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Me Salah Dabouz. Avocat et militant des droits humains

«Des fonctionnaires de l’Etat ont causé la mort d’un grand militant»

14 juillet 2019 à 10 h 00 min

L’avocat et défenseur des droits humains, Me Salah Dabouz, a entamé une grève de la faim depuis lundi, pour dénoncer ce qu’il qualifie d’«acharnement judiciaire» contre sa personne et ses clients. Dans l’entretien qu’il a accordé à El Watan, il revient sur son action et répond aux citoyens qui l’appellent à y surseoir. Signalons qu’un comité de soutien et de solidarité avec l’avocat est en cours de constitution. D’ailleurs, une visite est annoncée au bureau de l’avocat à Alger demain de 9h à 13h…

– Vous êtes en grève de la faim depuis une semaine. Il y a des appels de vos amis, de collectifs politiques et de la société civile pour vous demander de surseoir à votre action. Que leur répondez-vous ?

Je dis simplement que je ne comprends pas que des gens demandent à un militant des droits humains, qui conteste une injustice insupportable par les moyens pacifiques qu’il trouve à sa disposition, d’arrêter son action. Le pire, c’est que certains d’entre eux vont jusqu’à faire des promesses que tout va changer alors qu’ils n’ont aucun pouvoir de décision.

C’est vers les pouvoirs publics qui nous humilient qu’il faut s’orienter pour les empêcher de faire ce qu’ils font et nous rendent la vie insupportable et non par vers nous qui résistons à ces pratiques inhumaines pour nous demander de résister sans déranger l’ordre établi. Je vous rappelle que des fonctionnaires de l’Etat ont causé la mort d’un grand militant des droits humains (Kamel Eddine Fekhar, mort en détention après une longue grève de la faim, ndlr) et que moi, je cherche à rétablir la vérité.

– Vous êtes soumis à un contrôle judiciaire qui vous oblige à vous rendre trois fois par semaine à Ghardaïa, alors que votre domicile et votre bureau sont à Alger. Vous avez parlé d’une «vengeance» à votre encontre…

Le wali de Ghardaïa a clairement dit dans un discours diffusé par la radio locale de Ghardaïa le 31 juillet 2016 que c’était lui qui avait décidé de me soumettre à un contrôle judiciaire à l’époque, contrôle qui avait duré 8 mois. J’étais obligé de me déplacer une fois par semaine pour signer chez le juge d’instruction.

Le wali avait précisé que cette décision avait été prise après la concertation de la région (il voulait dire certainement la 4e Région militaire) et de sa hiérarchie (donc le ministre de l’Intérieur) et il avait juré de m’emprisonner si je n’arrêtais pas de faire certaines déclarations, sachant que j’habite et active à Alger.

Ajoutez à cela le communiqué du procureur général près la cour de Ghardaïa, diffusé le 8 avril 2019 et dont le contenu est en violation de l’article 11 du code de procédure pénale, dans lequel il m’attaque personnellement m’accusant d’être chargé d’exécuter un plan étranger de Levy (Bernard-Henri Levy, ndlr) alors qu’il n’existe aucun fait dans les trois dossiers montés contre moi en relation avec cette intox, ce qui n’est pas le seul grand dérapage de ce procureur général, qui déclare clairement qu’il existe des citoyens «honorables» et d’autres «non honorables», ce qui laisse à supposer que je serais classé dans la deuxième catégorie puisque ce communiqué a été publié pour expliquer les raisons qui ont évité mon incarcération.

Ce même procureur avait déconseillé aux gens de se solidariser avec moi et menacé les avocats qui voulaient se constituer pour me défendre de poursuites judiciaires. Alors, si tout cela n’est pas un acharnement et une vengeance, c’est quoi… ?

– Vous avez décidé de saisir le rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Michel Forst. Qu’en est-il au juste ?

Le rapporteur spécial pour la situation des défenseur des droits de l’homme, Michel Forst, que j’ai rencontré à Dublin en 2015 et avec qui j’ai échangé sur beaucoup de problèmes, notamment la situation des défenseurs des droits de l’homme en Algérie et sur l’argument de la souveraineté qu’utilisent certains Etats signataires de conventions internationales relatives aux droits humains pour se dérober de leurs obligations alors qu’ils oublient ce principe quand il s’agit d’intérêts économiques et d’intérêts des peuples.

Bien évidemment, la procédure prendra un peu de temps et nous attendons les réactions du gouvernement pour communiquer mon cas.

– Vous dénoncez le refus des juges de Ghardaïa d’enregistrer vos plaintes (la vôtre et celle de Mme Fekhar). Pourquoi cette situation ? Y aura-t-il d’autres actions ?

Zahira Fekhar et ses enfants m’ont chargé de déposer une plainte contre cinq responsables, qui sont Azeddine Mechri, wali de Ghardaïa, Ben Salem Mohamed, procureur général près la cour de Ghardaïa, le juge d’instruction de la première chambre du tribunal de Ghardaïa, le directeur de la prison de Ghardaïa et le directeur de l’hôpital, Tirichine Brahim. Ils estiment qu’ils ont une responsabilité dans la mort de Kamel Eddine Fekhar.

Seulement, le juge d’instruction de la
deuxième chambre a refusé d’ouvrir une information judiciaire avant même d’examiner si Fekhar était mort ou pas, pourquoi il est mort et dans quelles conditions, et sans examiner si Zahira Fekhar est vraiment l’épouse légitime de Kamel Eddine ou un personnage imaginaire.

Et quand j’ai fait appel, la greffière de la chambre d’accusation a carrément refusé de communiquer avec moi, m’indiquant que ce sont les instructions du président de la cour, sans parler du rapport d’autopsie qui n’a toujours pas été remis à la famille Fekhar. Nous sommes donc devant une situation de déni de justice flagrant. La grève de la faim que je mène est une première réaction à cette situation. Suivrons certainement d’autres actions et procédures.

– Une cérémonie de commémoration de la disparition du militant Kamel Eddine Fekhar sera organisée à Ghardaïa. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

En effet, une cérémonie de commémoration de la disparition du militant et rebelle Kamel Eddine Fekhar sera organisée à Ghardaïa après les 40 jours de son décès.

D’abord, c’est dans les coutumes des M’zabs de commémorer la mort d’un de leurs enfants le 40e jour de sa disparition, ensuite il s’agit surtout pour feu Kamel Eddine Fekhar, qui a marqué le M’zab et toute l’Afrique du Nord par son combat impressionnant pour les droits humains mais aussi pour les droits des Amazighs et du M’zab sur tous les plans et son sens de la citoyenneté très à l’avance.

Il s’agit donc d’une occasion pour faire connaître l’homme et ses idées, qui nous a quittés seulement par son corps et non pas par son esprit et ses idées. 


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