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dimanche, 09 mai, 2021
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Des militants associatifs arrêtés : Incompréhension et stupeur à Bab El Oued

22 avril 2021 à 11 h 03 min

Bab El Oued. Midi passé. Autour du marché des Trois-Horloges, le cœur battant du quartier, habitants et visiteurs vaquent nonchalamment à leurs emplettes. La rue Ibn Merzouk El Khatib (ex-Consulat) grouille particulièrement de monde.

Un jour de Ramadhan presque ordinaire n’était l’arrestation de Nacer Meghenine, président de l’association SOS Culture Bab El Oued, qui, depuis vendredi dernier, manque tous les soirs aux siens à la table du f’tour. Nous sommes ici pour rendre visite à nos amis de SOS Culture en espérant trouver au moins quelqu’un dans les locaux de l’association.

Nous nous engageons dans les ruelles du quartier. Nous nous frayons difficilement un chemin au milieu de la d’lala, le marché aux puces de la rue Jean-Jaurès. Nous voici sur la rue Hocine Fritas. C’est la rue qui abrite justement le siège de l’association SOS Culture Bab El Oued. Celle-ci est située à proximité de la mosquée El Feth et du collège Abdelkader Loukal. La rue Hocine Fritas, perpendiculaire à Jean Jaurès, est très courte et ne compte que quelques enseignes : un fast-food sur une extrémité, une boutique de matériel informatique sur l’autre, une douche publique, une boutique de vêtements et… le siège de l’organisation socioculturelle.

Les portes de fer (de couleur noir) de l’association sont tristement fermées. Oui. La ruche grouillant de vie, de talents, véritable petite fabrique des possibles, était muette ce mercredi. Elle est muette, en vérité, depuis l’arrestation de Nacer vendredi dernier, avant que le président de l’association ne se voit placé sous mandat de dépôt ce mardi. Un véritable choc pour tous ceux qui ont côtoyé ce mentor généreux, qui a fait de SOS Culture Bab El Oued un phare et un sémaphore au milieu de notre désert culturel urbain.

Il a redonné espoir à des centaines de jeunes qui, pour certains, se sentaient un peu perdus avant de trouver ici une vocation, un repère. «Je ne suis pas le seul à être secoué par la nouvelle. Tout le quartier est sous le choc», nous confie un libraire qui connaît Nacer et connaît très bien l’association SOS Culture Bab El Oued. «Tout le monde connaît Nacer. Tous nos enfants étudient chez lui. L’association donne des cours de langues.

Elle prodigue aussi des cours de soutien en maths, physique, sciences et dans d’autres matières. Ils organisent également des excursions. Ils font un travail remarquable. D’où mon étonnement en apprenant la nouvelle. ça a choqué tout le quartier. Tout le monde est peiné. Comment a-t-on pu s’en prendre à quelqu’un comme lui ? Ce n’est pas normal !» Indigné, l’aimable libraire poursuit : «Hier, on le présentait comme un modèle, un citoyen exemplaire, et tout d’un coup, il devient un pestiféré ?! Il était même soutenu dans son action par l’Etat. Et maintenant, il tombe en disgrâce, tout ça par qu’il sort manifester dans le hirak ?»

Notre interlocuteur loue de nouveau l’action de l’association SOS Culture Bab El Oued : «L’association a plus de 20 ans d’existence. Elle est très active dans le quartier, et c’est pratiquement la seule qui accomplit un tel travail. Il existe d’autres associations, mais elles sont moins actives. Elles manquent de moyens. Je vous l’ai dit : tous nos enfants suivent des cours chez lui. Prenez n’importe qui, sans exception. Parce qu’il propose de belles activités et il a une bonne approche. Il est pédagogue. Les éducateurs qui encadrent l’association sont cultivés et généreux. Ils savent s’y prendre avec les jeunes.»

«Qu’ils nous embarquent tous !»

Près du siège de l’association, deux adolescents discutent gaiement. Ils ont respectivement 15 et 17 ans. Ils sont tous deux collégiens au CEM Abdelkader Loukal qui jouxte l’association. Cette année, ils passent le BEF. Les deux adolescents fréquentent assidûment les ateliers de SOS Culture Bab El Oued. «On a l’habitude de venir ici prendre des cours. Ils font toutes les matières. Mais nous, on fait surtout français», explique l’aîné des deux collégiens. Il ajoute dans la foulée : «Le président de l’association est un gentil monsieur. Il m’a toujours encouragé à aller de l’avant et à m’accrocher à mes études», témoigne-t-il.

A une centaine de mètres plus haut, nous échangeons avec un autre enfant du quartier, un quadra gérant une boutique de cosmétiques. Il s’indigne à son tour des allégations proférées pour accabler l’association en parlant de «financement étranger». «C’est un grand classique, cette histoire de ‘‘ayadi kharidjiya’’ (la main de l’étranger) pour discréditer les gens. Mais on n’est plus dans les années 1990. Aujourd’hui, tout se sait. Le smartphone les a démasqués. Ils ne peuvent plus continuer à mentir.»

Un homme d’un certain âge, qui n’a jamais manqué un vendredi du hirak, croisé près de l’avenue Colonel Lotfi, esquisse un sourire amer en pensant au sort infligé à notre ami Nacer qu’il connaît aussi. Un sourire amer, oui, et dans cet oxymore se lit tout le tragique de la situation. Se gaussant des griefs formulés contre le brave Nacer Meghenine et SOS Culture Bab El Oued, le vieux hirakiste lâche : «C’est complètement ridicule. Yerfdouna gaâ wekhlass ! (Qu’ils nous embarquent tous et qu’on en finisse !)»


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