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Des services Covid débordés dans les hôpitaux de Constantine

Des médecins en détresse et des malades dans le désarroi

12 novembre 2020 à 10 h 57 min

La situation qui n’est pas rassurante pour le personnel médical et paramédical dans les structures Covid, où la charge de travail est devenue stressante face au manque de moyens humains, matériels et surtout en équipements de soins et de protection. Un très grand écart est signalé entre les moyens déployés dans les hôpitaux de Constantine et le nombre des cas positifs à prendre en charge.

Avec 39 cas enregistrés dans la journée de mardi, la wilaya de Constantine a atteint le seuil alarmant des contaminations au coronavirus.

Une situation qui n’est pas rassurante pour le personnel médical et paramédical dans les structures Covid, où la charge de travail est devenue stressante face au manque de moyens humains, matériels et surtout en équipements de soins et de protection.

Un très grand écart est signalé entre les moyens déployés dans les hôpitaux de Constantine et le nombre des cas positifs à prendre en charge. Hier au CHU Benbadis, le service des consultations est déjà plein à 9h30. Beaucoup de cas rencontrés sur les lieux ont été jugés de «graves».

Ils ont fait l’objet d’une assistance respiratoire. Les lits alimentés en oxygène sont occupés par plusieurs personnes âgées.

Faute de place, un malade a été installé sur un matelas par terre. «J’attends mon tour depuis 9h. Ça joue vraiment sur le moral d’assister à la souffrance de toutes ces personnes, surtout que je suis un malade chronique», nous dit un quadragénaire hypertendu.

Une panique s’est emparée de ce dernier, qui était en train de regarder un cercueil placé à l’entrée du service consultation. «Il y a probablement un mort ; d’après la situation, on ira tous à la morgue», murmure-t-il, face au manque de moyens et la fatigue affichée par le personnel médical.

A part les médecins dotés de combinaisons de protection spécifique, le reste du personnel se contente de porter une bavette standard, des gants pratiquement pour toute la journée et une blouse de protection. Lorsque nous avons demandé après le chef de ce service, un médecin à bout de nerfs nous fait savoir que la consultation fonctionne sans responsable.

Manque de lits pour les cas admis   

En dépit des promesses des autorités d’augmenter le nombre des lits dans les établissements jusqu’à 400, le problème se pose toujours avec plus de gravité. «Aucune augmentation du nombre de lits ou l’ouverture de nouveaux services n’a eu lieu. On est trop lent dans la prise en charge de ce genre de déficit. Malheureusement, la première vague n’a pas servi de leçon aux responsables», a révélé un infirmier.

Une information que nous avons pu vérifier, en faisant le tour des services dédiés à la Covid. Au service des maladies infectieuses d’une capacité de 32 lits, on compte déjà 42 cas admis, sans le respect des normes de distanciation. La surcharge est également signalée au service de médecine interne, qui compte 41 lits.

Ce débordement pèse lourd sur ce service, qui vient de perdre 4 salles. «Le service de la réanimation a été transféré dans ces salles, pour des travaux d’installation d’oxygène. Après l’achèvement des travaux, on récupérera les salles et on gagnera 16 lits», souligne le Pr Yacine Kitouni, médecin chef de la médecine interne, en affirmant que le problème de distanciation ne se pose pas au niveau de son service.

La wilaya est sans doute en train de revivre le même scénario du début de la pandémie. Car, il est nécessaire de signaler que dans la journée d’hier, 14 cas critiques n’ont pas trouvé de place dans l’un des services Covid-19. Ces malades qui ne pouvaient même pas bouger.

Burn-out du personnel médical 

En plus de ces défaillances enregistrées, l’inconscience des parents des malades vient compliquer encore la situation. A l’intérieur des services, des proches de malades circulent sans respect des mesures barrières et parfois sans masque. Ils ne semblent pas mesurer la gravité de la situation, et osent quelquefois agresser le personnel médical.

Un médecin a eu le nez fracturé, quand il a voulu empêcher l’accès à l’un des parents. «Les patients ont besoin de garde-malade, vu le manque de personnel médical qui ne peut pas assister tous les cas admis», a tenté de justifier une parente.

Face à cette pression, la négligence des personnes, la hausse continue des cas critiques et le manque de moyens de protection, particulièrement les masques FFP2, nombreux sont les médecins qui ont voulu baisser les bras.

Certains nous ont affirmé que plusieurs résidents ont été reçus à leurs examens de spécialité et vont quitter les services.

