Arbaoui, Akli Aissiou, et surtout cet incomparable maître de l’algérianité, Kateb Yacine, le poète inspiré qui alliait le sens de la beauté à celui de la culture.

Les islamistes ont profané sa tombe. Symbole puissant. Repose en paix mon frère. C’est ton Algérie qui brûle dans notre cœur.»

Les funérailles de Serge Moureaux auront lieu demain, mardi 30 avril, au crématorium de Ciney, dans la province de Namur.
Repose en paix, Serge. Ton souvenir restera gravé à jamais dans notre cœur collectif.

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