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lundi, 20 janvier, 2020
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Convoqué pour répondre aux accusations des hommes d’affaires : Saïd Bouteflika refuse de répondre aux questions du juge

08 décembre 2019 à 10 h 00 min

Comparaissant hier devant le tribunal de Sidi M’hamed, Ali Haddad a été interrogé sur financement de la campagne électorale de  Abdelaziz Bouteflika. «Le 25 janvier 2019, Saïd Bouteflika m’a téléphoné pour me demander de l’aider pour la campagne électorale qui devait démarrer. Il m’a annoncé la désignation de Yahiaoui pour se charger de la jeunesse, de Bellat pour la campagne électorale, Amara Benyounes pour la communication et Hamoud Chaib pour les finances. Je n’ai plus eu de contact jusqu’au 6 février. Le 7 mars, il m’a encore rappelé pour me dire d’aller récupérer l’argent qui était à la permanence de Hydra, à Alger. Il m’a expliqué que les gens parlent de 700 et 800 milliards de centimes cachés là-bas. Pour des raisons de sécurité, il faut leur changer d’endroit.»

Le juge : «Pourquoi vous a-t-il demandé de les prendre ?» Haddad : «Vous savez que Saïd Bouteflika savait beaucoup de choses. Je ne vais pas parler de cela ici. Il m’a dit juste que pour des raisons de sécurité, il faut leur changer de place. Le lendemain j’ai envoyé quelqu’un les récupérer.» Le juge lui demande l’origine de cet argent ; Ali Haddad répond : «Je ne sais pas. Je sais que Mazouz a remis un chèque… Je peux témoigner que Mazouz m’a remis un chèque. Il est venu à mon bureau au siège du FCE avec Mohamed Baïri.» Le juge : «D’autres ont également remis de l’argent, comme Métidji, Bellat, Benhamadi…»

Le magistrat appelle Hamoud Chaib, le chargé des finances de la campagne, âgé de 90 ans. Il affirme que l’argent était «déposé sur deux comptes au CPA», ouverts au nom de Abdelmalek Sellal en tant que directeur de la campagne et de son successeur, Abdelghani Zaalane. Le juge : «Quel est le montant prévu pour la campagne ?» Chaïb : «On l’avait estimée à 120 millions de dinars, mais il n’était pas encore réuni.» Le juge : «Qui vous a appelé pour prendre l’argent de la permanence de Hydra ?» Hamoud Chaïb : «Ali Haddad. Il les a pris en trois tranches, 12 milliards de centimes, 5 milliards et 2,5 milliards . En tout, il y avait 19,5 milliards de centimes.» Le magistrat : «Qui s’est chargé de les prendre ?» Chaib : «Hadj Said.»

Le juge appelle ce dernier qui confirme les propos de Hamoud Chaib et précise que les montants ont été remis à Hadj Saïd, qui les a donnés à Ali Haddad, dans son bureau situé à Dar El Beïda. Mais le patron de l’ETRHB nie et le juge revient à la charge. Il appelle Hadj Saïd qui déclare : «Ali Haddad m’a demandé de ramener l’argent. Je l’ai remis contre une décharge.» Le magistrat insiste pour connaître le montant exact, mais Ali Haddad explique que «des dépenses ont été effectuées. Il y a eu 65 millions de dinars qui ont servi pour la location des sièges et du mobilier, il restait 55 millions de dinars». Le magistrat le relance sur les montants déplacés de Hydra vers son bureau. «Cet argent est resté caché jusqu’à la fermeture de la campagne électorale. Mais, un chèque de 4 millions de dinars, remis à un entrepreneur pour des travaux effectués à la direction de campagne est revenu impayé de la banque. Nous étions obligés de payer cash le montant. Il restait 60 millions de dinars, disparus après mon incarcération.»

Le juge l’interrompt : «Qui voulez-vous accuser ?» Ali Haddad : «Personne ! je dis ce que je sais.» Le juge : «Qui a nommé le trésorier ?» Ali Haddad : «C’est quelqu’un de confiance, qui a fait toutes les campagnes électorales. Tout le monde le connaît. C’est Saïd Bouteflika qui l’a désigné.» Le juge se tourne vers Chaïb et lui demande combien d’argent est resté. Il confirme le montant de «60 millions de dinars», mais Ali Haddad intervient : «Laissez-moi vous expliquer. Il y a eu 25, 2 millions de dinars dépensés pour le siège de Hydra, 18 millions de dinars pour le siège du Ravin de la Femme Sauvage, et 15 millions de dinars pour les bureaux de Sidi Yahia. En tout, il y a eu 58,2 millions de dinars dépensés et il ne restait que 7 millions de dinars qui ont été utilisés pour l’achat du mobilier des bureau…» Le juge demande à Chaib qui l’a désigné en tant que responsable des finances. «C’est Ali Haddad», répond-il. Haddad nie catégoriquement : «Je n’ai désigné personne !» Le juge : «Dites-nous la vérité.» Haddad : «Je vous ai dit que la première fois, Saïd Bouteflika m’a donné des noms et parmi eux, Chaib…» Le juge : «Avez-vous appelé Hamoud Chaib ?» Haddad : «Oui, mais je ne l’ai pas nommé…»

