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Des femmes auraient été déshabillées dans des locaux de la police à Baraki

Des militants dénoncent un «comportement indécent»

15 avril 2019 à 9 h 00 min

Des militants ont dénoncé une volonté de la police d’«humilier» leurs camarades et les «dissuader» de prendre part aux actions de protestation.

Des militants politiques et associatifs du Mouvement démocratique et social (MDS) et du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), arrêtés samedi lors d’un rassemblement à la Grande-Poste et transférés dans un commissariat de Baraki, dénoncent «un comportement indécent» de policiers. En effet, des jeunes filles malmenées lors du sit-in avorté affirment avoir été contraintes de se déshabiller à l’intérieur des locaux du commissariat situé à la périphérie de la capitale.

«On nous a transférées au commissariat de Baraki. Une fois sur place, on nous a séparées. Chacune de nous était dans un bureau. Un officier femme en tenue civile est entré dans le bureau. Elle a exigé que je me déshabille. J’ai d’abord résisté, d’autant que cette femme ne portait pas d’uniforme. Devant mon insistance, la policière m’a dit que c’est la procédure.

Elle a commencé à me déshabiller et m’a touché les seins. Je lui ai dit d’arrêter. J’ai préféré enlever moi-même mes vêtements vu qu’elle ne portait pas de gants… Elle a fouillé mes vêtements, mes chaussettes et chaussures. Elle a fouillé mes cheveux et m’a demandé d’écarter les jambes… Qu’espérait-elle trouver ? Il y a une volonté manifeste de nous humilier», raconte une des jeunes filles, qui a requis l’anonymat.

La fouille a duré une quinzaine de minutes. Les policiers ont pris des photos et les empreintes digitales des militantes, mais sans leur faire signer de PV. Elles ont par la suite été regroupées dans la salle d’attente où elles resteront une partie de la nuit. «La police nous a retiré nos téléphones. Nous n’avions pas pu passer de coup de fil.

On ne nous a pas donné à manger. Mais, il n’y a pas eu de maltraitance physique», précise la jeune fille. Les personnes interpellées, deux militants du MDS et deux autres travaillant pour Radio Raj, ont été relâchées dans la nuit de samedi à dimanche (1h). Des militants ont dénoncé une volonté de la police d’«humilier» leurs camarades et les «dissuader» de prendre part aux actions de protestation. «Le plus dégradant, c’est que les éléments de la police ont dénudé les militantes…

Ils voulaient les humilier, leur faire peur et les dissuader de rejoindre les manifestations. C’est un comportement que n’accepte pas la raison. C’est une forme de dégradation contre l’être humain. Nous dénonçons ces pratiques intolérables. Nous exigeons qu’elles cessent», a alerté Samir Larbi, militant du PST, dans une vidéo postée sur sa page Facebook.

«Entrave à la liberté de manifester»

Une source à la DGSN dément les accusations portées contre ses éléments et précise que la fouille corporelle qu’ont subie les militantes arrêtées «obéit à une procédure légale». «Les personnes arrêtées sont prises en charge séparément par un personnel féminin et masculin. Les policiers qui veillent à cette procédure ont rang de lieutenant et donc rang d’officier de police judiciaire», signale notre source.

Interpellé lors du rassemblement, Hakim Addad, militant politique et membre de RAJ, dénonce dans un post sur sa page Facebook les «entraves» à la liberté de manifester : «Nous voulions (juste) tenir un rassemblement pacifique. Dire non à la répression et oui à faire vivre nos libertés dans les espaces publics. Le pouvoir, par sa main policière violente, en a décidé autrement. Loin de nous faire plier, ils ne font que nous renforcer dans nos convictions. Ce pouvoir qui gère la société par la violence, de quelque nature qu’elle soit, doit et va partir. Nous sommes venu(e)s, nous reviendrons et nous vaincrons.»

Le député FFS de Bouira, Djamel Baloul, qui s’est déplacé dans les commissariats de la capitale pour s’enquérir de la situation des militants arrêtés, a dénoncé les agissements de la police. «C’est une atteinte aux droits de se rassembler pacifiquement et d’expression reconnus aux Algériens par la Constitution. Le transfert des militants vers une autre circonscription est un abus. Un PV ou des empreintes nécessitent-ils 8 heures ?

Les personnes interpellées ne sont pas des terroristes, mais des militants. Raj est une association qui ne menace pas l’ordre public. Les militants n’entravent pas la voie publique puisqu’ils s’installent sur les escaliers de la Grande-Poste. L’objectif des policiers est clair : atteindre le moral des militants», estime M. Baloul.

Le député du FFS signale que le pouvoir veut favoriser une «alternance clanique» qui permet la résurgence du régime. Des militants politiques et associatifs, parmi lesquels ceux qui ont été arrêtés samedi, se sont rassemblés place Emir Abdelkader. La police est intervenue et les a, encore une fois, interpellés pour les relâcher juste après.

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