Précisément, d’ici le mois de décembre chaque service dédié à la Covid se retrouvera avec un maximum de 4 médecins résidents. «On n’a pas eu de répit depuis le mois de mars dernier. Avec le départ des résidents et s’il n’y a pas de renforcement du personnel médical, la situation risquera d’éclater», alerte un médecin en larmes.

«En mars, nous avons commencé avec 16 médecins, deux professeurs et trois assistants. Parmi les résidents, 5 ont obtenu leur examen devenant des spécialistes, une résidente est confinée et 6 autres vont obtenir prochainement leur examen aussi. Ceci dit, d’ici la fin du mois de décembre je me retrouverai avec seulement 4 résidents pour une quarantaine de cas Covid hospitalisés, dont la majorité des cas polycompliqués», regrette le Pr Nadia Boulakehal, médecin-chef au service des maladies infectieuses.

Les médecins-chefs de ces deux services ont adressé des courriers à leur hiérarchie pour demander le renforcement du personnel médical et paramédical, plus de moyens de protection du personnel et surtout d’assurer la sécurité pour les médecins. Pour le nombre des décès, le CHU enregistre une moyenne de 3 morts par jour depuis le début du mois de novembre.    

Une forte charge à l’hôpital d’El Khroub

A El Khroub, deuxième commune de la wilaya, le taux des contaminations ne cesse de prendre une courbe ascendante. La commune est toujours en seconde position, après Constantine, avec près de 30% des cas recensés.

L’hôpital Mohamed Boudiaf d’El Khroub, qui reçoit les malades des agglomérations, demeure aussi la destination des patients orientés depuis les structures hospitalières de la mégacité Ali Mendjeli, qui demeure l’un des principaux foyers de contamination à l’échelle de la wilaya.

«Nous sommes vraiment débordés ces derniers jours ; on ne fait que gérer la situation avec les moyens disponibles», nous révèle un agent.

Mardi, une foule nombreuse attendait patiemment devant l’entrée du service Covid de cet hôpital. «Je me suis faite ausculter dans une clinique à Ali Mendjeli où on m’a demandé un scanner ; une fois revenue, on m’a orientée vers l’hôpital d’El Khroub faute de spécialistes», nous déclare une dame.

Un agent affecté au service enregistre les noms des malades qui devront rester dehors, pour ne pas aggraver encore les choses.

Avant d’être appelés pour la consultation, les malades doivent faire preuve d’une grande patience. Les personnes âgées et les cas graves présentant des difficultés respiratoires passent en priorité. Ils sont orientés directement vers les salles d’oxygénation.

«Nous sommes vraiment débordés, avec une trentaine de cas uniquement durant la matinée, on n’arrive pas à prendre en charge tous les malades ; la structure demeure limitée en matière de lits et tout ce que nous pouvons faire est de mieux gérer les cas qui se présentent en fonction de la gravité de leur situation et des symptômes qu’ils présentent.

Même l’oxygène dont nous disposons ne suffit pas pour tout le monde et il faudra bien le gérer, ne sachant pas s’il sera disponible dans les prochains jours», révèle une source hospitalière qui a requis l’anonymat.

Des malades appelés à se confiner 

A l’intérieur du service, le manque de médecins et de paramédicaux se fait lourdement sentir. Un médecin se démène entre les consultations et le suivi des cas mis en observation dans les trois salles réservées. Ce qui reste insuffisant au vu du flux de malades arrivant durant la journée. Le même médecin doit aussi contrôler l’état des malades mis sous oxygénation.

Les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles. «Les patients dont nous jugeons le cas assez délicat sont maintenus en observation, pour les autres, ils seront appelés à suivre un traitement à domicile. C’est ce que nous faisons quotidiennement chaque jour depuis que le nombre des cas a explosé dans la wilaya», explique notre source.

D’ailleurs, c’est ce que nous avons constaté lors de notre passage à l’hôpital d’El Khroub. «Je me suis présentée en consultation avec une perte de l’odorat et du goût, une fièvre de 39°C, des maux de tête et des courbatures ; le médecin a jugé que mon cas ne nécessite pas une hospitalisation, il m’a prescrit un traitement pour dix jours avec un confinement de 14 jours à domicile», a décrit une enseignante.

Cette dernière fait partie de la majorité des cas qui se présentent dans les différents établissements Covid dans les hôpitaux de Constantine et qui viendront encore allonger la très longue liste des cas contaminés au coronavirus, mais qui ne figurent guère dans les statistiques officielles communiquées. 


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