Le procureur prend le relais du juge et revient sur le chèque remis par Ahmed Mazouz. Haddad répond : «Il m’a remis un chèque de 39 millions de dinars, dans mon bureau.» Le magistrat : «Lui avez-vous demandé de payer ? ». Haddad : «Pas du tout. Mazouz est venu à mon bureau…» Le juge l’interrompt : «Répondez à ma question : lui avez-vous demandé de payer ?» Haddad continue à nier. Le procureur : «Saviez-vous que Mazouz a une usine de sucre à Boumerdes ?» Ali Haddad : «J’ai entendu qu’il est dans le sucre…»

Le procureur revient à la charge et Haddad, explique : «En tant que président du FCE je sais qui fait quoi mais je n’ai pas les détails des usines.» Le procureur lui demande s’il était à l’origine du recrutement du trésorier de la campagne et Haddad persiste à nier, y compris d’avoir demandé de ramener l’argent de Hydra à Dar El Beïda. Mais le procureur lui lance : «Vous aviez demandé à Mazouz de payer pour qu’on lui regle son problème de gaz qu’il avait à l’usine. N’est-ce pas la vérité ?» Haddad : «Je n’ai désigné personne et je jure sur Allah que je n’ai demandé à personne de payer.» Le magistrat : «Vous aviez pris 20 voitures de Hassan Arbaoui pour un montant de 20 milliards de centimes, destinés à la campagne. N’est-ce pas le cas ?»

Ali Haddad : «Je n’étais pas responsable de la campagne…» Le magistrat : «Expliquez-nous cette affaire de véhicules.» Ali Haddad : «Media Temps avait besoin de 15 véhicules et en dehors de la campagne…» Le magistrat : «Expliquez nous c’est quoi Media Temps ?» Haddad : «Le groupe telfaza et djournane (télévision et journal). J’ai fait la commande chez Hassan Arbaoui et c’est Media Temps qui devait payer en tant que personne morale. Mais, la transaction n’a pas été conclue.»

Il est déjà 13h, le juge entend les parties civiles et les cadres du ministère de l’Industrie poursuivis dans le cadre du dossier.

Achaibou, Rebrab et Emin Auto, les victimes de Bouchouareb

C’est Abderrahmane Achaibou qui passe à la barre pour raconter dans quelles circonstances son groupe, doyen de l’activité automobile, a été spolié de ses six marques, dont Ford et Kia, qu’il avait introduites en Algérie, pour être données «par Bouchouareb, ministre de l’Industrie», à d’autres concessionnaires sans aucune expertise ni expérience. Il affirme qu’à la suite de la loi de finances de 2014, il avait présenté un dossier complet pour de l’assemblage automobile. Sa société comptait déjà 562 travailleurs et  37 distributeurs qui employaient 600 personnes. «On présente le dossier Ford le 18 septembre 2016. Je me déplace aux Etats-Unis pour un rendez-vous avec le directeur exécutif et vous savez ce qu’il me dit ? Que le ministre de l’Industrie, Bouchouareb, était sur place et qu’il attendait d’être reçu. J’étais surpris. Le responsable était très gêné au point de me demander ce qu’il allait faire avec lui. Le 31 mai 2016, nous avions signé un contrat de partenariat avec Kia, et un autre contrat d’assistance technique pour le montage.»

Le juge l’interrompt pour lui demander pourquoi il a été exclu. Achaibou répond : «Le problème c’est que je n’ai même pas reçu de courrier, ni sous Abdelmalek Sellal ni sous Ahmed Oyahia. Mahdjoub Bedda, ministre de l’Industrie m’a répondu, mais sans plus.» Achaibou se dit «très heureux de vivre ce moment après quatre longues années de déboires». Il poursuit : «En 2014, on a signé avec le japonais Isuzu, un contrat de partenariat pour une usine à 75% algérienne, mais Bouchouareb m’a éliminé de ce secteur comme il m’a écarté de l’importation en me disant que je dois m’estimer heureux qu’il me laisse la marque Kia. En 2016, il m’a enlevé six marques, Daewoo, Ford, Kia, Isuzu… Il m’a détruit !», lance-t-il, les larmes aux yeux. «J’ai contacté Abdelmalek Sellal, avant qu’il ne parte. Il a écrit à Bouchouareb, mais vous avez entendu ce qu’il a dit devant la barre. Bouchouareb était ingérable. Il n’en faisait qu’à sa tête. Il ne m’écoutait pas. J’ai écrit 22 lettres à Bouchouareb, mais aucune réponse ne m’a été envoyée. Je n’avait aucune arme, à part mon stylo. Il fait ce que satan n’a pas osé faire.»

