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Pénurie de traitements anticancer : Des enfants entre la vie et la mort

15 février 2021 à 11 h 27 min

Suite aux ruptures cycliques des médicaments, les taux de récidives en hausse ne sont jamais enregistrés. Défaut de ces médicaments, notamment le Méthotrexate, le pronostic vital des patients est engagé.

l’occasion de la Journée internationale du cancer de l’enfant, célébrée le 15 février de chaque année, qui vise à promouvoir les soins, une grosse rupture nationale des médicaments pour la prise en charge des enfants cancéreux – notamment le Méthotrexate haute dose, l’Aracytine, et on annonce prochainement l’Asparaginase, des produits indiqués dans le traitement des leucémies, tumeurs du cerveau, cancer des os et les lymphomes chez les enfants – a déclenché une panique générale dans les services d’oncologie pédiatrique à travers le territoire national.

Après avoir saisi officiellement les responsables hiérarchiques et l’autorité de santé, à savoir le ministère de la Santé, les soignants lancent des SOS et la presse reste l’ultime recours.

«La situation est intenable. Nous ne pouvons pas continuer à soigner dans de telles conditions. Nous avons vécu le même problème le mois de septembre 2020 et voilà trois mois après, nous faisons face à une situation similaire. Nos malades sont en danger de mort. Le pronostic vital de ces enfants cancéreux est engagé. Nous ne pouvons pas nous taire devant une telle situation dont la détresse des parents est incommensurable. Nous n’avons jamais eu autant de cas de récidive de maladie.» Tel est l’appel de détresse du Pr Houda Boudiaf, chef de service d’oncologie pédiatrique au Chu Mustapha Bacha, avec une voix nouée au bout du fil près avoir fait un pic hypertensif.

Elle n’a pas cessé de répéter que toutes les commandes faites par la pharmacienne de l’hôpital auprès de la PCH reviennent avec zéro boîte. «Un drame pour tous ces enfants dont l’espérance de vie risque d’être écourtée», s’alarme-t-elle.

«Qu’on ne vienne surtout pas à l’occasion de la Journée mondiale du cancer de l’enfant pour prendre des photos avec nos malades. Nous demandons des médicaments pour soigner nos patients, ni plus ni moins. Nous comprenons que la pandémie a effectivement bloqué les importations, mais on ne peut pas compromettre le pronostic de nos patients. On a bien pu importer des masques, des blouses et des vaccins, pourquoi pas le Méthotrexate qui est un produit vital et autres médicaments», s’est-elle offusquée en rappelant que quatre drogues majeures utilisées sont en pénurie. «Comment allons-nous faire. On nous demande de changer de protocole, alors qu’il n’y a pas de produits de substitution», a-t-elle relevé en évoquant les 200 patients nécessitant des traitements, dont certains sont sur la liste d’attente. «Nous sommes contraints de donner des ordonnances aux parents afin qu’ils essayent par eux-mêmes de se procurer ces médicaments. Pourquoi le problème ne se pose pas ailleurs dans le monde ? Pourquoi tant de négligence ?» a-t-elle lancé.

Et de souligner que tous les services d’oncologie du territoire national sont sollicités pour l’emprunt d’une ou deux boîtes lorsque le médicament est disponible.

Une situation inquiétante

La situation est inquiétante, selon le PBoudiaf, pour les jours à venir, sachant que les taux de récidives augmentent de jour en jour et la demande de soins sera de plus en plus importante. «Ces molécules sont indispensables pour la guérison de ces maladies», insiste-t-elle.

Ces ruptures de médicaments favorisent la progression de la maladie et les rechutes qui peuvent être fatales pour les patients. «Une leucémie non traitée peut évoluer rapidement et le pronostic vital est vite engagé», signale le Pr Fatiha Gachi, chef d’unité oncologie pédiatrique au Centre Pierre et Marie Curie.

Le cancer de l’enfant, indique-t-elle, doit être pris en charge rapidement, vu l’évolution fulgurante de certaines formes de tumeurs, notamment les pathologies les plus fréquentes, les tumeurs cérébrales, les leucémies, les lymphomes, les neuroblastomes, rétinoblastomes et néphroblastomes, dont les incidences augmentent chaque année.

«Retard des prises en charge»

«Nous sommes confrontés au retard de la prise en charge dont des complications sont aujourd’hui très nombreuses, notamment les métastases, grosse, tumeurs, récidives, etc. Ce qui est dû au fait que soit les malades ne consultent pas à cause de la pandémie Covid-19 ou bien pour manque de médicaments, notamment le Méthotrexate et autres produits qui sont actuellement en rupture de stock à la PCH», précise le Pr Gachi. «Ces produits sont des drogues majeures dans le traitements de ce maladies cancéreuses. On ne peut pas les substituer ni changer de protocole. Ce qui mettra le pronostic vital du malade en jeu», a-t-elle averti.

Et de rappeler que les 20 patients de son service «ont besoin entre 15 à 20 g par semaine de Méthotrexate chacun. 7 cures sont donc prévues en pré-opératoire et 12 cures en post-opératoire, soit 20 g par cure/par patient. A défaut, la maladie peut mal évoluer, notamment vers des métastases, voire l’amputation des membres atteints. Actuellement nous ne pouvons pas placer de nouveaux malades pour des cures».

Le professeur Kamel Bouzid, chef de service d’oncologie au CPMC et président de la Société algérienne d’oncologie médicale, s’interroge sur ces ruptures cycliques d’un vieux médicament générique dont «le prix est dérisoire». «Le Méthotrexate accompagné de l’acide folique permet de guérir les leucémies aiguës, les lymphomes et les tumeurs osseuses dans 70% des cas», souligne le Pr Bouzid, quidéplore qu’«il a fallu un don d’un laboratoire à la PCH pour poursuivre les cures lors de la dernière rupture en septembre dernier et ils (responsables de la PCH, ndlr) le rappellent à chaque fois. Ce n’est pas un service qu’on me rend à moi ni au Pr Boudiaf ou au Pr Gachi. Ce sont des médicaments destinés à soigner les malades et c’est tout, et nous exigeons leurs disponibilité». Et d’ajouter : «L’Algérie n’a qu’à fabriquer le médicament localement pour régler définitivement ce problème de rupture.»

La directrice de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), Fatima Ouakti, affirme que la rupture du Méthotrexate est liée au problème de fabrication et d’approvisionnement de la matière première en Inde et en Chine, impactées par la pandémie. «Les commandes ont été faites auprès de nos fournisseurs et nous attendons leurs livraisons dont les premières boîtes arriveront au mois de mars prochain. Par ailleurs, des démarches ont été entreprises auprès d’autres laboratoires pour avoir une quantité dans les plus brefs délais.» Mais, souligne-t-on, «ce produit est difficile à fabriquer de par son instabilité».

En attendant les premières livraisons dans un mois ou plus, les listes de malades s’allongent dans chaque service d’oncologie pédiatrique avec toutes les complications qui pourraient surgir chez certains enfants. 


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