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«La femme dans l’espace public» au menu du colloque du RCD

De «l’enfer clos des familles» aux violences du dehors

18 septembre 2018 à 1 h 05 min

La femme dans l’espace public : violences et résistance». Tel est le thème de la dernière partie du colloque organisé par le RCD samedi dernier à Zéralda et consacré à la «Participation politique et socioéconomique de la femme dans les pays nords-africains».

Dans notre édition d’hier, nous avions abordé un certain nombre de questions liées aux autres thématiques qui étaient inscrites au menu de ce colloque, notamment la question des «quotas» dans les assemblées élues, les inégalités sexistes face au marché de l’emploi et l’ampleur du harcèlement au travail qui freine la carrière professionnelle de beaucoup de femmes.

Dans cette dernière thématique, nous avons retenu deux conférences qui dépeignent rigoureusement le quotidien des femmes dans les sociétés maghrébines, l’une dans la sphère privée, l’autre dans la sphère publique. La première, en l’occurrence celle de Fadhila Chitour-Boumendjel, professeure à la faculté de médecine d’Alger et l’une des fondatrices du Réseau Wassila, opérait une saisissante mise à nu des violences «à huis clos» subies par les femmes

L’autre communication, donnée par la Tunisienne Samira El Akili, membre du bureau exécutif du parti Al Joumhouri, portait sur le rapport des citoyennes tunisiennes à l’espace public en déconstruisant un certain nombre d’idées reçues sur la place des femmes dans la société tunisienne post-révolution.

«La violence détruit les femmes»

«Il existe un obstacle dramatique à l’exercice des droits des femmes : c’est la violence», souligne d’emblée Fadhila Chitour-Boumendjel. D’après elle, «l’écrasante majorité des violences subies par les femmes au quotidien se produisent dans l’enfer clos des familles et l’intimité des foyers». «En effet, plus de 80% de ces violences sont familiales et surtout conjugales», précise-t-elle. «Mon intervention sera donc un cri d’alarme face à la véritable urgence sociale que sont devenues les violences à l’encontre des femmes dans notre pays», résume Mme Chitour. «Pour les victimes des violences conjugales, les conséquences sont catastrophiques. Car la violence tue, casse, affaiblit, rend malade ; elle détruit les femmes, détruit les familles…», alerte la conférencière. «Des femmes meurent sous les coups, font des dépressions, se suicident, sont jetées à la rue…», scande-t-elle dans un réquisitoire déchirant. «Elles voudraient quitter le foyer mais pour aller où ? Et les enfants ? Impossible de les abandonner.»

Voilà qui ajoute à la détresse des mères battues. «C’est pourquoi beaucoup de femmes se résignent, pensant ainsi protéger leurs enfants de la rue. D’autres résistent, luttent, surtout si elles sont aidées par leurs familles.» Fadhila Chitour-Boumendjel insiste sur le fait qu’un «nombre infime (de femmes) tente de saisir la justice». Celles qui décident de porter plainte sont vite confrontées à la «violence de l’appareil judiciaire». «Plus de la moitié de ce nombre infime abandonne l’action judiciaire en cours de route», affirme Mme Chitour. Et pour les autres, elles n’obtiennent que très rarement réparation.

«Peu d’agresseurs sont condamnés, et s’ils le sont, ils écopent exceptionnellement de peines à la mesure de la gravité de l’acte.» «Durant les années 2014-2015, dans notre expérience, sur 13 affaires de coups et blessures volontaires très graves, dont des tentatives d’égorgement, d’homicide, il n’y a eu qu’une seule condamnation à 20 ans de prison, celle d’un homme qui a tenté de brûler vive sa femme», témoigne la cofondatrice du Réseau Wassila. S’agissant des 12 autres cas, il y a eu «une relax pour irresponsabilité, des peines de prison avec sursis, des peines de prison régulièrement diminuées et même une peine de prison effacée par la grâce présidentielle».

De plus en plus de femmes recourent à la séparation en actionnant la procédure de «khol’â», nous dit l’infatigable professeure. Pour autant, la femme divorcée n’est pas au bout de ses peines, notamment en ce qui concerne le versement de la pension alimentaire pour les enfants. «Beaucoup d’hommes refusent de payer, mentent sur leurs revenus (…). Ils habitent loin, ils sont injoignables, ils ont quitté le pays… Et le temps passe jusqu’à la prescription au bout de deux ans.» Fadhila Chitour-Boumendjel estime à juste titre que «la violence à l’encontre des femmes pose un problème éminemment politique puisqu’il concerne les droits des citoyens à la sécurité, à la liberté et à la dignité, tous des droits garantis par la Constitution (…). C’est pourquoi il est urgent de lutter contre toutes les discriminations juridiques et sociales et d’appliquer réellement les droits égalitaires pour réaliser une vraie citoyenneté», plaide Mme Chitour.

Violences sur les femmes dans l’espace public tunisien

La Tunisienne Samira El Akili s’est attachée, pour sa part, à mettre en lumière la fragilité de la condition des femmes en Tunisie, offrant ainsi un contre-récit au discours célébrant avec emphase les acquis de la femme tunisienne, en négligeant les résistances sociétales qui entravent le plein exercice de ces droits. Nous avons été nombreux à saluer les dernières mesures favorables aux femmes en matière d’héritage, à Tunis, ou encore celles leur garantissant le droit de contracter un mariage avec un non-musulman. Mais la réalité, assure Samira El Akili, est un tantinet moins séduisante.

Elle impute, en partie, cette situation à la montée fulgurante de «l’islam politique» après 2011 et les violences qui l’ont accompagnées. «Cette violence s’est aggravée au point de cibler des candidates et de menacer plusieurs militantes», affirme la féministe tunisienne. Elle cite le cas de l’écrivaine et universitaire Olfa Youssef, connue pour ses écrits anti-intégristes, qui a reçu des menaces de mort en août 2013 de la part d’extrémistes religieux. A en croire Samira El Akili, malgré les avancées indéniables que toutes les progressistes du monde arabe lui envient, la femme tunisienne a, elle aussi, son lot d’«agressions sexuelles, de harcèlement et d’exclusion».

Elle mentionne à l’appui une enquêté réalisée par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (Credif) et dont les résultats ont été publiés en 2016. D’après cette enquête qui portait sur «La violence fondée sur le genre dans l’espace public en Tunisie», 53,3 % des femmes interrogées ont déclaré avoir subi au moins un type de violence (psychologique, physique ou sexuelle) entre 2011 et 2015.

«Dans les espaces publics, on estime que 40% des femmes ont subi des violences physiques, 75% des femmes ont subi des violences sexuelles et 78% des femmes ont subi des violences psychologiques», selon un article publié par le site de l’organisation «ONU Femmes Maghreb»

(http://maghreb.unwomen.org/fr). Selon les mots de la militante tunisienne, l’espace public «n’est plus un espace commun» en Tunisie. «La relation de la femme à l’espace public est une relation conditionnée (…). Ce n’est plus un espace neutre mais un espace d’exclusion.»



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