Achaibou dit ne pas en vouloir à Arbaoui et aux concessionnaires auxquels «Bouchouareb a donné ses marques» et précise : «Mohamed Baïri avait raison d’affirmer que le SKD n’est pas rentable pour l’Algérie. Renault, si ce n’est pas un échec, c’est un exemple à prendre parce qu’il a choisi un seul modèle à fabriquer.» Le juge : «Quelles sont vos demandes ?» Achaibou : «Que justice soit faite pour que la « amana »  (le dû) revienne à ses propriétaires.» Le juge rappelle Hassan Arbaoui à la barre et lui demande ce qu’il pense des propos de Achaibou. Il dit l’avoir rencontré et avoir discuté avec lui durant des heures. «Je lui ai dit que j’étais prêt à l’aider, y compris à payer le personnel mis au chômage. J’ai compris que les Coréens voulaient à tout prix créer un pôle industriel d’automobile en Algérie et ils ne voulaient pas qu’il y ait des problèmes politiques qui interfèrent.»

Achaibou reprend la parole et explique au juge comment son dossier a été déposé au ministère, grâce à Amine Tira, qui l’a aidé à obtenir un accusé de réception auprès du secrétariat de la commission technique. Mais Amine Tira, cadre au ministère de l’Industrie, poursuivi dans l’affaire, nie avoir appelé ou aidé Achaibou, tout comme d’ailleurs Omar Akadir, qui a précisé ne rien se rappeler de cet épisode qui remonte à plus de trois ans.

La deuxième victime que le juge appelle à la barre est le responsable de la société Emin Auto, représentant les marques JMC, Shana et Siongsong. «Nous avons monté l’usine qui était à plus de 70% algérienne, fin 2015, avec l’aide de l’ANDI. Après avoir rencontré l’ambassadeur de Chine à Alger, le ministre de l’Industrie, Abdeselam Bouchouareb, nous a affirmé que nous remplissons toutes les conditions pour faire le montage de ces marques en Algérie. Mais après, plus rien. Nous avons introduit des recours au moins 19 fois, en vain.»

Rappelé à la barre, Tira Amine affirme que «le dossier avait obtenu l’aval de la commission mais avec des réserves, après la première visite sur chantier. Il fallait une deuxième visite, une fois l’usine terminée, mais moi j’étais déjà partant.»

Le représentant de Emin Auto lance : «J’ai dépensé 60 millions de dollars et payé l’équivalent de 12 millions de dollars en TVA et droits et taxes douaniers et je n’arrive pas à comprendre pourquoi on m’a refusé. Je demande mes droits.» Il cède la place à Omar Rebrab, lui aussi victime dans ce procès. «En 2014, avec la nouvelle loi sur l’industrie automobile, nous avions déposé un dossier, resté sans suite. Le groupe Cevital est bloqué dans tous ses investissements. Nous avions invité les Coréens à Larbaâ, où se trouvait l’usine, ils nous ont demandé clairement de régler nos problèmes politiques avec le gouvernement. Ils avaient reçu un courrier du ministère de l’Industrie les informant que nos marques Kia et Hyundai étaient données à Tahkout et Arbaoui et la marque d’engins à Tiziri. Achaibou a raison de dire que nous ne pouvons pas faire ce genre de montage. Il n’y a que Sonacome qui fait du CKD et Renault qui fait du SKD, tout les autres font du DKD, c’est-à-dire que les voitures sont fabriquées dans les pays d’origine ; elles sont démontées puis remontées en Algérie. Mais leur numéro de châssis est celui du pays de leur naissance, c’est-à-dire leur pays d’origine.»

Un des avocats de la partie civile demande à Omar Rebrab d’être plus précis à propos de Tiziri. «J’ai appris par un agent de Tiziri que ce dernier a obtenu la marque après avoir payé 13 milliards de centimes à Bouchouareb.» L’avocat : «Vous a-t-il parlé d’Ouyahia et de Sellal, qui auraient obtenu eux aussi de l’argent de Tahkout et de Mazouz ?» Omar Rebrab précise : «Tiziri était un de nos distributeurs à Béjaïa. Il avait des relations avec Bouchouareb. Un de nos collaborateurs (qui est témoin), ami avec Tiziri, nous a confié que la marque Hyundai a été donnée à Tahkout en contrepartie de 13 milliards de centimes payés à Bouchouareb. Je n’ai rien dit à propos des autres mis en cause.»

Il est 14h, le juge lève l’audience pour une heure et à son retour, il annonce la convocation de Saïd Bouteflika. Celui-ci refuse de répondre aux questions du juge. 


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