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La pandémie atteint la prison d’El Harrach : Deuxième détenu décédé et plus d’une dizaine contaminés

19 juillet 2020 à 10 h 06 min

Le décès de Moussa Benhamadi, ancien ministre des TIC (Technologies de l’information et de la communication), suite à des complications liées à sa contamination à la Covid-19, porte à deux le nombre de détenus d’El Harrach emportés par ce virus, huit autres sont hospitalisés au pavillon carcéral du CHU Mustapha à Alger, alors qu’au moins cinq font l’objet d’un isolement au niveau de l’établissement pénitentiaire.

L’ex-ministre des TIC, Moussa Benhamadi, est décédé dans la nuit de vendredi à samedi, au CHU Mustapha Pacha, à Alger, après son admission au service réanimation pour complication grave causée par sa contamination à la Covid-19, à la prison d’El Harrach, où il a été placé en détention provisoire par le magistrat instructeur près la Cour suprême, le 18 septembre dernier. Il est le deuxième détenu de l’établissement pénitentiaire mort de la Covid-19.

Le premier est le défunt Ali Lakhdari, médecin et trésorier de l’association Paix et solidarité, que présidait l’ex-ministre de la Solidarité, Djamel Ould Abbès.

Placé en détention provisoire à l’été 2019, dans le cadre de l’affaire relative au détournement des fonds de la solidarité nationale, il souffrait d’une lourde maladie respiratoire. Il était isolé à l’infirmerie de l’établissement, lorsqu’il a rendu l’âme après sa contamination par le virus.

C’était la panique à la prison et de nombreuses mesures sanitaires ont été prises pour faire face à une éventuelle propagation de la pandémie parmi les prisonniers, d’autant que quelques gardiens et des détenus avaient été dépistés positifs et donc confinés jusqu’à leur guérison.

Cependant, depuis quelques semaines, notamment à la suite des derniers procès et l’extraction des prévenus de la prison, le nombre de contaminations a augmenté.

D’abord Ahmed Ouyahia, qui a été atteint lors de sa sortie au cimetière pour assister à l’enterrement de son frère, puis Amara Benyounès, Abdelmalek Sellal et Youcef Yousfi, tous transférés à l’hôpital Mustapha Pacha à Alger, et dont l’état de santé s’est amélioré depuis.

Aujourd’hui, plusieurs personnalités, en détention provisoire depuis au moins une année, ont été hospitalisées pour cause de Covid-19.

Il s’agit, en plus de Sellal, Ouyahia, Yousfi et Benyounès, de Abdelkader Ouali, ex-ministre des Travaux publics, Hamid Melzi, ex-patron de la SIH (Société d’investissement hôtelier) et de la résidence d’Etat Sahel à Club des Pins, et Abdelhak Boudrâa, ex-DG de l’Onou (Office national des œuvres universitaires), qui suivent tous des soins et, nous dit-on, répondent bien au protocole de soins.

D’autres détenus, dont l’état de santé ne s’est pas dégradé, sont quand à eux confinés à la prison. Il s’agit de l’ex-directeur général de l’ES Sétif, Fahd Halfaya, placé en détention provisoire le 7 juin dernier dans le cadre du scandale du trucage des matchs de football, fuité par des enregistrements de communications téléphoniques, du général à la retraite et candidat à la présidentielle d’avril 2019, Ali Ghediri, incarcéré depuis le 13 juin 2019, qui était en grève de la faim avant qu’il ne décide d’y mettre fin mercredi dernier, après avoir été dépisté et déclaré positif.

Selon nos interlocuteurs, Abdelghani Hamel, ex-patron de la police, Mahdjoub Bedda, ex-ministre de l’Industrie, Saïd Berkat et Djamel Ould Abbès, ex-ministres de la Solidarité, Boudjemaâ Talai, Abdelghani Zaalane (guéri de sa contamination) et Amar Ghoul, ex-ministres des Travaux publics, ont tous été testés négatifs.

Silence inquiétant des autorités…

Jusqu’en fin de journée, aucune déclaration officielle, aussi bien sur le décès de Moussa Benhamadi ou la situation sanitaire à El Harrach, n’a été enregistrée. C’est la black-out, alors que les familles des détenus et leurs avocats sont dans l’inquiétude la plus totale.

