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Qualité de service Internet : Des pistes pour combler la fracture

17 octobre 2020 à 11 h 03 min

Les 183 millions d’abonnés de Netflix ne se plaignent jamais de la qualité de réception, y compris lors des diffusions de films les plus attendus. Chez nous, en revanche, il suffit d’une légère augmentation du trafic internet (comme le jour de la publication des résultats du bac) pour congestionner la bande passante et rendre et les clients particulièrement frustrés.

Si bien qu’en août dernier, le chef de l’Etat en personne avait instruit le ministre en charge du secteur à l’effet de «trouver une solution définitive au problème de faiblesse du débit internet, définir les facteurs nuisibles et soumettre le dossier au Conseil des ministres si le besoin se fait sentir».

Il est inadmissible qu’en 2020, et à l’heure où le monde profite d’un demi-siècle d’internet (51 ans en ce mois d’octobre), la fracture numérique soit toujours aussi béante en Algérie. Une régression scandaleuse, pour reprendre les mots du président Abdelmadjid Tebboune.

C’est toute la stratégie nationale de développement d’internet qui est rmise en question ici. Les gouvernements successifs sont responsables de notre sous-développement numérique par leur manque d’anticipation, leurs mauvais choix et toute l’approche qui a ignoré le potentiel économique des TIC.

La bonne nouvelle, c’est que si demain les mentalités changent au niveau décisionnel, les retards peuvent être rattrapés vite grâce à des solutions techniques simples et peu coûteuses.

Smaïl Saaïdia, expert international en télécommunications et ancien cadre supérieur d’Algérie Telecom, en est convaincu. Il explique : «L’accès aux sites web basés aux Etats-Unis est plus lent depuis l’Algérie que depuis la France en raison de la stratégie de l’interconnexion et d’échange du trafic internet.»

A travers cet exemple, l’expert, rencontré par El Watan, souligne que l’emplacement des nœuds d’échange du trafic détermine la qualité de connexion dans la mesure où l’installation de ces équipements sur le territoire national garantit un meilleur service.

Hélas, l’Algérie n’a pas investi dans ce type d’équipements. Un défaut aggravé par l’orientation des internautes algériens vers les contenus étrangers et l’hébergement de la quasi-totalité des sites web algériens hors de nos frontières. Par défaut.

Effet trombone

Quand un étudiant de Constantine veut consulter le blog d’un enseignant de Mostaganem, sa requête fera des sauts à l’étranger avant de revenir, ce qui génère plus de coûts et plus de latence. C’est ce que les experts surnomment l’effet trombone. Les frustrations sont quotidiennes.

Devant des fenêtres qui refusent de s’ouvrir, nous avons tous tendance à blâmer le Fournisseur d’accès internet (FAI). Pourtant, il n’en est pas toujours responsable, considère M. Saaidia.

Pour lui, le problème s’explique davantage par l’absence d’une stratégie pour l’échange du trafic internet ainsi que l’absence de points d’échange en Algérie (points d’interconnexion des réseaux) «plaque tournante pour le trafic internet entrant ou sortant d’un pays et élément-clé pour fournir aux utilisateurs finaux une variété de services.»

En effet, les points d’interconnexion à travers le monde permettent aux FAI locaux et aux opérateurs de dorsale internet d’échanger efficacement et à moindre coût le trafic internet entre eux. Ainsi, les requêtes de l’étudiant constantinois font l’aller-retour dans une boucle locale, sans trop d’escales.

Dans une architecture hiérarchisée de la Toile mondiale, les principaux acteurs du réseau internet sont les réseaux de distribution de contenu (CDN), et les points d’échange Internet (IXP).

La présence des CDN dans un pays rend internet très rapide, fiable et sécurisé. Au Nigeria, par exemple, une rétention de 30% du trafic internet local avait été obtenue grâce à la récente connexion d’Akamai, le leader mondial des services CDN, à l’IXP du Nigeria.

Comme le Nigeria, de nombreux pays ont compris que le haut débit n’est pas seulement un déclencheur technologique, mais aussi un moteur économique. L’investissement dans de nouvelles infrastructures est probablement la seule réponse efficace à l’augmentation du trafic à moyen et long termes, affirme M. Saaïdia.

Les IXP sont des installations techniques qui servent à maintenir le trafic internet à l’intérieur d’une communauté restreinte (une ville, une région ou un pays) et d’éviter ainsi le routage superflu par des emplacements géographiques reculés. Dans le cas de l’Algérie, les IXP seraient la solution idoine.

Localiser les points d’interconnexion

Leur rôle, explique notre expert, est de «garder le trafic local au sein des infrastructures domestiques et réduire le coût de transit international, améliorer la qualité globale de l’expérience en réduisant les délais et la retransmission, et créer un sol fertile pour le développement de contenus internet locaux et de services numériques localisés.»

La présence d’un IXP va permettre d’attirer davantage d’acteurs étrangers, des sites de médias sociaux aux plateformes de streaming vidéo et de commerce électronique qui cherchent à élargir leur portée sur le marché algérien afin de permettre à leurs utilisateurs algériens d’accéder plus rapidement à leurs sites.

A l’instar de nombreux universitaires et professionnels, M. Saaidia plaide pour la création de points d’échange internet en Algérie (des IXP). De nombreux pays africains ont saisi cette importance stratégique et ont développé durant la dernière décennie cette technologie pour réduire significativement la fracture numérique.

«Il existe actuellement 45 IXP actifs situés dans 33 pays à travers l’Afrique. Leur utilisation s’est considérablement étendue, avec plus de 1000 réseaux désormais connectés», pousuit M. Saaidia.

Notre pays n’en fait pas partie mais il peut devenir un hub d’échange et d’accès au trafic transfrontalier de la région, ainsi qu’au trafic et aux contenus internationaux, affirme-il. Les responsables du secteur ont besoin pour ce faire de comprendre que cette technologie est une solution prioritaire, facile et pas nécessairement coûteuse.

«Le pays qui se dirige vers l’économie numérique, le e-commerce et le e-paiement ne saurait avancer à pas sûrs sans un débit internet fort et efficient», avait déclaré Abdelmadjid Tebboune en septembre dernier. Mais sans une approche courageuse et révolutionnaire, rien ne changera. 

 

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