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Hocine Bellout. Président du Syndicat national des marins-pêcheurs : «Des ‘‘requins’’ achètent la sardine en mer et imposent leurs prix»

21 janvier 2021 à 10 h 42 min

Président du Syndicat national des marins-pêcheurs, Hocine Bellout, explique la flambée du prix de la sardine par le trafic auquel s’adonnent, selon lui, «des ‘‘requins’’ qui achètent le poisson en mer, puis imposent leurs prix sans être inquiétés» l Dans cet entretien, il nous donne son point de vue.

– Quelle explication donneriez-vous à cette flambée du prix de la sardine, qui a dépassé dans certaines villes côtières les 1000 DA/kg ?

Ce problème devient récurrent et national. Sur les 1285 km de côtes, nous avons 35 ports où des requins viennent vers 2h, pendant que l’administration dort, et s’accaparent des quantités de casiers pêchés pour les revendre aux prix qu’ils décident ; ce qui se passe est incroyable.

– En parlant de ‘‘requins’’, qui visez-vous ?

Ce sont des gens qui, dans la majorité des cas, n’ont pas de lien avec le métier de pêcheur. Ils viennent avec des camions frigorifiques, négocient les prix du casier avant d’aller au port, et prennent la totalité du poisson qu’ils revendent aux prix qu’ils imposent.

La casier de 26 kg, dont le prix ne doit pas dépasser les 14 000 DA, est acheté à une somme comprise entre 18 000 et 22 000 DA, puis cédé à plus de 30 000 DA.

– Le pêcheur a-t-il le droit de vendre son produit de cette manière ?

Bien sûr qu’il n’a pas le droit ! Nous sommes devant des pratiques frauduleuses. Parfois, le pêcheur, en raison de la rareté de la ressource, de la cherté de la vie, etc., ne peut résister à la tentation de vendre son produit en mer à un prix alléchant, au lieu de prendre le risque de le vendre à quai aux prix imposés par les mandataires.

Les vraies victimes sont les consommateurs, qui se retrouvent avec une sardine à 1000 DA, voire 1500 DA dans certaines localités de l’Ouest ou de la capitale.

– N’y a-t-il pas de contrôle ?

Ce sont les brigades de contrôle du commerce qui doivent agir. Où sont-elles ? Que font-elles ? Tous les prix des produits de large consommation se sont envolés. Savez-vous que le kilo d’ail a atteint les 1800 DA.

C’est du jamais-vu. Les brigades de contrôle du commerce sont censées faire appliquer la loi. Or, cela n’est pas le cas. Elles sont absentes. Les associations de protection du consommateur doivent réagir.

– Voulez-vous dire que le problème de la cherté de la sardine est plus lié au trafic en mer qu’à la rareté de la ressource et à l’organisation de l’activité ?

Tous ces facteurs existent. Il y a 23 pays qui exploitent les ressources des 46 000 km de côtes de la Méditerranée. Tout le monde sait que d’ici 50 ans, cette mer sera morte, en raison de la pollution et de la surexploitation de ses ressources.

Celles-ci se raréfient de plus en plus et nous sommes à chaque fois obligés d’aller plus loin chercher le poisson. Cela nous pousse à développer nos moyens, qui sont actuellement loin de répondre au défi.

– Comment faire pour sortir de cette situation ?

En premier lieu, il faut que la loi soit appliquée et veiller à son respect rigoureux par tous. C’est-à-dire faire en sorte que la sardine pêchée soit mise à quai et vendue à la criée devant tout le monde dans la transparence.

– Doit-on comprendre qu’elle a rejoint le marché informel ?

Elle est vendue dans la clandestinité. Les bateaux ne doivent plus vendre leurs produits en mer. Mais à quai, à la criée, comme cela se passe dans tous les pays. Si on laisse faire, la sardine atteindra les 2000 DA/kg.

L’Algérien n’arrive plus à avoir sa ration de poisson. Savez-vous que nous avons 35 ports de pêche et comptons 65 000 pêcheurs, 5600 unités de pêche, entre sardiniers, chalutiers, petits métiers, corailleurs et plaisanciers.

Durant les années 1980, avec moins de moyens, nous pêchions 320 000 tonnes de poissons. Actuellement, nous sommes à 72 000 tonnes seulement, et on importe 400 000 tonnes de poissons frais et congelés. La ration annuelle par personne est de 80 kg pour les Japonais, 24 kg pour les Espagnols, 12 kg pour les Marocains, 10 kg pour les Tunisiens et, tenez-vous bien, 100 g pour les Algériens.

Est-ce normal ? Il y a une très mauvaise gestion des ports mis sous le contrôle de l’administration des Transports, l’état obsolète de la flotte, le manque d’organisation des professionnels et surtout l’absence de l’Etat en matière d’application des textes de loi. C’est un tout qui appelle à la conjugaison des efforts pour sortir le secteur de la pêche de l’agonie.


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