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Clochardisée, humiliée et exsangue

Constantine «privatisée» par une assemblée résiduelle

28 décembre 2020 à 10 h 50 min

Pour la troisième année consécutive, le budget de la commune de Constantine est déclaré déficitaire de plus de 100 milliards de centimes.

Depuis son accession au siège de l’Hôtel de Ville en décembre 2017, le maire actuel a produit le meilleur du pire de la non-gouvernance que la troisième ville du pays n’a jamais subi.

La population en souffre plus que jamais, car le retrait des services communaux et de l’autorité communale de l’espace public a transformé le visage de la ville : insalubrité affligeante, réseau routier dégradé, anarchie de la circulation et du stationnement surtout, prolifération des commerces illicites, des constructions illicites et banalisation des atteintes au patrimoine historique, sans parler de centaines de projets bloquées.

On comprend la volonté du président de la République de se débarrasser de ces assemblées composées de la lie du couple FLN-RND pour servir de manière bête et disciplinée le 4e et 5e (non consommé) mandats du régime Bouteflika, mais dans le cas de Constantine, beaucoup d’élus doivent rendre des comptes avant de partir avec leurs magots.

L’actualité d’abord. Neuf élus communaux en rupture de ban viennent d’adresser au wali de Constantine, Saci Ahmed Abdelhafid, un rapport lourd et détaillé sur la gestion de la commune et l’incommensurable clochardisation de ses services, lui demandant l’ouverture d’une enquête sur la gestion du président de l’APC, Nadjib Arab, et son exécutif.

Le document a été déposé la veille d’une réunion convoquée par le wali pour la date du 9 décembre, avec à l’ordre du jour l’état de la commune-mère.

La réunion tenue en présence de l’exécutif de wilaya et l’exécutif communal a confirmé toute l’aversion exprimée par la population envers cette assemblée, ainsi que la conclusion du rapport des neuf dissidents.

Le rapport organisé en dix chapitres souligne d’emblée la position de l’APC en porte-à-faux avec les directives sur «la démocratie participative», et les orientations de «l’Algérie nouvelle». «La commune de Constantine ne va pas dans ce sens nouveau et reste trébuchante dans la gestion de la chose publique, dominée par des pratiques désespérées et fatales pour cette ville et sa sérénité, à travers les abus, les dépassements et les violations des lois qui organisent la bonne conduite des établissements publics, et l’excès dans l’exploitation abjecte des conditions très difficiles que traverse notre pays», lit-on dans le préambule.

Naufrage prémédité

Opacité totale dans la gestion des finances, violations répétitives des lois volontairement ou par ignorance, privilèges indus que s’octroie la moitié des élus, abandon irresponsable des missions fondamentales de la commune, notamment l’hygiène de la ville et le bradage de son patrimoine bâti, etc. L’historique Hôtel de Ville de Constantine prend l’eau de partout, même au sens propre d’ailleurs.

Ignorés par un hirak concentré sur le cœur du pouvoir, le maire et son premier cercle ont profité de la situation pour «privatiser» la commune et jeter un voile d’opacité sur la gestion des finances et surtout du foncier. Il n’y a pas une seule direction ou une seule commission qui fonctionne normalement.

Le clientélisme et la cooptation dans le choix des chefs de service a conduit en prison la direction du service des moyens généraux et les responsables de la commission des œuvres sociales, désignés en violation du décret 82/303. La commission des finances et celle du patrimoine sont en veilleuse.

Celle de l’urbanisme est marginalisée. Le maire pratique le jeu des chaises musicales pour neutraliser ses proches : en trois années, il a interchangé 28 fois les postes de directeurs, créant une instabilité inédite au sein de l’institution, et ce, avec le silence complice du secrétaire général de la commune, lit-on dans le même rapport.

Le vide ainsi créé, le bateau communal est parti à la dérive. L’inventaire annuel des biens n’est plus établi, le produit du patrimoine n’est plus recouvré (1800 locaux commerciaux exploités sans générer de revenus), l’abattoir abandonné, la gare routière ouest fermée, la gare routière est cédée à Sogral gratuitement (et la commune paye la facture de Sonelgaz en plus !!)… le rapport des neuf opposants pourrait remplir un livre noir.

Au chapitre des réalisations, une enveloppe de 5,5 milliards de dinars est dégagée pour financer 273 opérations, toutes élaborées par le maire sans passer par la commission de l’urbanisme, s’insurgent les rédacteurs du document, qui soulignent que ces projets soit n’ont pas démarré, soit ont été mal conduits ou carrément gelés.

Stopper le massacre

La descente aux enfers de Constantine a (re)pris en 2012, avec l’arrivée d’une APC version FLN-Belkhadem, mais la bêtise de cette assemblée est d’un niveau phénoménal. Le maire, Nadjib Arab, est aveugle et surtout sourd aux cris des opposants venus, lors de la session tenue le 17 décembre, faire entendre la voix de la raison.

D’ailleurs, dans un deuxième document rédigé le 21 décembre, ils ont demandé au wali l’annulation pure et simple de cette session et l’ouverture d’une enquête générale sur la gestion de la commune et les responsables de cette «mascarade». Dans leur lettre, ils ont attiré l’attention, entre autres, sur la destruction du centre-ville pourtant classé et protégé par le décret 05-208, portant création du secteur sauvegardé.

A ce sujet, ils ont dénoncé l’autorisation de construction d’un kiosque au square Bennacer, l’octroi d’une assiette dans ce même jardin centenaire à Algérie Télécom pour placer une infrastructure, et enfin «un terrain de plus de 10 000 m² cédé à l’agence foncière pour bénéficier à un opérateur privé dans l’opacité totale, sachant que cet opérateur a une relation directe avec le maire».

Cette session, la deuxième et la dernière de l’année (il en faut six), a été tenue avec la moitié des membres de l’assemblée (43 pour Constantine). Et après le retrait des «insurgés», dont les doléances ont été rejetées, le maire a fait voter en moins d’une heure l’ensemble des 40 points à l’ordre du jour, y compris le budget préliminaire adopté de manière expéditive, sans passer par la commission des finances !

Rien n’arrête ce maire et ses copains qui semblent non concernés par les chamboulements qui transforment l’Algérie. Si le wali Saci Ahmed Abdelhafid persiste dans son indifférence à l’égard de la wilaya dont il est chargé, le département de Kamal Beldjoud doit intervenir et stopper le massacre. 


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