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Condamné à 6 mois de prison ferme depuis janvier dernier à Mascara : Hadj Ghermoul transféré à Saïda

16 mai 2019 à 9 h 50 min

A près avoir passé 102 jours à la maison d’arrêt de Sidi M’hamed, à Mascara, Hadj Ghermoul, le jeune activiste de la localité de Tizi, distante de 8 km du chef-lieu de la wilaya de Mascara, écroué depuis sa comparution immédiate devant le tribunal de Mascara, le 29 janvier dernier, pour la simple raison qu’il avait exprimé son refus du 5e mandat de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, a été transféré, dimanche dernier, à l’établissement pénitencier de Aïn El Hadjar, à Saïda.

«Lors du déplacement de mon père, lundi dernier, qui devait s’informer des formalités pour la constitution d’un dossier de demande de liberté conditionnelle, celui-ci s’est vu signifier que son fils, Hadj, avait fait l’objet d’un transfert à l’établissement pénitencier de Aïn El Hadjar, à Saïda.

Finalement, il apprendra que son fils ne pouvait prétendre à ladite liberté conditionnelle, car il cumule trois affaires d’outrage à un agent de l’ordre public», a indiqué avant-hier Brahim, le frère de Hadj Ghermoul.

Son père Abdelkader, âgé de 67 ans, de nombreux citoyens et des militants des droits de l’homme considèrent le jeune Hadj Ghermoul comme «l’un des tout premiers à s’être élevés contre le 5e mandat de l’ex-président Bouteflika».

Selon son ami d’enfance, Kada Rezouane, un activiste qui cumule aussi quelque cinq affaires en justice pour délit d’«offense au président de la République», «tout a commencé le matin du 26 janvier, lorsque Ghermoul a décidé d’exprimer son opinion sur la candidature de Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat.

Il était 10h, quand Hadj m’a demandé l’achat d’une bombe de peinture de couleur rouge. Dans son local commercial presque vide, situé au marché des fruits et légumes à Tizi, il a écrit sur un carton de grand format, en langue arabe : ”La lil ohda el khamissa” (Non au 5e mandat).» A quelques encablures du marché des fruits et légumes, les deux jeunes, brandissant le carton en question, demandent à un ami de les prendre en photo avec le téléphone portable de Kada.

Sans tarder, ce dernier publie la photo sur sa page Facebook. «J’ai demandé à Ghermoul de ne pas publier la photo sur sa page Facebook. Il était en sursis pour une ancienne affaire d’outrage à un agent de l’ordre public», témoigne Kada Rezouane.

Deux jours après, «Ghermoul, qui traversait une pénible période à cause d’un problème familial, me confia sa peur d’un avenir incertain», ajoute notre interlocuteur d’une voix grave.

Vers 20h30, Ghermoul fût arrêté par des policiers et embarqué au commissariat de Tizi. «Il a pris quelques bières, pas plus de cinq, dans son domicile familial avant de se rendre à l’arrêt de bus à proximité de la cité de l’Indépendance, où il devait rencontrer des amis. Interrogé par des policiers qui le surveillaient, selon des témoignages, Ghermoul serait entré en altercation avec eux avant d’être arrêté», relate Kada.

Le vendredi 1er février, un communiqué de la sûreté de wilaya de Mascara adressé à notre rédaction, sans citer l’identité du jeune Hadj Ghermoul, annonce que «l’attention des policiers a été attirée par un individu causant un tapage. Une fois approché, il s’est avéré qu’il se trouvait dans un état d’ébriété très avancé. Il a proféré des propos vulgaires à l’encontre des éléments de la police.

Le mis en cause a été arrêté et conduit au siège de la sûreté de daïra où une procédure judiciaire a été instruite à son encontre, une fois remis de son ébriété. Il a été présenté devant la justice qui a ordonné son placement en détention.» Cette version a été rejetée en bloc par les proches du jeune Ghermoul. «Mon fils a été victime d’intimidation de la part de la police visant à mettre un terme à son activité militante», témoigne son père.

Agé de 37 ans, père de deux enfants et militant actif de la Coordination nationale pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), Ghermoul, qui a été écroué le jour de sa comparution immédiate devant le tribunal de Mascara, le 29 janvier 2019, s’est vu condamné, le 7 février, à six mois de prison ferme et 300 000 DA d’amende par le tribunal de Mascara pour les chefs d’inculpation d’«outrage à un corps constitué» et «délit d’ivresse publique».

Les frais de l’avocat qui a plaidé pour lui ont été pris en charge par son ami d’enfance Kada. «J’ai donné 20 000 DA à l’avocat que j’ai mandaté. Je ne peux pas le laisser seul !» nous confie-t-il. Le verdict est tombé comme un couperet pour la famille et les amis de Hadj. «Six mois de prison ferme ! C’est beaucoup», estime son père effondré, qui s’attendait à ce que le verdict soit plus clément.

Le jeune Hadj, outré, a fait appel du jugement prononcé à son encontre en première instance par le tribunal de Mascara. Trente-quatre jours après, le 13 mars, il est devant la barre de la cour d’appel de Mascara. La juge confirme la peine de prison et allège le montant de l’amende à 200 000 DA.

Ce jour-là, tout le monde s’attendait à ce que Hadj Ghermoul soit libéré avec sursis. «Nous ne nous attendions pas à ce verdict. Sa mère, sa femme et ses deux enfants, Zakaria et Slimane, pensaient qu’il serait libre», indique son père avec déception. Depuis sa condamnation à la prison, les appels se multiplient pour demander la libération du jeune Hadj Ghermoul.

A Mascara, Ouargla, Sidi Bel Abbès, Mostaganem, Oran ou à Alger, des citoyens et militants de différentes organisations ont marché dans les rues en signe de solidarité avec Hadj Ghermoul.

Sa famille, faut-il le souligner, remercie tous ceux et toutes celles qui ont apporté un soutien à son fils à travers leur élan de solidarité.

De leur côté, des journalistes, des syndicalistes autonomes et beaucoup d’autres citoyens à Mascara, en signe de soutien aux victimes de violations de droits humains, organisent chaque mercredi des sit-in de protestation devant la maison de la presse Bakhti Benaouda contre les atteintes à la liberté d’opinion et d’expression.

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