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Covid-19 : ça repart à Béjaïa !

25 juin 2020 à 10 h 07 min

La crise sanitaire est royalement et dangereusement ignorée à Béjaïa. Le relâchement partiel dans la prévention tend à être total.

Le port du masque se fait rare. La distanciation entre les personnes est ignorée. Les comportements sont insoucieux. Et pour couronner le tout, beaucoup ne croient plus à la Covid-19.

La cause ? Le black-out local presque total sur l’info. Depuis près d’un mois, et sur instruction de la tutelle, la direction de la santé a arrêté de communiquer les bilans quotidiens. «Il y a les chiffres de la commission nationale de suivi», nous répond-on à la DSP.

Pourtant, la commission que préside le Dr Djamel Fourar, ne détaille pas ses bilans. A Béjaïa, on ignore où sont les foyers de contamination, leur consistance et à quel rythme ils avancent. Ce qui donne l’affreuse impression que s’en est fini avec le virus. Et pourtant !

Le dernier bilan de la DSP remonte au 29 mai. On était au chiffre macabre de 25 décès et 281 cas contaminés.

Mercredi dernier, on est arrivé à 333 cas et on a dépassé la trentaine de morts. Depuis que l’on ne communique plus localement sur le sujet, la population ignore que la maladie a fait une dizaine de victimes de plus.

Il faut faire le décompte des points de situation, incomplets, publiés sur le site du ministère de la Santé pour le savoir. Et les nombreux cas dépistés au scanner n’y sont apparemment pas comptabilisés, à considérer la précision : «Confirmés biologiquement à la PCR».

La population a baissé la garde, la sensibilisation s’est subitement éteinte et les retombées se vérifient dans les hôpitaux.

Deux zones rouges : Béjaïa et Kherrata. Hier, une cinquantaine de malades se trouvait dans les deux hôpitaux de la ville de Béjaïa. «C’est la première fois, depuis le début de la pandémie, que le service de réanimation est plein.

Nous avons dû dégager un nouvel espace», nous affirme Ghania Gherbi, la directrice du CHU, qui a mobilisé, pour la prise en charge des cas du nouveau coronavirus, les services de l’orthopédie et de la neurochirurgie.

L’hôpital Khellil Amrane dispose de sept lits de réanimation, auxquels ont été ajoutés sept autres, offerts par un industriel. Avant la flambée de ces derniers jours, le service «réa» n’a jamais affiché complet. «D’habitude, ce sont 3 à 4 lits qui sont occupés», nous dit Hafid Boudrahem, le surveillant médical.

Hier, ils étaient 14 malades intubés, auxquels il faut ajouter les 35 autres patients qui se trouvent à l’hôpital Frantz Fanon, en haute ville.

Kherrata sous pression

La saturation menace les établissements hospitaliers d’Amizour mais surtout de Kherrata. «L’hôpital est plein», nous affirme Behlouli Rayed, le directeur de l’EPH de Kherrata. Avant-hier, 43 patients atteints de Covid-19 y était hospitalisés.

La veille, ils étaient 55. Encore un peu, l’établissement ne pouvait plus recevoir de nouveaux patients. Après une décrue, les chiffres ont amorcé une remontée effrayante. Tout a redémarré au lendemain de l’Aïd, qui a favorisé les regroupements familiaux.

De 8 malades vers la fin du Ramadhan, on est monté progressivement pour dépasser la cinquantaine. L’hôpital fait face actuellement à un rythme régulier et soutenu de consultations quotidiennes. «Une moyenne de 10 cas positifs par jour», affirme le directeur.

Ce sont des cas révélés par scanner.  La charge est d’autant plus pesante sur cet EPH, qu’à lui seul il porte ce que comptabilisent les deux hôpitaux réunis de la ville de Béjaïa. «C’est une deuxième flambée plus importante que la première», telle que la qualifie Behlouli Rayed. L’EPH, qui n’a pas cessé ses autres activités, doit affronter la situation avec le même personnel.

Une composante qui, faut-il le rappeler, a perdu, en avril dernier, un agent de sécurité et un médecin, emportés par le Sars-CoV-2. La conjoncture avait suscité, on s’en souvient, une extraordinaire solidarité populaire.

Le manque de communication et les lacunes de la gestion de la crise sanitaire ont aggravé la crise de confiance jusqu’à faire le lit de la suspicion, notamment sur les réseaux sociaux où de graves accusations de travestissement de la réalité sont proférées contre le personnel médical.

L’hôpital d’Akbou l’a vérifié à ses dépens suite à la vidéo qu’une jeune femme ayant perdu son grand-père a mis en ligne. Le directeur de l’EPH, Si Meziane Mustapha, a dû déposer plainte pour diffamation.

«Au début de la crise sanitaire, nous étions des anges, en l’espace d’une semaine, nous sommes devenus des démons», ironise, amèrement, Behlouli Rayed.

«La majorité du personnel médical et paramédical qui travaille dans les services Covid est dans les hôtels depuis trois mois. Ils ne voient ni leurs enfants ni leurs parents. Certains ont eu des dépressions et sont suivis par des psychologues.

On est épuisés. Ce n’est pas le moment de mélanger la politique et la pandémie», estime Hafid Boudrahem, qui demande à la population d’être «clémente». «Nous avons essuyé des insultes dans des commentaires aux bilans quotidiens que nous diffusions sur Facebook.

Du coup, on a été obligés de cesser leur publication», nous dit Si Meziane Mustapha. L’EPH est épargné par la flambée de l’épidémie. Il a compté, hier, deux malades mis en isolement et six autres dans l’attente des résultats de leurs prélèvements.

Depuis le début de la maladie, il a cumulé 32 cas positifs avec un pic de 17 cas. «Toutefois, la situation peut exploser à tout moment vu le comportement des gens», alerte-t-il. C’est ce que pense aussi Hadidi Karim, le directeur de l’EPH de Sidi Aïch, qui a compté hier 15 hospitalisations, dont deux positifs.

Le chiffre n’est pas alarmant, mais pour cet hôpital «c’est beaucoup», précise son directeur. L’hôpital a connu une flambée vers la fin avril suite à une vague de contaminations qui a eu pour épicentre la région d’Adekkar.

Mais il y a un mois, et pendant toute une semaine, il y avait zéro cas. «Le service était vide», assure notre interlocuteur. Après l’Aïd, la contamination a repris. «Pourvu que ça ne s’amplifie pas», espère Hadidi Karim. Le risque de la propagation est réel, d’autant qu’aux portes de la wilaya, du côté de Sétif, la Covid-19 se démultiplie. 


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