Jeudi dernier, le bureau du conseil de l’Ordre des avocats d’Alger a tenu une réunion urgente avec le procureur général et le président de la cour pour discuter des mesures à prendre afin de limiter la propagation de la pandémie.

Dans ce cadre, les deux parties se sont entendues pour partager le rôle des affaires en deux, paires et impaires, pour les juger séparément et éviter ainsi les regroupements dans les salles d’audience et ont décidé de renvoyer tous les dossiers programmés durant le mois d’août au mois de septembre prochain, à l’exception de ceux qui concernent les détenus et les référés.

Pour les avocats, la situation risque d’échapper au contrôle si les mesures nécessaires ne sont pas prises rapidement pour enrayer la transmission et la propagation du virus dans le milieu judiciaire et particulièrement carcéral.

Il faut dire que tous les détenus jusque-là contaminés sont comptabilisés au niveau de la prison d’El Harrach, dont les capacités d’accueil ne dépassent pas les 2500 pensionnaires, mais qui en raison de sa situation d’unique établissement à Alger où la petite criminalité concerne plus de 95% des détenus, nous dit-on.

Même avec le transfert des femmes détenues vers la prison de Koléa, l’établissement pénitentiaire d’El Harrach n’offre pas les conditions de détention qui assurent la protection de la santé de ses locataires, malgré les moyens importants de prise en charge sanitaire mis à sa disposition, notamment en matière de médecins, médicaments et moyens d’exploration.

Aujourd’hui plus que jamais, des voix s’élèvent pour rejoindre celles qui ont appelé dès le début de la pandémie «à la libération des détenus malades et âgés, confrontés depuis le mois de mars à des mesures sanitaires drastiques qui les privent de tout contact avec l’extérieur, à l’exception de leurs avocats avec lesquels ils discutent dans l’espace réservé aux familles et non pas à travers les parloirs interdits pour la circonstance.

Des appels qui ont suivi ceux du commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, qui a exhorté en mars dernier tous les Etats à travailler rapidement pour réduire le nombre de personnes en détention», en libérant «les détenus les plus âgés et ceux malades, ainsi que les délinquants présentant un risque faible».

L’appel a été suivi par celui de l’ONG Amnesty International, laquelle avait exprimé ses «craintes les plus vives» de voir la pandémie se propager dans les prisons algériennes.

Réagissant à la suite de la grâce présidentielle d’avril dernier, Amnesty International  a affirmé que «cette mesure consacrée exclusivement aux personnes condamnées doit être élargie à celles qui sont en attente de leur jugement ainsi qu’aux plus vulnérables face à la Covid-19, notamment celles qui souffrent de pathologies ou sont âgées, en vue de réduire la population carcérale et de prévenir la propagation du virus.

Nous appelons le président de la République à libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers d’opinion en lien avec les manifestations du hirak. Nul ne devrait passer un seul jour en prison pour avoir exercé pacifiquement ses droits.

Il est scandaleux qu’un certain nombre de détenus d’opinion ou politiques demeurent injustement emprisonnés, y compris des militants ayant pris part à des manifestations pacifiques ou des journalistes qui ont assuré la couverture médiatique de manifestations.

Amnesty International rappelle que la détention provisoire ne doit être utilisée qu’à titre de mesure exceptionnelle et en dernier recours. Les autorités algériennes doivent également prendre toutes les mesures nécessaires afin de protéger la santé de tous les prisonniers», selon le communiqué.

Pour sa part, le Comité national pour la libération des détenus du hirak a lui aussi exigé la libération des détenus, au même tire que les organisations des droits de l’homme activant en Algérie.

De nombreux pays confrontés à la pandémie de la Covid-19 comme l’Italie, l’Espagne, la France, la Turquie, l’Irak, l’Indonésie, l’Iran, ou encore le Maroc, ont tous pris des mesures de libération des détenus pour soulager leurs prisons de la surpopulation carcérale et rendre plus maîtrisable la gestion de la propagation de la pandémie parmi les détenus.

L’Algérie aura beaucoup à gagner en revenant à l’exception de la règle de détention provisoire, prévue par le code de procédure pénale et transformée en une pratique générale. Si aujourd’hui la Covid-19 est limitée aux pensionnaires de la prison d’El Harrach, il n’est pas exclu que, demain, d’autres prisons à l’intérieur du pays soient touchées.

Quelles que soient les mesures prises pour isoler les détenus du monde extérieur, le risque zéro n’existe nulle part dans le monde.

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